Kim Changgi, Chosun Ilbo

2007 February 1
by Corée Affaires

Kim Changgi, Managing Editor du Chosun Ilbo : « Nous sommes encore profondément ancrés dans les esprits coréens. »

Fondé le 5 mars 1920, le Chosun Ilbo est le premier quotidien coréen en termes de diffusion. Il fut le premier quotidien en Corée à publier deux éditions par jour, le matin et le soir, à envoyer des correspondants en Russie ou à publier des bandes dessinées. Sous l’autorité japonaise (1910-1945) le Chosun Ilbo est suspendu quatre fois et ses exemplaires confisqués 471 fois en raison de sa critique appuyée du gouvernement en place. Le quotidien stoppa sa publication en 1940 et recommença en 1945, après le départ des Japonais. Kim Changgi, Managing Editor du Chosun Ilbo livre aux lecteurs de Corée Affaires son opinions sur le pouvoir d’influence de son journal et ses vues sur les récentes évolutions du monde des médias.

Vous venez de prendre vos nouvelles fonctions au Chosun Ilbo. Quel a été votre parcours ?
J’ai rejoint le Chosun Ilbo en 1981 après mon service militaire. J’ai débuté au service Société et suis passé au service Politique en 1984. Depuis j’ai principalement écrit sur des sujets politiques. J’ai été correspondant à Washington pendant trois ans sous la présidence de Georges Bush père, puis ai couvert les affaires présidentielles coréennes pendant cinq ans pendant le mandat de Kim Young-sam. Enfin je suis devenu éditorialiste successivement aux services Politique et International. Je suis spécialisé dans les domaines de la politique intérieure et des relations internationales.

Le monde des médias et en particulier le secteur de la presse ont vécu de profonds changements ces dernières années. Pensez-vous que le Chosun Ilbo soit encore perçu comme un leader d’opinion ou qu’il ait perdu en influence face aux nouveaux médias ?
Lorsque j’ai été embauché il y a 25 ans, le Chosun Ilbo était déjà le premier quotidien coréen par sa diffusion. Depuis, il a conservé cette place et vend autour de deux millions de copies chaque jour. Et je ne veux pas avoir l’air d’exagérer ou vendre mon journal, mais les perspectives sont encourageantes. L’écart entre le Chosun Ilbo et ses deux principaux concurrents se creuse. Mais il est vrai que le monde des médias est en évolution ces derniers temps. Il y a dix ans, la presse était le premier média en Corée, suivie par la télévision, en termes d’influence. Mais maintenant le premier média est la télévision et Internet élargit son audience chaque jour. Je ne pense pas cependant que le Chosun Ilbo ait perdu son statut de leader d’opinion en Corée. Même si nous sommes loin d’être lu par tous les Coréens, notre pouvoir d’influence est réel. Nous avons récemment mené une enquête de notoriété. À la question « Quel quotidien représente le mieux la Corée ? », 42,6 % des sondés ont répondu le Chosun Ilbo. À la question « Quel titre de quotidien vous vient en premier à l’esprit ? », 37,6 % des sondés ont répondu le Chosun Ilbo. Vous pouvez le constater, nous sommes encore profondément ancrés dans les esprits coréens.

L’intégration d’Internet dans le modèle économique des quotidiens est un véritable défi pour la presse quotidienne du monde entier ? Comment l’avez-vous abordé ?
C’est une question majeure pour la presse, c’est vrai. Au Chosun Ilbo nous avons essayé de nous y préparer aussitôt que possible. Nous avons été parmi les premiers quotidiens coréens à ouvrir un site Internet, dès octobre 1995. Nous avons opté pour un modèle totalement gratuit, et encore aujourd’hui la quasi-totalité de notre site est en accès libre. Nous faisons simplement payer la version pdf du quotidien 500 wons par page. En fait nous considérons notre site comme un support à notre édition papier qui demeure notre principal produit, et l’utilisons principalement pour être plus réactifs sur certains sujets.

Craignez-vous la concurrence des journaux gratuits du type Metro ?
Pour être franc, je ne les considère pas comme de réels concurrents. Nous ne ciblons pas le même lectorat et ne fournissons pas le même type d’information. Selon moi, les gratuits sont simplement un moyen de passer le temps dans le métro par exemple, sans trop réfléchir. Ils compilent surtout des dépêches d’agences de presse et des informations provenant d’Internet et offrent rarement des analyses en profondeur comme nous le faisons.

La presse en France a expérimenté ces dernières années une baisse de ses recettes publicitaires. Ressentez-vous la même tendance en Corée ?
Pas vraiment, en tant que média nous sommes toujours à la recherche d’annonceurs, hormis pour notre une et notre quatrième de couverture. Mais comme notre lectorat est surtout composé de personnes à hauts revenus, une publicité pour un produit de luxe par exemple sera très efficace chez nous.

Une dernière question, connaissez-vous la presse française ?
Pas très bien. Je connais les principaux quotidiens le Monde et le Figaro, et le fait que même si leur diffusion est bien inférieure à celle du Chosun Ilbo, ils ont un grand pouvoir d’influence en France.

Propos recueillis par François Dancoisne
Journaliste pour Corée Affaires

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