Musée National d’Art
Choi Eun-ju, directrice de la branche de Deoksugung du musée National d’Art : « Le public coréen est désireux de voir à Séoul les pièces majeures de l’art mondial. »
Vous travaillez dans le domaine de l’art et des musées depuis près de dix-huit ans. Quelle a été l’évolution de ce secteur en Corée ?
Depuis environ cinq ans, le secteur de l’art est très dynamique en Corée, et évolue de plus en plus, il me semble, vers une logique commerciale. Prenons l’exemple du marché de l’art. Suite à la fondation de Seoul Auction il y a neuf ans, les maisons de vente aux enchères se sont multipliées. K-Auction, autre grand nom coréen des maisons de vente a été créé en 2005 seulement, et de nombreuses structures plus petites sont également apparues. Pour les entreprises et les riches particuliers, l’art devient de plus en plus un investissement viable, alors qu’auparavant l’immobilier était plutôt privilégié. Cet engouement pour l’art est accompagné d’une explosion des prix. Les femmes du marché, une peinture de l’artiste Park Soo-keun datant de 1961, a été vendue début mars aux enchères pour 2,5 milliards de wons1. Il s’agit du prix le plus élevé jamais atteint lors d’une vente aux enchères en Corée. Toujours plus nombreuses, les galeries coréennes développent de plus en plus les partenariats avec des galeries étrangères et proposent des œuvres d’artistes étrangers. Les artistes chinois par exemple, sont en ce moment très populaires.
Et en ce qui concerne les musées ?
Ces dernières années, la mode est très clairement aux expositions de grande ampleur. Parmi les plus récentes, on peut citer Les chefs d’œuvre du musée du Louvre au musée National, René Magritte au musée d’Art de Séoul ou encore Les chefs d’œuvre du musée d’Orsay au Seoul Art Center. La culture artistique du public coréen est, je pense, assez bonne, notamment en ce qui concerne l’art européen. Ce public est désireux de voir à Séoul les pièces majeures de l’art mondial, pièces qu’il connaît bien via les livres mais qu’il n’a jamais eu l’occasion de voir de près. Cela explique le succès incroyable des grandes expositions depuis environ cinq ans. Parallèlement, le secteur s’est professionnalisé et les expositions ont indéniablement gagné en qualité. Il y a vingt ans, l’activité muséale en Corée était beaucoup plus réduite.
Quelle est la politique de votre institution ?
Nous essayons tant que possible de proposer des expositions de grande qualité. En tant qu’institution publique, notre image est très importante car nous sommes une des vitrines de la Corée en matière culturelle. De plus, le musée de Deoksugung est un musée de taille réduite comparativement aux autres musées nationaux. Pour exister, il est donc primordial de privilégier la qualité.
Prenons l’exemple de la rétrospective Dubuffet qui s’est tenue du 9 novembre 2006 au 28 janvier 2007. J’ai collaboré très étroitement avec Sophie Webel, directrice de la fondation Dubuffet. Nous avons réussi à réunir 180 pièces différentes, en provenance de 16 institutions en Europe et au Japon. Sophie Webel a personnellement réalisé l’accrochage des œuvres à Séoul. Dans le cadre du 120e anniversaire, nous avons obtenu le soutien de l’Ambassade de France et des entreprises Renault Samsung Motors et Nonghyup-CA ITMC. Tout cela a permis à l’exposition d’être une réussite avec environ 55 000 visiteurs payants.
Nous collaborons également avec des institutions culturelles étrangères. Nous avons par exemple monté l’exposition Le cubisme asiatique en partenariat avec le musée National d’Art de Tokyo et le musée d’Art de Singapour. Cette exposition a été successivement présentée à Tokyo, à Séoul puis à Singapour et sera visible à la Maison de la culture du Japon à Paris du 16 mai au 7 juillet prochains.
Propos recueillis par François Dancoisne
Journaliste pour Corée Affaires
1Un peu plus de 2 millions d’euros

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