The Hankook Ilbo Cultural Project Center
Dr. Seo Sounjou, directeur des expositions, The Hankook Ilbo Cultural Project Center : « L’intérêt des Coréens pour les Beaux-arts a évolué bien plus rapidement que l’offre disponible. »
Pourriez-vous décrire l’investissement culturel du groupe Hankook Ilbo ?
Le groupe Hankook Ilbo, qui publie entre autres les quotidiens The Hankook Ilbo, The Seoul Economic Daily et The Korea Times entretient depuis longtemps des rapports étroits avec le monde culturel, créant par exemple dès 1954 d’un Grand prix de la culture. Féru d’art, notre président tient beaucoup à ce que le groupe Hankook Ilbo conserve cette image. Je suis personnellement en charge de monter les expositions organisées par le Hankook Ilbo Cultural Project Center, un département du groupe entièrement consacré aux activités culturelles. Nous sommes par exemple à l’origine des expositions Chagall en 2004, Picasso en 2006 et Monet qui se tiendra à partir du 6 juin au musée d’Art de Séoul.
Comment a évolué le rapport des Coréens aux arts figuratifs ?
Il me semble que l’intérêt des Coréens pour les Beaux-arts a évolué bien plus rapidement que l’offre disponible. Parallèlement à l’ouverture progressive du pays, les Coréens ont découvert les arts figuratifs étrangers au-delà de leurs représentants les plus connus et ont élargi leurs connaissances culturelles. Malheureusement, pendant longtemps, les expositions organisées en Corée étaient rares et ne proposaient que des œuvres mineures aux visiteurs. Cependant, depuis cinq ans, la qualité des expositions s’est grandement améliorée. Elles sont plus réfléchies et ne sont plus basées sur un nom mais bel et bien sur des œuvres. En ce sens, je pense que l’exposition Chagall au musée d’Art de Séoul en 2004, dont j’ai eu la chance d’être le commissaire, a constitué un tournant. Cette exposition a accueilli plus de 700 000 visiteurs et a reçu une couverture médiatique importante. Je pense que depuis cette exposition, il est devenu beaucoup plus facile de faire venir en Corée des œuvres majeures, et par conséquent de monter des expositions de qualité. Ainsi, pour l’exposition Monet, nous avons réussi à nous faire prêter cinquante huit œuvres de l’artiste, dont sa série majeure des Nymphéas, ce qui n’aurait jamais été envisageable auparavant. Sur un plan plus personnel, je suis également satisfait de voir la multiplication des monographies d’artistes, qui selon moi sont plus intéressantes que les expositions de collections d’un musée, mais aussi plus difficiles à organiser car il faut contacter différentes institutions.
Et en ce qui concerne les entreprises ?
Le mécénat est une pratique répandue depuis longtemps dans les entreprises coréennes. Toutefois jusqu’à il y a peu, il me semble qu’elles apparentaient ces actions à de la charité, et n’attendaient rien en retour. La qualité croissante des expositions, le nombre élevé de visiteurs, la couverture médiatique toujours plus importante, ont fait peu à peu prendre conscience aux dirigeants des entreprises coréennes de l’intérêt réel qu’une politique réfléchie de mécénat pouvait avoir pour leur image de marque. C’est pourquoi les actions de mécénat ont trouvé un nouveau souffle ces dernières années.
Dans ce cadre, quelle est l’image véhiculée par l’art français en Corée ?
Depuis toujours, dans l’imaginaire coréen, l’image de la France est associée à l’art, ce qui a d’ailleurs été préjudiciable dans le passé aux industries et aux technologies françaises. Pour les Coréens, impressionnisme et art moderne sont synonymes de la France. Les Coréens aiment la France, berceau des plus grands artistes du 19e et 20e siècle. En raison de cet amour, organiser une exposition autour d’un artiste français est un gage de succès. Je suis convaincu que les arts sont un puissant outil de solidification des relations franco-coréennes. Pour tempérer ce tableau idyllique, je dirais cependant que l’image de la France est peut-être moins forte dans le domaine de l’art contemporain, ce qui n’empêche par certains de ses représentants d’atteindre la Corée. Je suis par exemple à l’origine du projet du parc des sculptures de Gimpo, près de Séoul, qui comporte des œuvres de Daniel Buren et de Jean-Pierre Raynaud.
Vous êtes très investi dans la diffusion de l’art français en Corée. Songez-vous à faire de même avec l’art coréen en France ?
J’y pense très sérieusement. J’ai d’ailleurs été contacté par les musées des villes de Roanne et d’Évreux pour organiser des expositions d’art coréen. Mais pour le moment, je n’ai pas le temps de m’investir dans un tel projet. Je le réserve donc pour plus tard.
Propos recueillis par François Dancoisne
Journaliste pour Corée Affaires

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