Catherine Bréchignac, CNRS

2007 June 1
by Corée Affaires

Ancienne élève de l’École normale supérieure (Fontenay-aux-Roses), agrégée de sciences physiques et docteur-ès-sciences, Catherine Bréchignac, directeur de recherche, a commencé sa carrière au CNRS (Centre national de la recherche scientifique) en 1971. Membre de l’Académie des sciences comme de celle des Technologies, elle est présidente du conseil d’administration du Palais de la découverte à Paris depuis 2004, elle préside le CNRS depuis janvier 2006. En visite en Corée du 8 au 10 mars, elle décrit aux lecteurs de Corée Affaires les relations scientifiques entre la France et la Corée.

Catherine Bréchignac, présidente du CNRS :
« Je veux faire de la Corée un point fort de nos collaborations, car ce pays est en train de se développer de façon tout à fait exceptionnelle sur le plan scientifique. »

Quels outils le CNRS a-t-il mis en place pour développer ses coopérations à l’international ?
Le CNRS a mis en place quatre outils principaux pour favoriser les relations entre les chercheurs de différents pays. Les programmes internationaux de coopération scientifique (PICS) tout d’abord, visent à renforcer une collaboration existante entre laboratoires français et étrangers via divers financements. Les laboratoires internationaux associés (LIA) marquent un pas vers l’institutionnalisation de la relation. Il s’agit de laboratoires sans mur, associant deux laboratoires ou équipes de recherche de deux pays, mais sans site unique. Les unités mixtes internationales (UMI) en revanche, disposent d’un site unique et de personnels permanents. Ces structures opérationnelles associent des organismes de recherche de divers pays et conduisent des recherches conjointes dans un domaine de recherche prédéterminé. Les groupements de recherche internationaux (GDRI) enfin, sont des réseaux de laboratoire français et étrangers.

Et concernant la Corée ?
Les échanges scientifiques entre chercheurs français et sud-coréens existent depuis longtemps déjà. J’ai, pour ma part en tant que chercheur, accueilli par exemple plusieurs étudiants coréens dans mes groupes de recherche dont un étudiant de Seoul National University que j’ai eu pendant trois ans en thèse puis deux ans en post-doctorat.
La Corée occupe désormais une position de premier rang dans le secteur des Sciences de la Vie, et le CNRS s’est associé à l’initiative prise par l’Institut Pasteur de création de l’Institut Pasteur Corée (IPK), il y a deux ans à Séoul. Il dispose de technologies de pointe (plateforme EvoScreen, permettant de visualiser en temps réel les cibles d’action des molécules dans la cellule, et d’identifier les gènes activés dans certaines pathologies) ouvrant sur de nouvelles applications thérapeutiques. Le CNRS souhaite développer des projets conjoints avec l’IPK afin d’identifier les mécanismes impliqués dans ces pathologies.
Nos liens se sont renforcés avec la signature en juin 2006 d’un accord portant sur la création d’un LIA franco-coréen, le Centre de photonique et nanostructures, qui associe le CNRS, l’université Joseph Fourier de Grenoble, l’École centrale de Lyon au KIST (Korean Institute of Science and Technology) et au KAIST (Korean Advanced Institute of Science and Technology).
Une base très forte et très solide de collaboration est donc déjà en place, mais je tiens à leur donner un caractère plus officiel et développer encore plus de projets communs. La Corée doit être un point fort de nos collaborations car ce pays est en train de se développer de façon tout à fait exceptionnelle sur le plan scientifique. C’est dans ce but que j’ai rencontré le ministre de la Science et des Technologies, M. Kim Woo-Shik et le président de l’Institut des sciences et technologies avancées de Samsung, M. Rim Kwam.

Quels domaines et expertise de la recherche française intéressent les Coréens ?
Les Coréens sont très demandeurs de collaborations, en particulier en amont au niveau de la recherche pure. Les domaines qui les intéressent sont plus particulièrement les nano et micro-technologies, l’énergie, en particulier le nucléaire – La Corée est partie prenante du programme international de production d’énergie nucléaire à partir de la fusion de l’atome ITER- et l’environnement.
Dans le domaine médical, ils voudraient que nous partagions avec eux notre expertise dans l’utilisation d’imagerie à retournement temporel dans le traitement des tumeurs du cerveau et nos avancées en matière de détection et de traitement de la maladie d’Alzheimer.
Enfin, ils souhaitent s’inspirer de notre expérience en termes de relations entre la science et la société, savoir comment faire pour mieux diffuser l’information sur les avancées de la recherche coréenne auprès de la population en la vulgarisant sans la dénaturer.

Quelle serait selon vous la principale différence entre les recherches française et coréenne ?
En fait, mondialement le monde de la recherche partage aujourd’hui plus de points communs que de différences. Il s’est beaucoup complexifié ces dernières années avec des modes d’action diversifiés. Pour répondre à ces évolutions, le CNRS a développé une approche en réseau, que ce soit réseau de compétences ou de laboratoires via les différents modes de collaboration que j’ai évoqués.
Cependant, en France, le poids du secteur public dans la recherche est beaucoup plus important qu’en Corée, où les industriels sont très impliqués. La recherche coréenne regarde beaucoup vers l’aval, c’est-à-dire sur la façon d’appliquer pratiquement et de commercialiser parfois les découvertes des chercheurs. En France, nous savons bien travailler en collaboration avec des grands groupes – Total est notre premier partenaire – pour développer des opérations structurantes à long terme dans le transport ferroviaire, le spatial ou le nucléaire pour citer quelques exemples, mais beaucoup moins avec les PME sur des opérations de moindre ampleur. C’est pourquoi nous souhaitons apprendre auprès des Coréens comment multiplier ces collaborations.

Propos recueillis par François Dancoisne
Journaliste pour Corée Affaires

Déjeuner de la FKCCI avec M. Ulf Nehrbass
Toujours sur le thème de la coopération scientifique France-Corée, la FKCCI a récemment eu l’honneur de recevoir lors d’un déjeuner M. Ulf Nehrbass, CEO de l’institut Pasteur Corée.

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