Jérôme Clément, Arte

2007 September 1
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by Corée Affaires

Président de la chaîne culturelle publique franco-allemande Arte depuis sa création en 1992, Jérôme Clément a visité fin juin la Corée et Taiwan pour une série de conférences et rencontres professionnelles. Corée Affaires a profité de son passage sur la péninsule pour le rencontrer.

Jérôme Clément, président du directoire d’Arte France :
Je suis convaincu que de nombreuses collaborations peuvent et doivent être développées dans le domaine culturel entre la France et la Corée.

Pourquoi avez-vous décidé de vous rendre en Asie et plus particulièrement en Corée ?
Aujourd’hui, lorsque l’on dirige un groupe de médias international, et à plus forte raison une chaîne binationale comme Arte, il est impossible de négliger l’Asie. La Corée en particulier, a acquis aujourd’hui une image assez forte en Europe, à travers sa technologie bien sûr, mais aussi via sa culture, notamment son cinéma, à mon sens un des plus dynamiques du continent asiatique. J’ai récemment reçu la visite d’une délégation coréenne, qui étudie la faisabilité d’une chaîne de télévision associant Chinois, Coréens et Japonais, et donc très intéressés par l’expérience d’Arte. Or, il se trouve qu’Arte dispose de nombreux contacts à travers le monde, mais pas suffisamment en Corée. J’ai donc saisi cette occasion de tisser davantage de liens avec ce pays. Je remercie à ce titre l’Ambassade de France pour le programme qu’elle a organisé, qui m’a permis de rencontrer des personnes de très bon niveau. J’ai apprécié mes échanges avec M. Gyun Yu, président du Korea Broadcast Institute et M. Choi Moon-soon, président de la chaîne MBC. Je suis également intervenu lors de deux tables rondes très intéressantes sur les thèmes « Définition, financement et programmation d’une chaîne culturelle » et « Les co-productions internationales ». J’ai été très impressionné par la pertinence des questions, et plus encore par le niveau de connaissances des participants sur Arte.

Quelles questions ont été soulevées lors de ces rencontres ?
Deux problématiques se sont principalement détachées. La première portait sur la notion de culture et de chaîne culturelle. On a souhaité connaître ma perception de la culture, comment je l’appliquais dans mon travail, et comment Arte réussissait à toucher le public. Le second portait plus particulièrement sur le caractère bi-culturel d’Arte. Les Coréens que j’ai rencontrés étaient très curieux de savoir comment la France et l’Allemagne, deux pays entre lesquels les relations n’ont pas toujours été des plus cordiales, sont parvenus à créer et faire prospérer ensemble une chaîne comme Arte.
Ma réponse a été simple. Pour moi, la culture n’est pas une somme de connaissances, mais un regard sur le monde, un intérêt pour l’autre, qui permet à l’individu de s’ouvrir et d’évoluer. À partir de ce constat, quoi de plus normal que de désirer s’associer avec un autre pays, en l’occurrence l’Allemagne, pour développer une chaîne culturelle ? Des divergences existent bien entendu, et l’expérience d’Arte n’a pas toujours été facile, mais je pense que de ces divergences ont contribué à la qualité de la chaîne. Les Coréens étaient très intéressés car il existe aujourd’hui une véritable réflexion sur la création d’une chaîne en association avec la Chine et le Japon. Des initiatives dans ce sens ont déjà été lancées, j’ai ainsi eu l’occasion de déjeuner avec le dirigeant d’une maison de production sino-nippo-coréenne qui m’a expliqué ses réussites mais aussi les difficultés auxquelles il est parfois confronté.

Et inversement qu’avez-vous appris ?
Ces rencontres ont été l’occasion pour moi de rencontrer différents producteurs coréens, qui m’ont présenté séries et documentaires. Car s’il est vrai que le cinéma s’exporte bien, les autres aspects de la création audiovisuelle coréenne sont moins connus.
Comme je l’ai déjà dit, c’est à mon avis une profonde erreur de négliger l’Asie lorsque l’on est à la tête d’une entreprise internationale. Les Coréens portent un véritable intérêt à la culture française, alors que malheureusement l’image de la Corée en France, même si elle s’est améliorée, est encore partielle et parfois déformée. Je suis convaincu que de nombreuses collaborations peuvent et doivent être développées dans le domaine culturel entre la France et la Corée. Arte diffuse les films de réalisateurs coréens comme Im Kwon-taek, Kim Ki-duk ou encore Lee Chang-dong, mais de nombreux autres domaines restent encore à explorer.
Par ailleurs, je serais très heureux de pouvoir contribuer par mon expérience à la création d’une chaîne associant Chine, Corée et Japon, qui ne pourrait qu’améliorer les relations entre ces trois pays.

Pour finir, quels sont vos projets pour Arte ?
En matière de cinéma, nous allons poursuivre notre politique de collaboration avec les plus grands réalisateurs. Nous sommes très fiers des récompenses que nous avons obtenues cette année, que ce soient les cinq Césars décernés à Lady Chatterley de Pascale Ferran, la Palme d’or attribué à Cristian Mungiu pour Quatre mois, trois semaines et deux jours ou encore l’Oscar du meilleur film étranger reçu par La vie des autres de Florian Henckel von Donnersmarck. Concernant nos programmes, nous allons bientôt diffuser la troisième partie de notre série documentaire sur le Christianisme, après Corpus Christi et l’Origine du Christianisme. Intitulée La troisième apocalypse, elle décrira en dix épisodes l’histoire du Christianisme au IVe siècle.

Propos recueillis par François Dancoisne
Journaliste pour Corée Affaires

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