Henri de Castries, AXA

2008 February 1
tags:
by Corée Affaires

M. Henri de Castries est président du directoire du groupe AXA, troisième entreprise de France en 2006, administrateur de l’association pour l’aide aux jeunes infirmes et chevalier de la légion d’honneur et de l’ordre national du mérite. La FKCCI a l’honneur et le privilège de recueillir sa vision du marché coréen.

Après une première tentative d’approche du marché coréen sous forme de joint-venture il y a une dizaine d’année, Axa est revenu au mois de mars 2007 avec l’acquisition de 75% du capital de Kyobo Auto Insurance, premier acteur du marché de l’assurance automobile directe en Corée. Quels ont été les obstacles lors de votre première expérience ? Pourquoi décidez-vous de revenir sur ce marché ?
Nous avions effectivement constitué en 1995 une joint-venture en assurance vie avec le groupe Dongbu. Le marché coréen de l’assurance vie – le 6e au monde – nous intéressait fortement à l’époque, mais nous n’avons pas pu ou su développer cette opération comme nous l’entendions. Dongbu AXA Life a cessé ses activités en 1999. Puis le début des années 2000 a été marqué par la crise. Dans ce contexte, nous nous sommes d’abord attachés à renforcer nos positions sur nos marchés clés, sans toutefois cesser de guetter les opportunités de prendre des positions fortes ailleurs. Ainsi, nous avons effectué de très nombreuses acquisitions ciblées entre 2001 et 2007. En mars dernier, une occasion s’est présentée sur le marché coréen des dommages avec Kyobo Auto, la société pionnière de ce marché en matière d’assurance automobile directe, et nous l’avons saisie. Nous étions intéressés à double titre. D’abord parce que le marché coréen des dommages – le 2e d’Asie derrière celui du Japon et le 11e au monde – est sain, solide et dynamique. Ensuite, parce qu’Axa a acquis depuis longtemps une maîtrise très fine de l’assurance automobile directe à travers ses activités en France, en Espagne, en Allemagne, au Japon et en Pologne. Or, ce secteur est en très forte croissance en Corée, au point de représenter aujourd’hui 12 % de l’assurance automobile totale, Kyobo Auto ayant une part de marché de 30 % sur ce segment. Nous allons tâcher de faire croître davantage cette proportion.

L’industrie de l’assurance dépend étroitement de l’évolution de l’économie mondiale. Les risques couverts tels que les catastrophes naturelles, le terrorisme, les risques de taux, sont de plus en plus difficiles à anticiper. Vous êtes déjà familier avec les marchés nord asiatiques en Chine et au Japon. Quelle est votre vision du marché coréen ? Pouvez-vous nous parler de la stratégie d’Axa en Corée ?
D’abord, concernant votre remarque initiale, je dirais que l’assurance n’existe que parce que le risque existe. Le monde évolue, les risques évoluent – certains disparaissent et d’autres apparaissent avec le temps –, et les compagnies d’assurance doivent accompagner ces changements pour connaitre le succès sur le long terme. Il n’y a donc pas de risques plus difficiles à anticiper que d’autres, mais de nouveaux risques que les compagnies d’assurance cherchent à appréhender puis à traduire en produits afin de les rendre supportables pour ses clients.
Pour revenir à votre question, la Corée est un pays de tout premier plan en termes économiques, sociaux et politiques. A l’instar du formidable développement économique qu’elle a connu ces dernières années, le marché de l’assurance a connu depuis dix ans une croissance remarquable, et tout spécialement l’assurance dommages, qui a cru de 10 % par an en moyenne. Cette croissance semble pérenne. Dans ces circonstances, il est évidemment très intéressant pour un groupe comme Axa d’entrer sur ce marché avec une position forte comme celle que nous offre Kyobo Auto.
Quant à la stratégie d’Axa en Corée, elle est identique à celle que nous appliquons dans tous les pays où nous exerçons nos activités : apporter notre expertise, notre conseil et nos solutions d’assurance et de gestion de patrimoine à nos clients. Cette exigence nous a toujours permis de nous développer favorablement sur nos marchés cibles ; la Corée ne dérogera pas à la règle.

L’environnement, qui est au cœur des débats tant politiques qu’économiques, a-t-il une influence importante sur le développement d’Axa dans le monde ?
Notre métier nous conduit à anticiper toutes sortes de risques afin d’aider et de permettre à nos clients – particuliers et entreprises – de mieux les gérer. Les problématiques environnementales font partie de ces risques, mais ne sont ni plus ni moins importantes que d’autres risques comme la santé, la conduite automobile ou les dommages aux biens. Pour nous, les risques auxquels sont exposés nos clients sont tous aussi importants les uns que les autres, et nous apportons le même soin à essayer de les rendre moins obsédants quels qu’ils soient. Cela dit, nous sommes conscients que les sujets environnementaux émergent fortement ces derniers temps et cet élan retient notre attention. Nous entendons bien faire bénéficier nos clients de notre expertise en matière de prévention des risques. Il existe donc une influence, certes, mais relative.

Propos recueillis par Clément Charles
Journaliste pour Corée Affaires

FacebookTwitterLinkedInEmail

Comments are closed.