Jean-Marie Hurtiger, Renault Samsung Motors
M. Jean-Marie Hurtiger est président de Renault Samsung Motors et vice-président de la Chambre de commerce et d’industrie franco-coréenne. Corée Affaires l’a interrogé sur les activités de l’entreprise qu’il dirige et sur ses ambitions pour les années à venir.
Vous avez célébré le 1er septembre dernier le 7e anniversaire de Renault Samsung Motors. Pouvez-vous revenir sur les moments clés du développement de Renault en Corée ?
Je pense qu’il faut découper la vie de l’entreprise en période de 3 ans. De 2000 à 2003, RSM était dans une période de redressement, l’usine ayant été arrêtée suite à la crise asiatique de 1997. Nous ne produisions alors qu’une seule voiture (la SM520). RSM est devenu profitable à partir de 2002 et les ventes sont passées de 12541 à environ 116000 véhicules en 2003. Ensuite, la période 2004-2006 représente les années de consolidation. Nous vendons alors 160000 unités et élargissons la gamme SM. A partir de mars 2006, les exportations ont débuté vers les « marché gommes » (tous les marchés mondiaux hors Europe, Japon et Etats-Unis), et l’usine est passée de une à deux équipes. RSM exporte alors 30% de ses véhicules (principalement la SM3 rebaptisée Nouvelle Almera par Nissan). Les trois prochaines années sont consacrées à la maturité et au développement de toutes les capacités de l’entreprise. RSM a déjà commencé un élargissement de sa gamme avec la sortie du Crossover QM5.
Dans cette optique de développement, quels sont vos projets pour la gamme SM dans les années à venir ?
Renault Samsung va devenir un vrai constructeur avec l’assemblage de produits et la conception de nouveaux véhicules à l’instar de la prochaine génération de SM à partir de 2009. Si la conception de la technologie de base, ce qu’on appelle la plateforme (châssis et boîte de transmission), restera interne à Renault, tout ce qui concerne la superstructure sera de plus en plus développé en Corée. Les projets sortiront du technocentre Renault de Guyancourt, et une fois les designs finalisés, nous concevrons les nouveaux véhicules SM dans notre centre technique de Giheung pour lequel nous avons doublé le personnel et augmenté la surface de 3000m². Nous continuerons nos investissements jusqu’en 2009 avec près de 48 milliards de Wons en bâtiments pour les moyens d’essai (tests matériaux, bancs d’essai, mesure acoustique, etc.). La gamme SM était jusqu’à présent basée sur des plateformes Nissan qui limitaient nos possibilités d’exportations. Pour la nouvelle gamme 2009, nous serons sur des plateformes Renault (très proches techniquement de Nissan), ce qui nous permettra d’exporter plus de véhicules.
La Corée est aujourd’hui le 7e marché de Renault dans le monde. Le groupe vous a confié la production du futur 4×4 Renault et a annoncé un investissement de 600 millions d’euros sur 3 ans. Avec l’allègement, voire la suppression des barrières douanières prévus en cas d’accord de libre échange entre la Corée et l’Union européenne, comment RSM prépare-t-il l’avenir ?
La Corée est aujourd’hui un pays développé et est donc amenée à s’ouvrir à la concurrence étrangère pour poursuivre son développement. Dans ce cadre là, les négociations en cours pour un accord de libre échange sont une nécessité, car une ouverture du marché intérieur doit s’accompagner d’opportunités accrues à l’extérieur. L’ouverture des frontières coréenne et européenne nous offre de nouvelles opportunités ; Les produits exportés comme le Koleos seront moins taxés à l’entrée en Europe et nous pourrons offrir à la clientèle coréenne de nouveaux produits en important des compléments de gamme Renault en Corée. L’ouverture progressive du marché coréen aura deux effets. D’une part, l’ensemble des constructeurs européens pourra pénétrer plus facilement en Corée, ce qui va se traduire par un développement significatif du marché des véhicules importés. D’autre part, le paysage automobile coréen va clairement se transformer ; Avec l’arrivée de nouveaux types de véhicules, les goûts et la demande de la clientèle coréenne vont évoluer vers des voitures moins classiques et moins statutaires que ce que l’on trouve actuellement.
Vous venez de sortir le premier 4×4 Renault Koleos en avant-première en Corée sous la dénomination de Crossover QM5. Quelles sont vos ambitions sur ce nouveau segment qui représente un quart du marché coréen ?
Pour l’instant, nous ne pouvons pas établir de prévisions précises en termes de volume de ventes. Renault Samsung a investi en équipements industriels dans son usine de production de manière à sortir environ 90000 véhicules par an. Nos prévisions indiquent que nous devrions exporter plus de la moitié de cette production. Maintenant, les chiffres exacts varieront bien entendu en fonction de la réaction des clients sur les différents marchés.
Propos recueillis par Clément Charles
Journaliste pour Corée Affaires

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