L’industrie automobile coréenne, 2002-2007

2008 February 1
by Corée Affaires

L’industrie automobile coréenne, 2002-2007

Pour les constructeurs coréens, 2007 sera une année de chiffres ronds : 4 millions de véhicules produits localement dont presque 3 millions pour l’export et un peu plus d’1 million pour le marché domestique ; 1 million de véhicules produits hors sol coréen. La Corée est devenue en 2006 le 5e pays producteur mondial en volumes, dépassant la France. L’automobile est un des piliers de la croissance. Retour sur 5 ans d’évolution.

2002-2005 : Une internationalisation à marche forcée
Les difficultés rencontrées en 2006 (appréciation du won, flambée des matières premières, grèves) n’ont pas entamé la tendance de fond, avec une croissance régulière des exportations, qui ont dépassé les ventes domestiques en 2002 et devraient représenter les 3/4 des débouchés fin 2007. Depuis 2006, l’industrie automobile est le 3e poste à l’exportation du pays (30 Milliards de dollars, 9% du PIB).


Alors que la production des 5 constructeurs augmentait de 22% de 2002 à 2006, les ventes domestiques diminuaient de 28,2%. Portées par la montée en puissance de GM Daewoo et Kia, les exportations ont augmenté de 75,4% sur ces 5 années, représentant 69% des débouchés en 2006 contre 48% en 2002.

Composition des exportations en 2006

Les constructeurs coréens ont livré 2,53 millions de voitures en 2006 (+3%/2005), et 118 000 véhicules utilitaires (+8,9%/2005). 37% ont été exportées vers l’Europe occidentale, devant l’Amérique du Nord (32,1%). La percée des nouveaux marchés (Europe de l’Est, Amérique du Sud, Afrique) est notable, avec une croissance supérieure à 30% en 2006, compensant le repli sur les marchés asiatique (-33,9%/2005) et européen (-6,4%/2005).
Hyundai Motor (Hyundai+Kia) est le principal exportateur avec 1,9 millions de véhicules (72% du total), suivi par GM Daewoo (642 000). La Corée a exporté principalement des voitures de moyenne cylindrée et des véhicules tout terrain. Les voitures les plus populaires à l’export sont les compactes économiques. Signe de la montée en gamme, les exportations ont augmenté de 11,6% en valeur contre 3% en volumes.

Les transplants : spécialisation industrielle ou délocalisations ?
Pour accroître ses ventes, Hyundai Motor privilégie désormais les transplants, ces usines hors sol coréen desservant directement les marchés à fort potentiel. Le groupe produira 1,5 millions de véhicules hors de Corée en 2007 dont 1 million en Chine. Conséquence directe, les exportations de marque Hyundai ont décru de 8,8% en 2006, tandis que sa production hors sol augmentait de 60%. Kia suivra la tendance en 2008. Si cette stratégie de substitution a permis de compenser l’impact des grèves de 2006, elle ne garantit pas un meilleur accès au marché local : HM a perdu 3,2% de PDM en Chine en 2007.

La recomposition du tissu industriel local

Que de changements par rapport à 2002 ! L’industrie coréenne compte aujourd’hui 3 constructeurs membres d’alliances globales : GM Daewoo, Renault Samsung Motors et Ssangyong-SAIC, tandis que Hyundai Motor, seul groupe 100% coréen, est devenu un acteur mondial.
Selon l’OICA, Hyundai était en 2006 le 10e constructeur mondial, Kia le 15e. Après sa rupture avec le conglomérat Hyundai (2001) puis DaimlerChrysler et Mitsubishi (2004), le Chairman Chung a assuré l’autonomie de son groupe grâce à une forte intégration verticale allant de l’aluminium au transport maritime. Les difficultés des autres constructeurs lui ont permis de s’accaparer 72% du marché domestique, et de devenir le 4e chaebol coréen. Cependant, le site d’Ulsan souffre d’une faible productivité par rapport à ses concurrents mondiaux. Suite aux grèves de 2006, le chiffre d’affaires a baissé de 0,2% et le revenu net de 35%.

Détenu à 42% par General Motors, 15% par Suzuki, 10% par Shanghai Automotive Industry Corp. (SAIC), GM Daewoo est désormais un maillon de la stratégie du géant américain, qui l’a patiemment remis en ordre de marche après la faillite de Daewoo. GM Daewoo a vendu 1,526 millions de véhicules en 2006, dont 91,6% à l’export sous la marque Chevrolet, soutenant ainsi les résultats du groupe américain avec un chiffre d’affaires de 7,361 milliards d’euros. Le constructeur a vu sa part de marché domestique augmenter de 19,2% par rapport à 2005 grâce à la Matiz et au Winstorm, et ses exportations augmenter de 33,1%. GM investira 6 milliards de dollars sur 4 ans dans GM Daewoo (augmentation de la capacité de production à 1,8 millions de véhicules en 2007 et développement de modèles de petite cylindrée).

Créée en 2000 à la faveur des difficultés de Samsung Motors, profitable depuis 2002, Renault Samsung Motors a enregistré ses meilleures ventes depuis sa création : 121 855 ventes domestiques et 41 000 ventes export. En 2006, la Corée est ainsi devenue le 7e marché de Renault en volumes, et le premier à produire le QM5, premier 4X4 du groupe.

L’avenir de Ssangyong, spécialiste des SUV et des voitures de luxe dépend de son actionnaire SAIC (Shanghai Automotive Industry Corp), qui n’a pas encore réussi à le remettre d’aplomb (son chiffre d’affaires a baissé de 13,6% entre 2002 et 2006). Un plan de restructuration est en cours depuis 2006, tandis que la production de certains modèles est transférée en Russie ou en Chine.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les perspectives pour 2008
Spectaculaire, la croissance de l’industrie coréenne n’en est pas moins fragile. D’une part, le tissu de fournisseurs locaux a été profondément impacté par l’intégration de la Corée à l’échiquier mondial. Le fossé se creuse entre les grands emmenés Hyundai (Mobis, Mando, Hankook), et les petits dont les marges baissent sur le marché domestique. D’autre part, les constructeurs coréens doivent relever les défis du haut de gamme pour s’imposer sur la scène internationale. C’est la direction clairement affichée par Hyundai, avec les classements JD Powers ou le lancement de la Genesis. Enfin, le marché domestique, base arrière des marques coréennes, leur est contesté par les modèles importés, dont la part de marché a passé le cap des 5% cette année. Les accords de libre-échange en cours accélèreront ces évolutions.

L’industrie automobile coréenne à l’heure des ALE, un outil pour comprendre les enjeux du marché et son évolution – une publication de la mission économique de Séoul


Mission Economique de Seoul

Younès Lahrichi

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