Christian Estrosi, Député-maire de Nice

2008 November 1
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by Corée Affaires

Pour ce numéro de Corée Affaires, nous avons souhaité lier la partie « Art & Culture » à notre dossier spécial consacré à la Provence. Dans ce cadre, nous avons eu l’honneur d’interviewer M. Christian Estrosi, Député-Maire de la ville de Nice et Président du Conseil général des Alpes-Maritimes, à propos de l’art coréen et du musée des Arts asiatiques de Nice.

Quel est le rôle de ce musée des Arts asiatiques, commandé par le Conseil général des Alpes-Maritimes ? Parlez-nous de son concept original…
Le Conseil général des Alpes Maritimes a voulu que le musée départemental des Arts asiatiques soit un pont entre la culture occidentale et les arts asiatiques avec comme ambition que ce lieu devienne un lieu de rencontre, d’échanges. L’originalité du concept de ce musée réside dans la création d’une collection et d’une scénographie à partir d’un bâtiment préexistant. La réalisation de cet édifice chef d’œuvre de marbre blanc hors normes a été confiée au célèbre architecte japonais Kenzo Tange. Véritable figure de proue de l’architecture japonaise à partir de 1949, c’est sous son impulsion que celle-ci va savoir allier tradition et modernité. Ce bâtiment garde ce qui fait l’essence même du Japon traditionnel : le respect et le contact avec la nature, le dépouillement et des procédés techniques complexes et discrets. Ce qui fait sa modernité, c’est l’usage du béton, du métal et du verre et le respect des normes actuelles de construction.
Dans une abondante production internationale qui prendra fin à sa mort en 2005, Kenzo Tange offre à la Côte d’Azur un de ses plus émouvants bâtiments, dont le plan repose sur deux formes géométriques fondamentales de la tradition japonaise : le carré, symbole de la terre, et le cercle, symbole du ciel. C’est à partir de ces symboles et de la modernité du bâtiment que le musée voit le jour. Il évoque, au rez-de-chaussée de forme carrée, la terre asiatique au travers des civilisations indienne, chinoise, japonaise et d’Asie du sud-est. Au premier étage de forme circulaire, est présenté le la route du bouddhisme, comme l’élément unificateur de l’Asie par sa permanence dans toutes les civilisations abordées. C’est donc ce bâtiment, création d’exception, qui permet de faire découvrir tous les aspects du patrimoine asiatique.
En outre, pour favoriser, l’accès du plus grand nombre à la culture j’ai souhaité que le musée des Arts asiatiques soit ouvert gratuitement au public. Ainsi, depuis le 2 janvier 2008, ce ne sont pas moins de 59 000 visiteurs qui ont pu découvrir ou redécouvrir ce lieu dédié aux civilisations Asiatiques.

Pourquoi avoir ouvert un musée dédicacé à l’Asie dans cette région du sud de la France ?
Terre de culture, d’accueil et d’échanges, les Alpes-Maritimes sont un lieu dont l’activité culturelle, représentée par des institutions telles que les musées ou des galeries, est très intense. La présence d’un bâti aux formes asiatiques a tout naturellement orienté le choix du Conseil général des Alpes Maritimes à créer un musée des Arts asiatiques. Et dans cette création, la collaboration active avec le musée Guimet et les avis éclairés de la Direction des musées ont permis de mettre en place une collection dédiée à la sensibilisation.

Sous quelles formes les arts Coréens y sont-ils représentés ?
Dans la collection du musée, les arts coréens sont représentés par des œuvres émanant des arts traditionnels. Ainsi, actuellement, est exposé dans les salles du musée un pojagi. Ce dernier représente l’essence de la culture ancestrale coréenne de la dynastie Chôson : simplicité, pureté, sens du dépouillement. Le pojagi est classé selon son utilité, le statut de l’utilisateur, le design et sa composition. Celui du musée est un minpo, c’est à dire utilisé par les gens ordinaires et est appelé plus particulièrement chogak po. Le chogak po est un textile composé de mosaïque de tissus et celui du musée a servi à contenir le linge de maison. A travers ce textile, que l’on peut qualifier de domestique, on a une approche d’une esthétique qui est celui de la vie quotidienne.
Deux autres textiles complètent le pojagi. Il s’agit d’un wonsam, robe de mariage et d’un costume de princesse.

Des projets existent-ils entre le musée des Arts asiatiques et certains musées coréens ?
Conçu pour être un lieu d’échanges et de découverte et de rencontre avec le monde asiatique ancien et contemporain, le musée a commencé par la Corée pour illustrer ce postulat. En effet, l’exposition « Corée, pays du Matin Calme » d’octobre 1999 à mars 2000 associe des textiles anciens datant du XIXe siècle, fin de la période Chôson (1392-1910) et des peintures contemporaines d’artistes coréens, tous nés avant la seconde guerre mondiale et appelés « les peintres du silence ». Cette exposition a été réalisée avec les prêts de textiles provenant du musée Sajeon-Jasou, de Séoul.
L’année 2006 a été l’année de la Corée en France à l’occasion du 120e anniversaire des relations diplomatiques entre la Corée et la France (1886-2006). Le musée a célébré, à sa façon, cet événement en recevant lors des soirées musicales des « Vendredi de l’Asie » deux spectacles uniques. En premier lieu, s’est déroulé, au mois de mars 2006, un récital exceptionnel du maître Hwang Byung-Ki. Compositeur et virtuose de l’emblématique cithare gayagûm, et admiré dans son pays comme un « trésor culturel vivant », cet artiste a choisi le musée des Arts asiatiques pour donner son unique concert en Province. Au mois de septembre 2006, toujours dans le cadre de ces soirées musicales, le musée a donné la possibilité au public d’entendre un récital de p’ansori, style vocal très prisé en Corée et inconnu du grand public en Occident. Enfin, l’exposition « Au-delà de la récurrence. Paysage vu par le cœur. » a permis de faire admirer les belles œuvres photographiques de l’artiste coréen Lee Kang-So.
En 2008, le musée a eu l’occasion de présenter au public deux expositions contemporaines. De juillet à septembre 2008, le musée a eu le plaisir d’exposer dans ses murs des œuvres picturales de l’artiste coréenne Seud Ja Rhee, qui réside à Tourrettes-Levens (Alpes Maritimes). Avec Sim Moon Seup (juillet à octobre 2008), le musée a continué dans son exploration réussie dans l’art contemporain asiatique.

Propos recueillis par Clément Charles
Journaliste pour Corée Affaires

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