Les dispositifs mis en place pour les familles françaises dans le cadre d’un projet industriel hors de Séoul

2009 February 1

Rencontre avec Sandra Delechelle, directrice financière de KHDS Ltd :

Pour quelles raisons KHDS Ltd. a-t-il lancé ce projet industriel en Corée ? Pourquoi à Sacheon ?
KHDS Ltd est une filiale d’Eurocopter, premier fournisseur mondial d’hélicoptères sur le marché civil et un des acteurs majeurs sur le marché militaire. Le marché asiatique dans les 10 prochaines années sera un potentiel de développement très important, et Eurocopter souhaite y renforcer sa présence. Parmi les pays asiatiques, la Corée est un acteur de premier plan. Le développement du secteur aéronautique y est une priorité gouvernementale. La Corée a voulu spécifiquement créer une capacité de développement et de production sur le marché des hélicoptères. Le programme KHP (Korean Helicopter Program) a été mis en place pour répondre au besoin de l’armée de terre de disposer d’un hélicoptère moderne de transport (Korean Utility Helicopter). La société KHDS a été ainsi créée pour apporter une assistance technique nécessaire à notre client KAI (Korean Aerospace Industries).
L’assistance technique est permanente tout au long du contrat : nos ingénieurs travaillent dans les locaux de notre client dans le but d’apporter le meilleur soutien possible. Tous les assistants techniques envoyés par Eurocopter sont des spécialistes dans leur domaine de compétences spécifiques. Le site de Sacheon, au Sud de la Corée à 150 km à l’ouest de Pusan, est le site choisi pour implanter le pôle aéronautique de la Corée, et par KAI pour implanter ses usines et son bureau d’étude ; c’est donc tout naturellement que KHDS a décidé de s’implanter à proximité de son client.

Dans le cadre d’un tel projet, combien de familles françaises font le déplacement et pour combien de temps ?
Le projet KHP est un projet d’une durée d’environ 6 ans qui tout au long de sa durée nécessite une présence en Corée. KHDS est composée très majoritairement d’employés européens qui ont une expérience dans le développement d’hélicoptères acquise dans le groupe Eurocopter. Le personnel expatrié de KHDS reste sur place entre 1 et 3 ans. Parmi les 45 employés, il y a environ 32 français dont 14 familles. Il ne faut pas oublier que KHDS est également composée de 9 allemands dont 3 familles, 1 italien ainsi que de salariés coréens. L’ensemble correspond à une population d’environ 80 personnes.

Quels dispositifs mettez-vous en place pour permettre aux familles de s’adapter au mieux à la vie coréenne ?
Très rapidement, nous avons créé une école française d’entreprise au sein de l’école internationale de Sacheon. Cette mise en place a été longue et fastidieuse mais depuis 2007 la satisfaction est complète. En effet, cette année encore certains de nos élèves passent le Bac. Par ailleurs, nous essayons de développer des échanges entre les autres écoles d’entreprise établies en Corée et le Lycée français de Séoul. Les élèves sont ravis de cette expérience et ont conscience de vivre quelque chose hors du commun. La vie à Sacheon nécessite de bien comprendre la culture coréenne car celle-ci y est très présente, dans la mesure où la mise en place d’activités internationales y est récente. La bonne compréhension du client est une nécessité dans la réussite de notre coopération, et le fait d’être confronté à une culture coréenne très marquée dans la vie quotidienne permet de mieux appréhender nos relations de travail. Cependant, des séminaires de compréhension de la culture coréenne sont organisés régulièrement pour que chacun puisse comprendre et s’adapter à celle-ci : l’efficacité du travail quotidien en dépend de façon cruciale.
Nous avons également mis en place des cours de langue coréenne pour nos employés et leur famille. En effet, dans notre région peu de personnes parlent anglais, il est donc nécessaire d’apprendre quelques bases de coréen pour se débrouiller dans la vie quotidienne. KHDS compte également des employés coréens qui parlent parfaitement anglais et français, ce qui permet de faciliter la vie courante des familles : nous avons mis en place un service d’interprétariat et de traduction sous forme de hot-line, en cas de difficulté particulière dans la vie de tous les jours. Nous nouons aussi des relations privilégiées avec les autorités locales. Nous mettons l’accent sur l’importance de développer des relations avec les institutions locales et les citoyens. Ainsi, KHDS sponsorise des évènements tels que la soirée des étudiants de la section française de l’université de Jinju, située à 15 km de Sacheon, le marathon organisé par la ville, etc. L’intégration à la vie locale est donc un souci permanent.

Rencontrez-vous des difficultés particulières ?
La langue est bien évidemment la première difficulté, les échanges ne pouvant se faire en anglais et les rudiments de coréens appris ne permettant pas de longues interactions. Cependant, différents moyens palliatifs sont trouvés par chacun. Pour les Français pour lesquels la gastronomie reste une priorité, peu de restaurants servant une cuisine occidentale sont implantés dans la région. Enfin, la vie nocturne n’est pas très développée dans la région. Néanmoins, à part ces quelques manques, les familles apprécient la campagne et les activités extérieures lors des beaux jours.

Vivre à l’extérieur de Séoul n’incite-t-il pas plus les familles à découvrir mieux la Corée et ainsi s’adapter plus rapidement à l’environnement du pays ?
Vivre à l’extérieur de Séoul permet effectivement d’accéder plus facilement et rapidement aux différentes régions de la Corée, puisque nous ne connaissons pas les embouteillages. Le bord de mer n’est qu’à environ 20km de Sacheon, Pusan à 150km, Muju, le parc du Jirisan à moins de 2h. Cette région est également très bien desservie en matière de transport : avions, autoroutes, trains, bus et meme bateaux permettent d’accéder à toute la Corée (Séoul, Pusan, Daegu, Daejon, Jeju…) mais également à d’autres pays d’Asie depuis Pusan. D’autre part Sacheon est représentatif de la Corée authentique ; cette région est traditionnellement composée d’agriculteurs et de pêcheurs. C’est une région en pleine mutation vers une activité industrielle, et nous profitons en même temps de l’authenticité de cette région et de ses activités traditionnelles ainsi que de son dynamisme.
Le dépaysement entre Sacheon et Séoul apparait (presque) aussi important que celui qui peut exister entre l’Europe et Séoul. Un séjour à Sacheon est donc une expérience très enrichissante pour bien comprendre le pays ; le choc culturel y est plus fort au début, mais l’expérience y est d’autant plus enrichissante et profitable.

Propos recueillis par Clément Charles
Journaliste pour Corée Affaires

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