Oh Se-Hoon, Maire de Séoul

2009 February 1
by Corée Affaires

Entre 1996 et 2006, le nombre de résidents étrangers à Séoul est passé approximativement de 51 776 à 175 036, soit une augmentation de 240%. Comment expliquez-vous cette augmentation ?
A la fin de l’année 2008, les résidents étrangers à Séoul représentaient 2.4% de la population totale, soit 255 207 personnes et 80 171 étrangers de plus qu’en 2006, confirmant ainsi une augmentation constante des résidents étrangers.
Le nombre de résidents étrangers à Séoul a commencé à augmenter en 1989 et dans les années 90. Les PME coréennes souffraient en 1989 d’un manque de main d’œuvre, comme ce fut le cas dans les années 90 avec la construction de deux millions de logements. C’est à cette période que le statut de « stagiaire étranger » fut mis en place, créant une vague de main d’œuvre bon marché en provenance des Philippines, du Bengladesh, du Pakistan, de Mongolie, etc. Le nombre d’étrangers en Corée a également augmenté avec les Chinois et les Russes d’origine coréenne qui sont venus retrouver leur proche, travailler ou se marier.
A partir de 1988-1989, l’ouverture pour les investisseurs étrangers s’est accentuée, favorisant l’entrée de nouveaux capitaux. De la fin des années 80 au début des années 90, la Corée a connu une croissance économique continue et a accumulée de manière stable des devises étrangères. De nombreuses entreprises multinationales se sont alors installées en Corée faisant venir en masse les étrangers. L’augmentation récente du nombre de résidents étrangers à Séoul est due au fait que Séoul s’est internationalisée socialement et économiquement, gagnant de ce fait en notoriété à travers le monde. Les étrangers viennent principalement à Séoul pour se marier, étudier ou travailler.

Vous avez été élu maire de Séoul depuis maintenant un peu plus de deux ans et avez fait de la vie des étrangers à Séoul l’une de vos priorités. Quelles difficultés rencontrées par les étrangers avez-vous ciblées ? Quelles mesures ont été en conséquence mises en place ?
Après mon élection à la mairie, j’ai lancé le plan « Stratégies et actions pour globaliser Séoul » (2007) avec trois objectifs : [1] faire de Séoul une cité connue dans le monde entier, pleine d’opportunités et facile d’accès, [2] créer un environnement dans lequel les étrangers ne rencontrent aucune difficulté et [3] mettre en place un environnement dans lequel les Coréens respectent la multiculture et les étrangers. Pour faciliter la vie des étrangers à Séoul, nous accordons une grande importance aux besoins quotidiens tels que l’éducation, les logements et les soins médicaux.
Nous faisons également des efforts pour résoudre les problèmes de communication, domaine dans lequel les étrangers éprouvent les plus grandes difficultés. Nous avons pour cela lancé les Global Zones. Nous divisons la ville en différents centres d’intérêts : les Global Business Zones pour faciliter les affaires et gérer au mieux les problèmes administratifs, les Global Village Zones composées chacune d’un Global Village Center dirigé par un étranger et destiné à faciliter la vie quotidienne des étrangers, et enfin les Global Zones of Cultural Exchange (échanges culturels). Cinq Global Village Center sont actuellement actifs : Yeonnam, Yeoksam, Seorae Maeul, Itaewon-Hannam et Ichon.
En janvier 2008, le Seoul Global Center a été créé. C’est la tour de contrôle des Global Zones. Ce centre conseille et aide sur des questions d’immigration, de taxes, etc. et informe sur le monde des affaires à Séoul. Il gère de nombreuses activités pour les étrangers résidents à Séoul, c’est pourquoi nous allons créer un « minibus » de centre de conseil ambulant pour faciliter à tous ceux qui ne peuvent se déplacer aux horaires d’ouverture un accès aux services concernant la vie quotidienne et le travail. D’ici 2012, nous allons créer le Seoul Global Cluster Building à Cheongno-gu Seolin-Dong pour centraliser le côté « global » de Séoul.
Pour améliorer la vie des étrangers à Séoul, quatre écoles supplémentaires pour les étrangers seront prochainement mises en place afin de fournir des formations sur mesures. Concernant les logements, les appartements créés à Seongam DMC sont désormais habités par des étrangers depuis mars 2008 et dans le quartier de Seocho, des appartements en location réservés aux étrangers seront construits d’ici 2010. Pour faciliter l’accès aux soins, nous gérons actuellement onze centres médicaux réservés aux étrangers, en collaboration avec les grands hôpitaux. Pour les expatriés et leur famille, six centres de soins médicaux nationaux offrent des soins gratuits.
Le nombre d’expatriés se mariant à des Coréens augmentent fortement chaque année. Nous avons par conséquent ciblé leur lieu de vie et de travail et avons créé quatre centres pour les expatriés et six centres pour les familles multiculturelles. Ces centres offrent des cours de coréen et de culture coréenne ainsi que des conseils sur la vie quotidienne et les affaires pour les aider à se familiariser avec la ville de Séoul.

La ville de Séoul a récemment beaucoup évolué notamment dans son architecture, son urbanisme et son animation. La recherche de l’esthétique et d’une meilleure qualité de vie semblent avoir pris le pas sur l’industrialisation et la quête de développement économique. Pourquoi ces choix ? Que manque-t-il désormais à Séoul pour s’imposer comme une grande capitale internationale, à l’instar de Paris, New York ou Tokyo ?
Qu’est-ce que la « Culturenomics » ? Ce mot composé de Culture et Economics signifie une création de haute valeur ajoutée grâce à la culture. Par ce système, nous souhaitons faire de Séoul une ville où la culture se diffuse aussi simplement que l’eau et l’air, invitant les étrangers à revenir plusieurs fois en Corée, développant ainsi le tourisme et les investissements étrangers. En travaillant également sur le côté esthétique de Séoul, nous pourrons améliorer son image et lui donner ainsi que tout ce qui l’entoure cette base de haute valeur ajoutée.
Au 21e siècle, où règne une certaine sensibilité, la concurrence entre les villes devient plus importante que celle entre les nations. Le charme est devenu un élément essentiel de la compétitivité des villes et Séoul a besoin de ce charme pour attirer toujours plus d’étrangers. En réponse à cela, nous avons choisi de nous appuyer sur notre culture.
Je suis certain que Séoul est connue internationalement. Mais jusqu’à aujourd’hui, nous avons accordé plus d’importance à sa croissance géographique qu’à son développement en profondeur. Il n’existe par conséquent aucune image lorsqu’on pense à Séoul. Il nous faut développer cet aspect, cette image pour attirer les étrangers. Certes, Séoul est reconnue en tant que ville agréable, mais Séoul doit pouvoir concurrencer les villes internationales que sont Paris et New York.
Notre objectif est d’optimiser le potentiel de Séoul en créant des infrastructures urbaines basées sur la « Culturenomics » et en diffusant la créativité culturelle et artistique. Séoul est une ville de plus de 600 ans et elle conserve à la fois toute son histoire et sa culture, mais aussi de nombreuses ressources personnelles reconnue internationalement dans le secteur des technologies et de l’informatique. Pour développer le côté culturel de Séoul, nous transformerons les grandes zones de Séoul en centres culturels. 99 plans sont en place pour développer les activités culturelles comme des espaces de création culturelle et artistique, des reconstitutions historiques, la répartition équilibrée des espaces culturels, le Hi Seoul Festival et l’organisation des olympiades du design de Séoul.

Dans le cadre de la déclaration verte signée en avril 2007 pour réduire les émissions de CO2 dans la capitale, un projet comme Velib’ lancé à Paris en juillet 2007 serait-il envisageable pour améliorer la qualité de la vie à Séoul ?
A l’heure où les prix des carburants s’envolent, il est nécessaire de faire de Séoul une cité verte, propre et pure. Nous avons par conséquent déterminé un budget spécifique pour la mise en place d’un système identique à Velib’. Nous allons dans un premier temps sélectionner les zones de Yeoido et Sangam pour les premières démonstrations. Nous travaillons actuellement sur la création possible de pistes cyclables et de parkings à vélos. A partir du mois d’octobre, les premières démonstrations de location de vélos devraient avoir lieu avec 400 deux roues à disposition dans les 40 secteurs les plus fréquentés. Pour accélérer l’utilisation des vélos, nous allons développer les pistes cyclables d’ici à 2012 et créer des stationnements dans 18 zones situées à proximités des stations de métro pour faciliter l’accès à ce moyen de locomotion.
La mairie de Paris a lancé avec succès le Velib’ grâce à une longue préparation de 6 ans et la mairie de Séoul se base bien entendu sur cette expérience réussie. Il est cependant difficile d’utiliser le vélo à Séoul, ville six fois plus large que Paris, composée à la fois de collines et de plateaux et qui, malgré quatre saisons distinctes, compte une saison hivernale très froide. Pour faire face à ses difficultés, nous faisons un benchmarking du Velib’ à Paris pour l’adapter de la meilleure façon aux conditions de Séoul et pour accélérer l’utilisation de ce moyen de transport écologique.

Quel regard portez-vous sur Paris et la France en tant que maire de Séoul ?
La Corée et la France ont signé en 1886 le traité d’amitié, de commerce et de navigation. Depuis plus de 120 ans, ces deux pays maintiennent des relations d’amitié et de coopération. Séoul et Paris ont signé en 1991 le traité d’amitié et de coopération dans les domaines du tourisme, de la culture, du développement urbain, de l’environnement, etc. et poursuivent activement leurs échanges. En 2004, Lee Myung-Bak, ancien maire de Séoul et aujourd’hui président de la république, s’est rendu à Paris. J’ai également fait le déplacement en mai 2007. Dans le cadre d’actions communes, la place de Séoul (1986) puis le parc de Séoul (1987) ont été créés à Paris, et le parc de Paris (2002) a été créé à Séoul. Pour les citoyens de Séoul, Paris est vraiment une ville particulière. Lors de ma visite à Paris, je fus impressionné par cette ville, par ce pays symbole de la liberté, de l’égalité, de la culture et de l’art. J’ai parcouru la rive gauche, la Défense et le lieu consacré au « Projet de développement de la Seine » et me suis entretenu avec le président de l’association française de la mode. Paris est vraiment une cité charmante, capitale de la mode, de l’art et du tourisme. La tradition parisienne et les immeubles modernes s’y harmonisent parfaitement. En tant que centre économique français, Paris est une ville assurément dynamique.
A l’avenir et dans le cadre du jumelage des deux villes, la mairie de Séoul va développer des coopérations concrètes avec Paris dans les secteurs de la mode, du design, du tourisme, etc.

Propos recueillis par Clément Charles
Journaliste pour Corée Affaires

FacebookTwitterLinkedInEmail

Comments are closed.