Quelle médecine pour les étrangers ?

2009 February 1
by Corée Affaires

Interview du Dr Jin-Ju Ok, médecin français et coréen exerçant la médecine générale à l’hôpital Wooridul en tant que directrice du Centre de bilans de santé et médecin responsable du Centre médical international. Elle est aussi le médecin référent auprès de l’Ambassade de France et de l’Ambassade de Suisse en Corée.

Quelles sont les difficultés rencontrées par les étrangers concernant les soins médicaux en Corée ?
Les étrangers vivant longtemps en Corée reconnaissent que le niveau de la médecine en Corée est élevé avec des techniques, des équipements ultramodernes. Cependant, dû notamment à des différences de culture et des problèmes de communication, ils ne sont pas toujours satisfaits. Une des raisons majeures est le manque de communication entre le médecin et le patient qui voudrait plus d’informations sur sa maladie et son traitement. En général, les hôpitaux en Corée n’ont pas d’aides-soignantes et en cas d’hospitalisation, c’est la famille du patient qui aide, ce qui peut poser problème et nous oblige parfois à trouver une aide-soignante capable de communiquer avec le patient.

Quelles différences observez-vous entre les services médicaux en Corée et à l’étranger ?
Dans beaucoup d’hôpitaux à l’étranger, il faut attendre plus d’un mois pour avoir des examens tels qu’un scanner ou une IRM, et les images sont fournies sous forme de films. En Corée, ces types d’examen sont réalisés très rapidement, le jour même de la consultation, avec le compte-rendu et les images sur CD, ce qui est un avantage reconnu par les étrangers. Autre point positif en Corée : nous faisons plus de bilans de santé. Les étrangers sont souvent étonnés de voir un bilan cérébrovasculaire comprenant une IRM et une angio-IRM, un bilan cardiovasculaire avec un scanner coronaire ou encore un bilan pour détecter un cancer très précocement avec le PET-Scan généralement utilisé en Europe pour plutôt détecter les métastases chez les patients cancéreux. Enfin, dans des pays comme la France, pour se faire vacciner, il est nécessaire d’acheter d’abord le vaccin en pharmacie. Il arrive donc parfois que certains patients apportent le vaccin acheté à l’étranger, mais, dans ce cas, la vaccination n’est pas recommandée étant donné le risque de conservation inadéquate du vaccin.

Est-ce-qu’il existe des différences entre étrangers et Coréens en termes de traitements ou vaccinations ?
Il n’y a pas vraiment de grandes différences mais les protocoles de traitement peuvent varier selon la pathologie. Par exemple, en Asie les critères d’obésité sont différents des critères occidentaux et de ce fait les principes et objectifs du traitement sont différents. Il en est de même pour le traitement du cholestérol. Concernant le diabète, les principes de traitement (choix des médicaments et contrôle de la glycémie) peuvent également différer.
Pour les vaccinations, le calendrier vaccinal varie plus ou moins selon les pays. Par exemple, la vaccination pour l’encéphalite japonaise n’est pas nécessaire en occident ; le BCG est une vaccination importante en Corée alors qu’elle n’est plus dans le calendrier vaccinal des pays comme la Suisse ou l’Allemagne depuis longtemps. Je pense qu’il est préférable de suivre le calendrier vaccinal du pays de résidence surtout lors de séjours prolongés.

Comment sont les soins médicaux pour les étrangers à l’hôpital Wooridul ?
L’hôpital Wooridul, avec cinq hôpitaux en Corée et un en Chine, est un hôpital spécialisé dans les pathologies de la colonne vertébrale, reconnu comme le plus performant dans le traitement des problèmes vertébraux sur le plan international de par ses techniques de chirurgie minimale invasive, avec le plus grand nombre de cas cliniques (environ 60 000 par an) et 40 à 50 publications par an dans les livres et revues scientifiques. Les informations émanant d’une expérience clinique importante et de la recherche continue sur la pathologie vertébrale sont communiquées dans le monde entier (congrès, publications et édition d’une revue spécialisée The Journal of Critical Spine Cases). Un centre de formation internationale en chirurgie minimale invasive a été établi avec des programmes de formation organisés pour les médecins spécialistes étrangers.
Cette expérience internationale lui permet d’apporter des services spécifiques aux étrangers avec un Centre pour les patients internationaux. A Chungdam et à l’aéroport de Gimpo, le patient peut recevoir immédiatement examens et traitements nécessaires grâce au « one-stop service ». La communication peut se faire en anglais, français, japonais et chinois, et nous faisons appel à un service d’interprétation extérieur pour les autres langues. Durant leur séjour à l’hôpital, les patients et leur famille ont accès à un business center (téléphone, ordinateur, imprimante, etc.) et nous mettons à disposition des aides-soignantes et un service d’accompagnement à l’aéroport. Les consultations par téléphone ou Internet sont possibles avec des informations détaillées (diagnostic, traitement, prix, etc.). Nous offrons un centre de pathologies articulaires, un centre de traitement du cancer de la colonne vertébrale (système Cyberknife), des consultations de médecine interne et de gynécologie-obstétrique, et un centre de bilans de santé. Les étrangers peuvent aussi recevoir des informations médicales ainsi que des vaccinations et médicaments antipaludiques nécessaires pour certains voyages à l’étranger. L’hôpital Wooridul va continuer à améliorer les conditions de soins des étrangers en établissant par des enquêtes pour répondre aux attentes des étrangers.

Et dans les autres hôpitaux coréens ?
Actuellement, de nombreux hôpitaux s’intéressent aux soins des étrangers et les centres médicaux internationaux des hôpitaux universitaires font des efforts pour répondre aux attentes des étrangers. Le Centre médical international de l’hôpital Kangnam Ste Marie (Université catholique de Corée), qui prépare l’ouverture du nouvel hôpital Seoul Ste Marie avec des infrastructures et des équipements à la pointe du progrès, attache beaucoup d’importance aux soins des étrangers. Pour améliorer les conditions des soins, il va renforcer le « one-stop service » et organiser un système de soins d’urgence avec la création d’un système d’appel 24/24h pour les étrangers. Le gouvernement s’intéresse également aux soins des étrangers et commence à apporter son soutien. Même si la satisfaction n’est pas encore totale, des efforts sont faits et on peut s’attendre à une amélioration importante des conditions de soins des étrangers.

Propos recueillis par Clément Charles
Journaliste pour Corée Affaires

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