Laure Coudret-Laut, Directrice du Centre culturel français en Corée

2009 April 1
by Corée Affaires

Entretien avec Laure Coudret-Laut, Directrice du Centre culturel français, Conseillère de coopération et d’action culturelle :

Pourquoi l’art français intéresse-t-il tant la population coréenne ?
L’image de notre pays est en Corée très liée aux arts et à la culture française. Les Coréens qui ont étudié en France, qui ont séjourné à Paris, visité nos Musées sont attachés à des pans entiers de notre culture : son cinéma, les grandes expositions d’arts visuels, la musique, la littérature, l’art de vivre. Pour les jeunes Coréens, elle est aussi synonyme de modernité, de nouveautés car ils sont gourmands des formes artistiques les plus récentes (DJ, expositions d’artistes vivants). Il convient aussi de prendre en compte le va et vient régulier d’artistes entre nos deux pays (exposition Plate-forme, performances à l’ouverture du Musée Nam Jun Paik, 21 artistes coréens à Paris). Enfin, dans l’engouement des Coréens pour notre culture, il y a aussi la découverte, en famille, lors des festivals d’automne, de nouvelles disciplines artistiques, plus festives, que sont par exemple les spectacles de rue. Les médias coréens accompagnent largement notre programmation culturelle depuis 2004 car nous avons comme ligne directrice de travailler à des partenariats de long terme avec les institutions coréennes en aidant à faire venir en Corée le meilleur de notre création contemporaine et avec l’ambition de parvenir à davantage de co-productions et d’échanges.

Quel mouvement pictural français plaît le plus aux Coréens ? Pour quelles raisons ?
Les arts visuels occupent la première place de notre programmation artistique en Corée du fait de la très grande qualité des échanges entre professionnels de nos deux pays. La découverte par un large public coréen de la peinture française s’est faite grâce à des Coréens francophiles qui ont choisi avec nous et les principales institutions coréennes, soit de faire connaître les fonds de nos grands Musées nationaux, soit de travailler sur des monographies, en collectant toujours un nombre très importants et très représentatifs d’œuvres des Musées français et étrangers : les peintres impressionnistes, les artistes contemporains, les artistes vivants. Les expositions de photographes français et de sculpteurs ont aussi été très importantes dans cette rencontre avec le public coréen en ouvrant des champs nouveaux.
Si la période impressionniste reste l’époque la plus aimée du public car de nombreuses œuvres sont gravées dans leur imaginaire artistique, les expositions d’art contemporain attirent beaucoup. Avec « Arcadie », une nouvelle étape a été franchie, plus exigeante pour le public, avec la proposition d’une exposition conçue pour la Corée, créée et scénarisée autour d’une vision éclatée autour de concepts forts, illustrés par des œuvres d’un des plus grands musées mondiaux d’art contemporain, le Centre Georges Pompidou. Il faut bien sûr noter, au-delà du nombre très important de pièces prêtées (79), la dimension de certaines d’entre elles (Miro, Dubossarsky-Vinogradov, Jacquet, Penone).

Une exposition a-t-elle été plus marquante qu’une autre ?
A ce jour, l’exposition du Louvre intitulée « Le paysage dans le peinture occidentale du XVIIème au XIXème siècle » (2006) demeure la plus fréquentée avec 530 000 visiteurs, suivie par celle du Musée d’Orsay « De Millet à Bonnard » (470 000 visiteurs) et de l’exposition Picasso (320 000 visiteurs). Pour les monographies, la rétrospective Robert Combas a accueilli 200 000 visiteurs, celle de Rouault, au Musée de Daejeon, 110 000 visiteurs.

Combien de Coréens ont fait le déplacement en 2008 dans les expositions françaises en Corée ? A combien peut se chiffrer le nombre d’œuvres échangées chaque année entre la France et la Corée ?
Depuis 2004, on peut compter en moyenne quatre à cinq grandes expositions d’art visuel français et un visitorat moyen de 100 000. Pour la célébration du 120e anniversaire des relations entre nos deux pays, ce chiffre a été porté à 12 expositions avec un total de 1,4 million de visiteurs. Pour 2008, on peut estimer à environ 350 000 le nombre total de visiteurs. L’exposition Annette Messager a été fréquentée par 77 000 visiteurs. Le succès est bien sûr au rendez-vous pour « Arcadie » avec 387 000 visiteurs malgré un contexte économique pourtant peu florissant. Pour 2008, ce sont environ 600 chefs d’œuvre de nos collections patrimoniales qui auront fait le voyage spécifique vers la Corée.

Les échanges entre la Corée et la France vont-ils s’intensifier ?
Nous nous efforcerons, forts de partenariats solides et de mécènes éclairés, de maintenir les échanges culturels et artistiques entre nos deux pays au meilleur niveau car il convient de donner à rêver et à réfléchir aux nouvelles générations. La diversité culturelle constitue, pour nos sociétés du savoir, une valeur ajoutée. Elle est pour l’individu une source d’enrichissement d’autant plus nécessaire que les temps sont difficiles.

Quel est le programme artistique de 2009 ?
Notre programmation culturelle et artistique est encore en voie de finalisation car le dialogue avec nos partenaires se poursuit tout au long de l’année. Nous travaillons avec la Chambre de commerce et d’industrie franco-coréenne pour présenter lors d’un évènement notre programmation 2009. Il y aura bien sûr un volet important consacré aux arts visuels, les impressionnistes, l’art contemporain, la mode, le design et la musique. A l’automne, le troisième festival France Express aura des axes forts : une ouverture à d’autres villes de la proche banlieue de Séoul qui ont investi dans la culture et que nous souhaitons accompagner dans leur conquête de publics plus familiaux notamment avec les arts de la rue. Nous essayerons de sortir de Séoul pour aller vers Busan, Incheon, Daejeon, Daegu, etc. en collaborant davantage avec le réseau de nos Alliances françaises, les francophiles locaux et les institutions culturelles coréennes locales très dynamiques. Nous espérons y associer aussi les expatriés français du sud de la Corée.

Propos recueillis par Clément Charles
Journaliste pour Corée Affaires

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