Alstom, une entente franco-coréenne depuis 15 ans

2009 June 1

Alstom Transport Korea est présent en Corée du Sud principalement en tant que responsable de Consortium dans le domaine de la gestion de projets ferroviaires. Alstom Transport Coree est egalement responsable, en outre, de la fourniture et de la mise en service des sous-systemes electrique et mecanique. Depuis 1994, date de signature du contrat KTGV, Alstom multiplie les coopérations avec ses partenaires coréens. J.G. Cumming, président d’Alstom Transport Korea, revient pour Corée Affaires sur les échanges franco-coréens dans le cadre de la mise en place du KTX et sur les projets à venir.

Quinze ans après la signature du contrat pour le Korea Train eXpress (KTX) et cinq ans après son lancement, pouvez-vous revenir sur les liens établis entre les équipes françaises et coréennes pour mener à bien ce projet ?
Le projet KTX fut un projet national gigantesque pour aider au développement de la Corée. La structure géographique était parfaite pour un TGV : deux grandes villes à chaque extrémité du pays (Séoul et Busan). Depuis son lancement en avril 2004, le KTX a transporté plus de 170 millions de passagers, soit une moyenne de 110 000 passagers par jour, ce qui est exceptionnel pour un pays de 48 millions d’habitants. Le président de Korail, société qui possède aujourd’hui le KTX, le reconnaît lorsqu’il dit que le KTX a facilité la vie de nombreux Coréens dans le pays : ils peuvent travailler et voyager dans la même journée. Aujourd’hui, le trafic de personnes entre Séoul et Busan se découpe comme suit : 65% en KTX, 18% en voitures ou bus et 17% en avion.

En décembre 2010, nous ouvrirons le dernier tronçon en voie rapide entre Daegu et Busan, ramenant le trajet Séoul-Busan en dessous des deux heures. Nous avons hâtes de voir l’évolution du marché concernant le trafic entre ces deux villes.
Ce projet d’Alstom a créé des liens très forts entre la France et la Corée. Je suis arrivé en Corée en mars 2004 pour diriger la société Eukorail, filiale du groupe Alstom. Nous étions alors près de 340 personnes, pour moitié des expatriés à 90% français. Une anecdote justifiant ces liens très forts est par exemple le fait qu’une vingtaine de nos jeunes ingénieurs sont arrivés célibataires en Corée et sont repartis avec leur épouse coréenne à la fin du projet. D’autres ingénieurs sont venus en famille, favorisant l’expansion du Lycée Français de Séoul. Les effectifs coréens ont beaucoup apprécié travailler pour Eukorail, la gestion étant différente d’une entreprise coréenne : moins de hiérarchie, plus de travail d’équipe. Aujourd’hui, certains des ingénieurs locaux travaillent pour Alstom Transport Korea ou d’autres sociétés françaises en Corée.

Aujourd’hui, où en est Alstom en Corée du Sud ?
Nous sommes actuellement 68 et nous embaucherons cette année une douzaine d’employés supplémentaires. Nous avons aujourd’hui quatre projets en cours. Le plus important porte sur le train express entre l’aéroport international d’Incheon et la gare de Séoul. Signé en décembre 2002, ce projet est particulier car il est le premier en Corée à être en concession, c’est-à-dire uniquement financé par le secteur privé. Eukorail a été sélectionné comme le leader d’un consortium de sociétés qui regroupe des entreprises locales et étrangères. La première phase qui porte sur la portion Incheon-Gimpo est terminée, et nous travaillons aujourd’hui activement sur la deuxième phase entre Gimpo et Séoul. Ce projet sera finalisé en décembre 2010, en même temps que notre deuxième projet qui porte sur la finalisation de la voie rapide entre Séoul et Busan. Le troisième projet concerne la ligne 9 pour laquelle nous fournissons de la signalisation. Enfin, le quatrième porte sur les affaires courantes, c’est-à-dire les pièces de rechanges pour le KTX et certaines lignes de métro.

Il y a un peu plus d’un an, Alstom a lancé en France l’AGV (automotrice grande vitesse). Existe-t-il une chance de le voir un jour circuler en Corée du Sud ?
Ce serait le rêve du président d’Alstom Transport, mais il faut être réaliste. Le projet du KTX portait sur 46 trains, 12 conçus en France et 34 en Corée par nos partenaires regroupés sous Hyundai Rotem. Cela faisait parti du contrat global de transfert de technologie. Depuis, côté Europe, nous avons chez Alstom développé de nouvelles générations de trains : l’Eurostar, le duplex (deux étages) et l’AGV, que nous avons déjà vendu en Italie pour un client privé. En 2006 a été lancé un appel d’offre pour dix TGV additionnels en Corée. Deux sociétés ont répondu : Eukorail et Rotem. Ce dernier a mis en avant son savoir-faire avec son nouveau KTX, le G7 rebaptisé KTX2, et a remporté l’appel d’offre. De ce fait, la Coree favorise desormais le developpement de ses technologies nationales. Je ne pense donc pas que l’AGV circulera sur les rails coréens, ce qui est dommage.

Quels sont vos projets à venir dans la péninsule sud-coréenne ?
Contrairement aux idees generalement percues, la Corée n’est pas un marché entierement fermé. Les opportunités existent mais sont de moins en moins faciles à saisir. Jamais nous n’aurons un autre KTX en Corée. Aujourd’hui, le président Lee Myung-Bak pousse la Corée à devenir un leader en Asie-Pacifique dans le domaine de l’environnement et côté ferroviaire, nous constatons que, dans ce cadre, de grandes villes commencent à étudier la possibilité d’installer des tramways. Trois projets de tramways sont à l’étude actuellement et il y en aura davantage dans les années à venir. Concernant les trains, l’avenir est plus difficile car l’industrie locale a su développer et mettre ses avantages en avant. Enfin, pour la signalisation sur les lignes, il existe toujours des opportunités et nous cherchons à créer des partenariats avec certaines sociétés locales.

Propos recueillis par Clément Charles
Journaliste pour Corée Affaires

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