Le secteur des transports au cœur de la croissance verte

2009 June 1
by Corée Affaires

Le 10 mars 2009, M. Lee Myung-Bak, Président de la République de Corée, a présenté un ambitieux programme de « croissance verte », doté de 30 milliards d’euros, dont 7 devraient être affectés aux infrastructures des transports. La Corée se trouve en effet confrontée à d’intenses difficultés de circulation de personnes et de marchandises avec ses 48 millions d’habitants vivant sur un territoire grand comme le cinquième de la France et 80% de sa population concentrée dans les zones urbaines. Tout passage par la Corée du nord étant exclu, les échanges avec l’extérieur ne sont qu’aériens et maritimes. Plus qu’ailleurs, les composantes de l’activité transport constituent pour les Autorités un enjeu stratégique majeur.

Les grandes orientations des transports coréens

La politique des transports a longtemps favorisé la construction de routes au détriment du rail pour doter la Corée, plus rapidement et à moindre coût, d’un réseau adapté au rythme de son développement économique. Plus de 100 000km de routes et 3 000km d’autoroutes à péage constituent aujourd’hui l’ossature d’un réseau qui assure 90% du trafic des marchandises. Cette situation évolue cependant : Le train est de plus en plus perçu par les Autorités publiques comme le moyen de désengorger un réseau routier saturé. Depuis 2004, l’expérience positive de la liaison à très grande vitesse (le KTX) entre Séoul et Busan, a conduit les responsables coréens à programmer la mise en chantier, à partir de 2010, d’une deuxième ligne TGV. Dénommée « Honam », cette ligne reliera Séoul au port de Mokpo, au sud-ouest du pays, en passant par la métropole régionale de Gwangju. Parallèlement, différents travaux de modernisation permettront, d’ici une décennie, de doubler les voies existantes et d’électrifier à 82% le réseau, dont le taux actuel avoisine 45%.
La concentration urbaine et l’ampleur des problèmes posés par l’automobile obligent également les Autorités à adopter de nouvelles solutions de transports publics. L’option de couloirs de bus dédiés inter-opérant avec le métro s’avérant insuffisante, la municipalité de Séoul a lancé un ambitieux programme de liaisons tramways et Véhicules automatiques légers (VAL). Sept lignes VAL devraient être construites dans le cadre du schéma décennal 2007-2016 pour un montant d’investissements de l’ordre de 4 milliards de dollars. Dans les villes de province, les quelques projets de tramways actuellement à l’étude devraient se multiplier dans les prochaines années.
Pour ses échanges avec l’extérieur, la Corée peut compter sur le dynamisme de Korean Air qui se place à la 2e place mondiale en termes de fret aérien avec plus d’1,5 million de tonnes annuellement transportées ainsi que sur des infrastructures aéroportuaires modernes qui accueillent 32 millions de passagers par an. Les cinq principaux ports du pays se sont également lancés dans une course aux investissements pour capter une part croissante des flux de marchandises face à la concurrence des autres ports asiatiques. L’ampleur des investissements portuaires, évalué à quelque 25 milliards de dollars d’ici 2015, fait parfois débat, même si la plupart des projets restent adossés à des zones franches industrielles laissées à l’initiative privée. L’Etat poursuit également différents travaux pour rendre navigables certains tronçons de rivières, comme la construction de la liaison entre le port d’Incheon et rivière Han qui devrait entrer en service en 2012.

Le dilemme de l’ouverture des marchés à la concurrence étrangère

Il concerne davantage les marchés urbains que les investissements plus classiques dans la logistique ou les ports. Contraintes par des besoins en capitaux, les municipalités s’efforcent de mettre en place des formules de financements publics/privés. Ces projets sont encouragés par les Autorités, mais les obligations liées à ces schémas, les rendent particulièrement complexes à élaborer. Aussi, les exemples dans le transport urbain restent-ils encore peu nombreux : Alstom, fournisseur d’équipements de signalisation, est aussi Chef de file du consortium qui a obtenu la concession pour une période de 30 ans de la ligne rapide (LRT) entre Séoul et Incheon, Siemens France, par ailleurs fournisseur des rames, est membre du consortium qui construit et gérera le métro automatique VAL de Uijeongbu, tandis que Systra, en charge de l’ingénierie de la ligne LRT entre Busan et Kimhae est aussi investisseur.
Il convient cependant de différencier l’exploitation des lignes et la fourniture d’équipements, notamment de matériel roulant où l’expertise des entreprises étrangères reste prépondérante. A l’inverse, l’exploitation des réseaux, à l’exception notable de la ligne 9 du métro de Séoul confiée à Veolia, demeure encore l’apanage des entreprises publiques locales. Toutefois, la crise actuelle pourrait contribuer à modifier le souci de préférence nationale des décideurs coréens en faveur d’une plus grande ouverture aux investisseurs privés.

Par Richard Kwiatek
Mission Economique de Séoul

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