Philippe Li, Président de la FKCCI

2009 September 1

Philippe Li, Président de la Chambre de commerce et d’industrie franco-coréenne :

Ce nouveau numéro de Corée Affaires retrace l’histoire du magazine depuis le premier numéro auquel vous aviez d’ailleurs contribué. Pouvez-vous revenir brièvement sur la genèse de ce magazine ?
Nous sommes partis d’une publication qui s’appelait la Lettre de Corée, un bulletin d’informations sur les activités de la Chambre et sur les membres. Cette lettre a été lancée en 1989 sous l’impulsion de certains membres fondateurs, comme l’entreprise Framatome qui a hébergé pendant très longtemps les locaux de la Chambre. Le magazine a suivi une évolution qui reflète la montée en puissance des entreprises françaises en Corée, mais également l’ouverture du pays vers l’extérieur. Un double facteur de circonstance qui apporte plus de matières pour parler de la Chambre, de ses membres et du développement des entreprises, et une information de plus en plus diversifiée et attrayante sur la Corée. La Lettre de Corée est ainsi passée d’une feuille d’information à un journal au début des années 90. S’y est substitué un véritable magazine à partir de 1993 : papier glacé, photos recherchées, articles rédigés par des professionnels, élargissement du lectorat en passant au français-anglais, puis au français-coréen qui, me semble-t-il, est aujourd’hui la formule appropriée au magazine compte tenu de ce qu’est le cœur de métier de la Chambre.

Et concernant son évolution récente ?
Nous avons voulu tenir compte de l’évolution de la presse en général. Un magazine tel qu’il est conçu actuellement ne peut plus être identique à celui que l’on trouvait il y a une quinzaine d’années. Aujourd’hui, tout le monde bénéficie d’une information extrêmement abondante avec l’explosion d’Internet, la montée en gamme des moyens d’informations et l’apparition croissante de nouveaux moyens de communications. Il n’y a par conséquent aucun intérêt de faire un Corée Affaires pour reprendre une information qui a par ailleurs été diffusée abondamment. Les lecteurs ont également une attention moins soutenue et bien plus volatile que ce qu’elle n’était il y a encore quelques années. Les professionnels de la presse vous le diront : les textes se sont réduits et se sont adaptés à la capacité d’attention et au temps que peuvent consacrer les lecteurs.
Nous souhaitons faire de Corée Affaires un véritable newsmagazine franco-coréen, avec bien entendu une focalisation sur les sujets économiques, mais également une diversification des articles, comme les nouvelles rubriques gastronomiques et culturelles, pour tenir compte de la diversité des échanges et des réalisations des deux pays. Dans cette perspective, nous inaugurons dans ce numéro une coopération avec les services culturels des Ambassades de France en Corée et de Corée en France, pour publier un calendrier des principales manifestations culturelles à venir dans les deux pays.

« …quand les lecteurs ont Corée Affaires entre les mains, ils doivent avoir le sentiment d’apprendre quelque chose. »

Ce n’est donc pas qu’un magazine sur la Chambre…
Expliquer ce que fait la Chambre est un des objectifs primordiaux du magazine, mais quand les lecteurs ont Corée Affaires entre les mains, ils doivent avoir le sentiment d’apprendre quelque chose. L’information est livrée en telle quantité à travers les sites, les lettres, les magazines ou les brochures qu’elle peut conduire à un phénomène de saturation. Tant sur le timing de la publication que sur le choix des intervenants, le lecteur doit apprendre quelque chose qu’il n’aura pas pu voir par ailleurs. Dans les sujets également, nous avons souhaité accentuer le ciblage pour que notre magazine ne soit plus assimilé à un instrument de propagande pour la Chambre de Commerce.
Notre tirage reste limité ; nous souhaitons donc viser en priorité les leaders d’opinion, les personnes qui ont une activité ou des centres d’intérêt liés à la France et à la Corée. Nous préférons nous focaliser sur notre cœur de cible plutôt que d’éparpiller le magazine pour qu’il ne soit pas lu en fin de compte.

Quelles seront les prochaines étapes ?
Il existe énormément de sujets, de réalisations, d’évènements, de lancements, qu’il est difficile de connaître si l’on n’est pas dans le canal précis de l’entreprise elle-même. Nous essayons en conséquence de faire évoluer le contenu des brèves pour davantage mettre en valeur ce que font les membres. Un des objectifs importants est de créer une passerelle entre le magazine et le site Internet de la Chambre. On ne peut pas tout mettre sur Internet, mais il faut tenir compte des évolutions des moyens de communication et d’information. Il y aura toujours une demande pour ce qui est matériel et imprimé, mais en même temps, une propension de plus en plus flagrante pour aller chercher l’information sur Internet. Dans cette optique, un webzine sera créé dans les prochains mois pour faciliter la diffusion de l’information franco-coréenne.

Où en est le projet « Branding France » initié par la FKCCI au mois de mai ?
Pour toute entreprise, quelque soit son secteur d’activité, informer et communiquer est devenu primordial, tant pour son image que son développement commercial, sa stratégie et son positionnement. Pour cette raison, nous avons pensé que la Chambre devait se donner pour mission permanente de mieux informer nos membres et notre auditoire de ce que font les membres eux-mêmes, et de s’appuyer sur le savoir et l’expertise des uns et des autres pour nous doter d’un langage plus concret, plus percutant et plus précis sur ce que sont les membres et ce qu’est la Chambre. La ligne de direction fixée par les membres est claire : face à une propension du public coréen à réduire les caractéristiques de la France à des lieux communs (touristiques ou faits d’histoire), il faut mettre en avant les industries et les technologies françaises en se dotant d’une approche et d’un langage compréhensible par tout le monde, sans pour autant renier nos valeurs traditionnelles en explorant, pourquoi pas, sous un nouveau jour la culture française, le tourisme, la gastronomie…
Il est d’ailleurs intéressant de voir à travers ce projet comment les Coréens et les entreprises coréennes se sont emparés de ces traits caractéristiques dans leur propre communication à destination d’un public coréen. Nous pourrons d’une part comprendre plus en profondeur la perception que la Corée a de la France, et d’autre part faire en sorte d’orienter nos messages en visant à être davantage en adéquation avec l’environnement coréen.

« Venir en Corée il y a 20 ans, c’était 20 heures d’avion, autant dire une petite expédition. »

Quel regard portez-vous sur les relations franco-coréennes et sur leur avenir ?
La France est incontestablement reconnue en Corée comme un grand pays et une puissance économique et politique majeure. C’est moins vrai du côté français où subsiste une méconnaissance caractérisée de ce qu’est la Corée. Il y a eu un développement des échanges à tous les points de vue assez spectaculaire ces dernières années qui repose sur un certain nombre de facteurs : la démocratisation et l’ouverture de la Corée après la crise économique de 1997 et qui va être accélérée par la conclusion de l’accord de libre échange. Au quotidien, je retiens surtout la modernisation des moyens de transports et de communication via Internet. Venir en Corée il y a 20 ans, c’était 20 heures d’avion, autant dire une petite expédition. Aujourd’hui, les temps de trajets se sont réduits, la réduction des coûts rend le voyage beaucoup plus abordable et que l’on soit à Paris ou à Séoul, il est possible de rester informer de manière instantanée, respectivement sur la Corée et sur la France en utilisant Internet, alors qu’il était extrêmement difficile de maintenir un lien entre les deux pays il y a encore 15 ans. Cela contribue en grande partie à un rapprochement dont on ne mesure pas encore forcément la portée mais que nous devons davantage prendre en compte.
Aujourd’hui, la Corée veut pleinement assumer sa position de 13e puissance économique mondiale mais aussi figurer sur la carte mondiale et rayonner au même titre que les grandes puissances occidentales, ou que la Chine et le Japon. Les échanges commerciaux entre la France et la Corée sont récents et les courants d’immigration restent relativement limités. Nous partons donc d’une base beaucoup plus réduite que dans le cas des échanges avec l’Allemagne pour la France ou encore le Japon pour ce qui est de la Corée. Il manque encore des points de jonction pouvant amener à une situation de totale intimité, ce qui est à la fois pénalisant car les courants sont plus rares, mais montre en même temps l’importance du potentiel qui existe et que l’on se doit de creuser entre les deux pays. Pour des Coréens, découvrir et comprendre la France n’est pas si facile, mais pour des Français, appréhender la Corée l’est peut-être encore plus. Il peut y avoir un effort d’apprentissage et de recherche ardus pour s’implanter et trouver sa place, mais cette démarche est à la fois passionnante et riche d’enseignements. La Corée doit prendre la mesure de la France et de tous ses atouts, qu’ils soient culturels ou technologiques, de la même manière que la France doit être pleinement consciente des atouts coréens sans s’arrêter à ce qui semble être des obstacles ou des difficultés d’approche, mais qui sont toujours résolvables à force d’efforts et de compréhension des cultures et des marchés.

Propos recueillis par Clément Charles
Journaliste pour Corée Affaires

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