Lie Sang-Bong, Fashion Designer

2009 November 1
by Corée Affaires

Lie Sang-Bong, sans aucun doute l’un des Fashion Designer Sud-coréens les plus tendances de la scène du prêt-à-porter dans le monde, raconte pour Corée Affaires son parcours, ses liens avec la France et sa vision du design de mode en Corée.

En tant que grand couturier, que représente Paris à vos yeux ?
Pour beaucoup de couturiers et designers, y compris moi-même, Paris est une cité de rêve. C’est la capitale du design dans le monde. Quand je donne des cours en Corée, j’aime raconter pourquoi j’aime Paris. Je m’y suis rendu pour la première fois il y a 25 ans pour découvrir la ville, le prêt-à-porter, les tendances, le marché de la haute-couture… Depuis, je dois dire que la ville n’a pas beaucoup changé, surtout comparée à Séoul qui a évolué extrêmement rapidement. Ici, certains cafés où j’allais n’existent plus alors qu’à Paris les choses ne changent pas : les chaises, les tables, les terrasses des cafés sont toujours là. Paris sait garder les souvenirs et c’est ce qui fait son charme.

Quelle définition du design pourriez-vous nous donner en tant que couturier coréen ?
Le design peut se comparer à ce que l’on trouve dans les grands magasins coréens : tout est lié au style de vie, tant l’alimentation, que le linge de maison, la décoration ou les vêtements. Je pense que la mode et le fashion sont les éléments qui représentent le mieux le design. Auparavant, l’art et le design ne se trouvaient que dans les musées. Grâce à la mode et aux tendances, il est entré dans la vie de tout un chacun.

Si Paris est historiquement la capitale du design, Séoul aura l’honneur pendant un an de devenir la capitale mondiale du design en 2010. Qu’attendez-vous de cet évènement ?
M. Philippe Thiebault, ancien ambassadeur de France en Corée du Sud, et moi-même avons été nommés ambassadeurs pour les Olympiades du Design 2009. J’espère désormais jouer un rôle important dans la promotion du design en vue de « Séoul : capitale mondiale du design 2010 ». Sur le design, Paris a tout fait mais Séoul a encore beaucoup de choses à découvrir. C’est une formidable occasion pour Séoul de faire découvrir au monde son design et sa force dans ce secteur.

Pouvez-vous revenir sur votre collection prêt-à-porter Printemps/Été 2010 présentée au Musée d’Arts Modernes le 1er octobre dernier ? Pourquoi avoir été inspiré par le roman Dune de Frank Herbert ?
En tant que couturier, pouvoir organiser mon défilé dans le Musée d’Arts Modernes m’a beaucoup impressionné, même s’il m’est arrivé de faire des défilés dans des lieux comparables, à l’instar du Musée du Louvre il y a quelques années. J’ai trouvé symboliquement très fort que les responsables du Musée déplacent par exemple des objets d’arts d’une salle à l’autre pour permettre aux mannequins de se maquiller et de s’habiller. Un autre exemple qui montre l’importance de la mode et du design en France, c’est lorsque le gouvernement m’a offert « La Monnaie de l’An 2000 d’Yves Saint-Laurent », une pièce en or frappée à l’effigie d’Yves Saint-Laurent que j’ai toujours considéré comme mon idole dans le monde de la haute-couture.
Concernant Dune, j’ai voulu exprimer lors de mon dernier défilé à Paris la rencontre entre la culture, la machine et les Hommes. Le roman et le film Dune expriment parfaitement ces rencontres entre les machines, le désert, les nouvelles créatures, l’espèce humaine…

Que pensez-vous de la mode Sud-coréenne, alors que vient de se dérouler la semaine des défilés Printemps/Été 2010 ?
Depuis huit ans, je fais des défilés sur Paris et depuis quatorze ans j’y présente des expositions. Aujourd’hui, pour être franc, il y a peu de designers coréens présents à l’étranger. En Asie, le Japon est un pays très important en matière de mode. Mais je pense, et j’espère, que la Corée du Sud jouera dans les prochaines années un rôle important dans le monde de la mode. La semaine de la mode à Séoul est un évènement qui prend de l’importance. La presse étrangère est invitée en nombre ce qui devrait nous permettre de dévoiler certains courants à travers le monde. C’est également une bonne occasion pour promouvoir et encourager les designers Sud-coréens à se produire à l’étranger. La mode Sud-coréenne a une longue histoire mais cela ne se voit pas. J’espère par conséquent qu’elle pourra se développer, dans un premier temps, dans les autres pays asiatiques.

Le « Global Fashion CEO Forum » s’inquiète de l’état de l’industrie de la mode en Corée avec des marques étrangères de plus en plus présentes (+50% du marché en 2009) et des marques locales qui s’exportent mal (moins de 10%). Quelle est votre opinion à ce sujet ?
C’est effectivement un grand problème pour les designers coréens. Le Japon s’est développé dans ce secteur très tôt. Aujourd’hui, la puissance des marques joue un rôle de plus en plus important dans la mode. Malheureusement, en Corée, seulement deux grandes marques existent : Hyundai et Samsung. La Corée a accordé beaucoup d’importance à la quantité des ventes, aux volumes d’exportations, alors qu’il aurait peut-être fallu se pencher sur la sensibilité des designers.
Après, force est de constater que le monde est bien plus ouvert qu’avant : avec Internet, il est possible d’assister aux défilés de New York, Paris, Milan, Séoul ou Tokyo sans se déplacer. Les designers coréens doivent utiliser ce nouveau moyen pour se développer à l’étranger. La globalisation des designers est très importante et j’encourage les jeunes designers à visiter Paris pour voir les expositions, le style de vie, les tendances. La communication et l’acceptation d’autres cultures sont très importantes. Corée Affaires illustre parfaitement cette idée en encourageant la communication et le respect mutuel par la publication de tous les articles en deux langues.

Propos recueillis par Clément Charles
Journaliste pour Corée Affaires

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