La Corée impose ses projets industriels

2010 March 1
by Corée Affaires

Que ce soit en local ou à l’international, la Corée du Sud gagne en reconnaissance dans le monde. La multiplication des projets tant dans l’énergie que la construction et les infrastructures le prouve. Le contrat sur le nucléaire remporté fin décembre a définitivement lancé la Corée sur ce secteur. « Le Pays du Matin Calme vit dans une excellence opérationnelle. Il n’y a qu’à voir l’extrême propreté et l’organisation des chantiers navals. Du jamais vu. L’efficacité est la priorité de la Corée pour s’imposer sur un marché » assure Nicolas Durand, directeur de la branche coréenne de Bureau Veritas Industry & Facilities. Spécialiste en QHSE (Quality, Health, Safety, Environment and Social responsibility), Bureau Veritas coopère avec les plus grands conglomérats coréens à travers le monde et dans la péninsule leur offrant une gamme complète de services, de l’inspection et de l’audit au support technique, à l’analyse et à la certification.

« L’unité, le groupe font de la Corée un pays unique en son genre »

« Le nucléaire, c’est comme les chantiers navals. La Corée a acquis depuis les années 70 le savoir-faire des principaux acteurs du secteurs à savoir la France, les Etats-Unis et le Japon, pour évoluer vers une excellence opérationnelle (plus rapide, moins cher) et se diriger aujourd’hui vers une totale autonomie sur la gestion de ces projets industriels d’envergure ». Certes la Corée travaillera avec Westinghouse (fondé aux USA et racheté par le japonais Toshiba en 2006) sur le contrat remporté récemment aux Emirats Arabes Unis pour la construction de quatre réacteurs nucléaires, mais il n’est pas aberrant de penser que dans un proche avenir, la Corée si « petite » qu’elle soit jouera en soliste dans la cour des grands. D’un pays industriel à un pays innovant. Voici en quelques mots un résumé de l’évolution de la Corée sur les 30-40 dernières années. La Corée du Sud accède à un nouveau stade. Après une période où les industries sud-coréennes copiaient les technologies étrangères, la Corée a acquis le savoir faire nécessaire pour améliorer les produits et être capable aujourd’hui de proposer des innovations dans de nombreux domaines.

« Le nucléaire a bonne presse en Corée du Sud »

Le nouveau challenge de la Corée passe désormais par le nucléaire. Le pays souhaite décroître sa dépendance énergétique et le nucléaire est perçu comme une des principales solutions. De 36% de parts de marché domestique en 2008 dans ce domaine, la Corée souhaite atteindre 59% de parts en 2030 avec 40 centrales dans la péninsule. « Le nucléaire a bonne presse en Corée et les projets se multiplient à l’international accompagnant une demande croissante dans le monde avec près de 60 pays qui souhaitent considérer ou étendre leurs capacité ou adopter l’énergie nucléaire dans les années à venir ». Le pays éprouve cette volonté d’être présent sur tous les appels d’offre. Après le Japon, les USA et la France, c’est au tour du « Made in Korea ». Le gouvernement de Lee Myung-Bak pose ses objectifs et espère exporter 80 réacteurs nucléaire d’ici 2030 pour une valeur d’environs 400 milliards de dollars prenant ainsi près de 20% de parts de marché sur ce secteur juste derrière la France et les Etats-Unis. Avec le « Green Growth » (plan de croissance verte lancé au début de l’année dernière visant à faire de l’écologie une priorité dans les industries), le nucléaire représente le deuxième grand projet national Coréen avec de forts investissement dans ces secteurs et un rayonnement qui dépassent largement les limites de la péninsule.

La Corée peut également s’appuyer sur un atout unique : son peuple. Qu’il s’agisse d’un trouble économique ou du développement actif des projets nucléaires, le peuple avance comme un seul homme au nom de l’intérêt supérieur de la Nation et supporte souvent les choix du gouvernement, ce qui permet de transformer ces grands projets en priorité nationale, porte drapeau de la fierté coréenne. Cette unité qui se traduit à travers leur efficacité et rapidité d’exécution donne à la Corée un avantage indéniable face aux autres nations. Souvenez-vous de la crise de 1997 et les milliers de Coréens qui donnaient aux autorités leur bijou et leur or. L’unité, le groupe font de la Corée un pays unique en son genre. Cet esprit se retrouve aujourd’hui aussi autour du « Green Growth ». Toute la Corée s’y met. Les entreprises n’ont par exemple pas hésité à éteindre les chauffages des salles de réunions en période de grand froid cet hiver pour limiter la consommation d’énergie du pays qui atteignait un niveau de saturation. « En continuant à évoluer de la sorte et à se positionner sur tant de projets, la Corée devrait atteindre ses objectifs de réduction des gaz à effets de serre fixés à -30% par rapport aux émissions prévues pour 2020 (le niveau de réduction le plus important de la communauté internationale) » selon Nicolas Durand.

« Fierté et indépendance sont les valeurs de la Corée »

Si l’on se penche d’un peu plus près sur les projets industriels à l’étranger, on se rend compte que le gouvernement supporte constamment le secteur privé. L’héritage de la relation entre les chaebols et le gouvernement avant la crise asiatique est loin d’avoir disparu. Et d’un point de vue opérationnel, la mécanique est bien huilée. Les conglomérats de la construction font pousser de véritables villes coréennes en plein milieu des déserts africains et au Moyen-Orient. « Dans certains aéroports de ces deux zones, vous avez un bureau de douane pour les habitants du pays, un pour les étrangers et un pour les Coréens. Dès qu’un projet débute, les Coréens font venir une main d’œuvre coréenne dans des « villes » proposant des restaurants coréens et autres karaokés », s’amuse même à dire le directeur de Bureau Veritas Korea. Cela fait partie de l’efficacité. En faisant du 100% coréen, les conflits sont quasi-inexistants. Et les projets peuvent être menés de bout en bout extrêmement rapidement. C’est aussi ce qui a fait la différence sur le nucléaire aux Emirats. « De 64 mois, la Corée du Sud a réduit son temps de construction de la centrale à 52 mois, ce qui aurait réduit les coûts de 12 à 13% de moins que les concurrents ».

D’un point de vue social, c’est une sorte de fierté nationale ambiante qui fait battre le cœur de la Corée. Le pays a toujours besoin de se comparer aux autres et veut avant tout être reconnu sur la scène internationale au plus vite, le voisin chinois étant très visible. Nicolas Durand se souvient d’un cas assez incroyable : « Il y a quelques années de cela, en Amérique du Sud, plusieurs conteneurs de téléphones mobiles Nokia et Samsung avaient été volés. Les voleurs n’avaient finalement pris que les téléphones Samsung laissant à l’abandon les téléphones de la marque suédoise. Plutôt que d’être scandalisés, les gens autour de moi étaient fiers de voir que seuls les Samsung avaient été volés, ce qui prouve que ce sont les meilleurs ! ». Fierté et indépendance sont les valeurs de la Corée qui passe d’un statut de « crevette entre deux baleines » à un statut de « tigre agressif ».

Par Clément Charles
Rédacteur en chef

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