La robotique de services

2010 March 1
by Corée Affaires

Dans les plus grandes économies mondiales, le rapport entre les séniors et les actifs tend à s’inverser. C’est le cas de la Corée du Sud qui, d’une part entre dans le « papy-boom », et d’autre part possède le taux de fécondité le plus bas de l’OCDE (1.15 enfant par femme en 2009). Le « vieillissement » de la population est aujourd’hui un fait. Les enjeux pour le marché de la robotique domestique et d’assistance aux personnes âgées sont d’une importance clairement comprise par le gouvernement coréen.
La société française Robopolis a décidé de créer sa première filiale en Corée du Sud en novembre 2009 afin de participer plus efficacement à l’émergence de ce marché.
Bosun Kim, qui a pris la tête en tant que directrice représentative de Robopolis Korea, revient pour Corée Affaires sur les défis à venir pour le pays dans ce domaine…

En avril 2009, le gouvernement annonçait un support de 750 millions de dollars à la filière R&D dans la robotique sur les cinq prochaines années dans l’objectif de monter sur le podium mondial dans ce secteur. De quelle manière la robotique peut-elle s’insérer dans une société qui connaît un véritable challenge démographique, à savoir le vieillissement rapide de sa population ?
En Corée du Sud, on parle d’un marché de la robotique « Silver Care » (soin des séniors). Avec des systèmes robotiques intelligents, il est possible de venir en aide aux personnes âgées : physiquement, émotionnellement, mentalement et socialement. Cela apparaitra progressivement… dans les Silver Town (villes créées pour les séniors), mais reste encore en phase de développements et de tests. Le plan gouvernemental de la Corée est étalé sur dix ans. Le Japon, également dans une phase de vieillissement de sa population, a présenté un plan sur cinq ans. La Corée est donc comparativement moins avancée et doit rattraper son retard. Dans les Silver Town, il est possible d’imaginer toute une gamme de services pour les personnes âgées vivant seules : des robots équipés d’une interface de type écran LED qui contrôlent quotidiennement l’état de santé des séniors (pression sanguine, tension artérielle, glycémie, etc.) et pourraient annoncer les horaires pour la prise de médicaments et les quantités. Connectés à Internet, ils deviendraient extrêmement pratique, surtout lorsque la famille habite loin. Ils pourraient proposer des jeux de type « Brain Training », actuellement disponibles sur consoles vidéo et qui permettent d’exercer et de maintenir ses capacités en termes de mémorisation, de mathématiques et de logiques. Robopolis travaille sur ce type d’application.

Et en matière de robotique professionnelle ?
Le vieillissement de la population impose une plus grande qualité des services médicaux. La robotique en convergence avec d’autres technologies numériques est déjà en place dans le domaine du médical. Il existe des robots et des systèmes robotiques connectés aux réseaux informatiques des hôpitaux pour aider et assister les docteurs dans les salles d’opérations (robot-chirurgien, robot d’assistance à la chirurgie, simulateur de chirurgie, robot de réhabilitation et de soin). L’utilisation de ces robots optimise la qualité des services médicaux. Elle permet notamment de réduire la durée et la taille des opérations chirurgicales. Le trauma des patients est moins important, leurs souffrances également et ils guérissent plus rapidement. Les informations transmises aux docteurs soignant sont également plus fiables et plus simples à entrer dans les bases de données.

Fécondité au plus bas, Séoul qui interdit à partir de 2014 la construction de nouveaux lycées (une première depuis 13 ans)… L’éducation va connaître un tournant majeur dans les prochaines années. Comment la robotique peut-elle s’inscrire dans ce changement ?
Fin 2009, le gouvernement coréen a annoncé la mise en place d’un plan d’éducation qui d’une part permettra la réduction des dépenses scolaires, et d’autre part proposera un système avancé d’éducation focalisé avant tout sur la qualité. Ce plan se découpe en 25 parties et insiste sur la nécessité de créer des outils d’éducation high-tech comme les robots. De nombreuses entreprises prévoient de participer à ce projet. Yujin Robot qui a déjà fourni 200 robots iRobi dans une centaine de jardins d’enfants, Dasarobot qui a réussi la commercialisation de Genibo, un robot coréen digne successeur de l’AIBO de Sony mais avec la connexion WiFi, Robotis avec Ollo, une gamme évolutive de robots à monter soi-même, KT qui a développé son robot Mon-e « edu-entertainment », ainsi que les sociétés de développement de contenus comme Montessori et WoongJin ThinkBig. Au début, les avis étaient partagés lorsque l’on évoquait la présence d’un robot dans les classes. L’idée n’est bien entendu pas de remplacer les enseignants mais de les assister. Les enfants d’aujourd’hui sont entourés d’électronique et d’information, plus que l’ancienne génération. Ils sont très peu patients et curieux de nouvelle technologies. Il devient par conséquent difficile de capter leur attention par les outils d’enseignement classiques. Les robots peuvent aider les enseignants pour capter l’attention des enfants.

« Il se crée entre l’enfant et le robot un lien émotionnel »

C’est une sorte d’ « E-learning » robotisé…
Le « R-learning » offre une véritable interaction, complètement différente de la relation entre l’homme et l’ordinateur proposée par l’« E-learning ». Le robot, même s’il reste un outil éducatif, peut apporter beaucoup plus qu’un ordinateur aux enfants : il se crée entre l’enfant et le robot un lien « émotionnel » qui incite l’enfant à s’intéresser aux sciences et aux études techniques. Certaines recherches démontrent que le robot est un médiateur social neutre qui aide à développer la confiance en soi de l’enfant et qui crée une dynamique harmonieuse dans le groupe. J’ai pu assister moi-même à quelques cours en présence d’un robot. J’ai été impressionnée de voir à quel point les enfants étaient ébahis. Ils le reconnaissent vraiment comme un camarade. Ils dansent avec et viennent même une heure en avance dans la classe pour pouvoir communiquer avec lui. A cet âge, ils parlent le même langage.
Il est à mon sens dommage que ces robots ne soient qu’à destination des plus jeunes en Corée. En Corée, les plus de 15 ans sont dans un système éducatif de compétition permanente. Il est donc difficile pour eux de prendre le temps d’évoluer avec ces robots éducatifs. Les enfants qui utilisent les robots aujourd’hui réagiront probablement mieux dans une quinzaine d’années que ceux de l’actuelle génération. En Europe, la tendance est inverse : les robots n’entrent dans l’enseignement qu’au niveau des études supérieures, parfois dans les lycées, mais trop rarement. C’est également dommage.

En termes d’applications robotiques pour assister les séniors, où en est la Corée ? Des projets prennent-ils déjà forme ?
Aujourd’hui, il n’y a pas beaucoup d’applications vraiment disponibles sur le marché coréen. Tout est encore au stade de projets. Les grands hôpitaux étudient par exemple le développement de robots-docteurs capables de consulter les patients. L’Etri (institut de recherches sur l’électronique et la télécommunication), avec la participation de Yujin Robot, travaillent sur un projet en coopération avec l’université d’Auckland portant sur les soins et la santé dans des Silver Town en Nouvelle Zélande. Il y a également la société Curexo qui a acquis en 2006 toutes les parts de Robodoc, un robot d’assistance chirurgicale de la société américaine ISS, et a obtenu l’approbation de la FDA en 2008 et les brevets européens en France, en Allemagne et en Angleterre, gagnant ainsi un statut international à part entière. Toutes ces applications devraient voir le jour dans une dizaine d’années mais à court terme, la Corée développe déjà son image de pays de la robotique avec la création de deux parcs d’attraction sur la robotique à Incheon et à Masan. Ces parcs proposeront des départements « Silver Care Experience » pour permettre aux citoyens de découvrir les fonctionnalités à venir.
On s’aperçoit bien aujourd’hui que la robotique a un très grand potentiel concernant son application sur le marché général du soin et de la santé. Cela est dépendant de la convergence de différents domaines à savoir les réseaux, les technologies de l’information, le médical, la robotique et les services. La filière bouge. On voit se créer de plus en plus de partenariats stratégiques pour étudier la possibilité de commercialiser des produits dans les années à venir.

« Pour que le marché de la robotique s’ouvre réellement, les applications sont nécessaires »

Comment se positionne Robopolis sur le marché français ?
En France, Robopolis a acquis une réputation de spécialiste en étant un pionnier de la robotique de services ; aujourd’hui Robopolis connaît une forte croissance, notamment grâce à la distribution du robot aspirateur Roomba d’iRobot, robot domestique le plus vendu sur la planète. Pour autant, Robopolis ne se contente pas de ce marché florissant et travaille beaucoup à l’émergence de la robotique de services dans tous les secteurs, donnant la priorité à l’éducation, en coopération avec le gouvernement. Bruno Bonnell participe à de nombreuses conférences et préside Syrobo (syndicat de la robotique de services – www.syrobo.org) qui organise en Europe (France, Lyon) INNO-ROBO, un événement d’envergure mondiale en mars 2011 sur la robotique de services. Le but est de proposer un événement identique à l’IREX au Japon ou le Robot World en Corée, mais en Europe.

Et concernant le marché coréen ?
En Corée, un grand nombre d’entreprises fabriquent des robots, mais pour que le marché s’ouvre réellement, les applications sont nécessaires. Ce domaine n’est pas encore très développé dans la péninsule, c’est pour cela que Robopolis voit un grand potentiel de projets franco-coréens pour le développement d’applications logicielles à visée internationale sur les plateformes hardware robotiques coréennes. Le développement d’applications logicielles est le cœur d’expertise de Robopolis, dont le succès passé dans l’industrie du jeu vidéo n’est plus à démontrer. Nous avons en effet la chance de pouvoir travailler avec le réseau et l’expérience de Bruno Bonnell (ex-président et fondateur d’Atari/Infograms). Hardware et software sont indissociables et c’est par l’offre d’applications appropriées que le marché des robots pourra intéresser un plus large public. Nous développons actuellement des applications pour Genibo. Nous avons signé un contrat de partenariat privilégié avec la société qui le produit (Dasarobot) pour l’Europe. Nous travaillons également avec Yujin Robot pour le robot iRobi dont je vous parlais précédemment. Robopolis compte bien apporter son expertise dans le développement d’applications aux fabricants coréens de robots pour faire émerger le marché de la robotique de services plus rapidement et à plus grande échelle.

Propos recueillis par Clément Charles
Journaliste pour Corée Affaires

Viva la Robolution !
Bruno Bonnell, Édition Lattes
Sortie mai 2010

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