Une société vieillissante
Actuellement en réflexion active sur la mise en place d’un « second grand plan pour le challenge démographique coréen » au sein du ministère de la santé, du bien-être et des affaires familiales, Kang Min-Kyu, directeur de la politique sur le vieillissement de la société, Ministère de la Santé, du bien-être et des affaires familiales, a accepté de recevoir Corée Affaires au ministère pour partager la réflexion du gouvernement sur ce sujet.
Comment sera la société coréenne en 2020 ?
La société ne sera pas si différente d’aujourd’hui. Les questions sur l’état de la société portent davantage sur 2050. La Corée est l’un des plus mauvais élève dans le monde en termes de démographie. D’après nos estimations, la population active (15 à 64 ans) devrait commencer à diminuer à partir de 2015. Cette diminution s’accentuera en 2016 et 2018 sera le point de départ d’une diminution globale de la population coréenne. A cette date, la Corée du Sud devrait atteindre le pic de 49 340 000 millions de citoyens. Actuellement derrière les plus grandes nations de l’OCDE (France, Allemagne, Espagne, USA, Japon), la Corée du Sud passera devant en 2050 avec la plus importante proportion de séniors, soit pas moins de 38.2% de la population. Le gouvernement constate à quel point le problème est important et compte appliquer des mesures dès aujourd’hui.
En quoi consiste le second grand plan pour le challenge démographique ?
En 2005, la Corée connaissait son plus faible taux de fécondité (1.08). Ce fut un réel choc pour la population qui a alors estimé qu’une stratégie devait être mise en place par le gouvernement. C’est à cette date qu’un Conseil dirigé par le président a été créé afin de proposer de nouvelles mesures pour les séniors et la natalité. Le plan d’action a alors été divisé en trois étapes. Le premier grand plan a été lancé en août 2006 pour une durée de 5 ans (2006-2010) et a pour objectif d’une part de créer un environnement favorable à la fécondité et à l’éducation, et d’autre part d’établir des bases en termes d’amélioration de la qualité de vie. Le second grand plan, dont j’ai la charge actuellement, sera sur les cinq prochaines années (2011-2015). Il s’agit aujourd’hui de proposer une stratégie et une politique claire pour favoriser l’augmentation du taux de fécondité. Il nous faut également mettre en place des mesures concrètes pour supporter l’impact du vieillissement de la population. Un troisième plan sera lancé sur 2016-2020 et aura pour principal but de tirer vers le haut le taux de fécondité afin d’atteindre la moyenne de l’OCDE (2.1).
La France est entrée dans la phase « papy boom » mais a su relancer sa fécondité. Un partage de connaissance sur ces sujets est-il d’actualité ?
La Corée du Sud a tiré certaine leçon du modèle français. La France est le premier pays à avoir réussi à contrer le problème de la fécondité (2.1 en 2008). L’an dernier, je m’y suis rendu et j’ai pu rencontrer deux acteurs stratégiques de la question démographique : l’INED (Institut nationale des études démographiques) et la CNAF (Caisse nationale des allocations familiales). Lors de mon passage au CNAF, j’ai posé la question suivante : « Pourquoi la population et la presse n’ont-ils pas critiqué le gouvernement lorsque celui-ci a annoncé un budget de 3.8% de son PIB pour dynamiser la natalité et supporter les jeunes parents ? ». La réponse fut simple. Faire face à la faible natalité est une question d’ordre nationale ; La France ne souhaite pas être un pays vieux et faire face à une mauvaise croissance économique dans les années à venir. Ce fonds mis en place est considéré comme un investissement d’avenir. Avec seulement 0.4% de son PIB, la Corée du Sud rencontre encore un problème stratégique et politique.
Le gouvernement doit-il se préparer à devenir un Etat davantage Provident, les seniors comptants de moins en moins sur leur famille ?
7.2 millions d’enfants ont vu le jour entre 1955 et 1963 représentants 14% de la population totale. Cette génération a trois caractéristiques : elle est très éduquée, est assez riche et est considérée à la fois comme la dernière à s’occuper de ses parents et la première à être abandonnée par ses enfants. Et c’est sur ce sujet que le second grand plan va jouer son rôle. Nous assistons à une division de la population et les « papy boomers » ont besoin d’argent. L’objectif est donc d’améliorer le système de retraite. Le fonds de pension national verse la totalité du montant lorsqu’une personne part à la retraite. Il faudrait à mon sens commencer à mieux répartir cette somme, mensuellement par exemple. Le gouvernement devra également trouver des solutions pour dynamiser l’épargne individuelle qui est la clé pour les futurs retraités. En Corée, les employés partent à la retraite à 55 ans soit 10 ans avant les employés européens. Il nous faut par conséquent prendre des mesures pour prolonger l’âge de départ à la retraite d’une part, et créer des emplois pour les séniors d’autre part. Je travaille actuellement sur des formations de départ à la retraite ainsi que des plans pour dynamiser la santé, les loisirs et le bénévolat des séniors. Les enfants hésitent de plus en plus à s’occuper de leurs parents, mais le gouvernement ne peut pas supporter tous les retraités. Les évolutions se feront dans le temps et les séniors doivent commencer à apprendre à vivre seul.
Pour les entreprises, quels sont les challenges à venir face à la problématique du vieillissement de la population et de la baisse de la fécondité ?
De manière générale, les conséquences sont très négatives. Moins d’enfants signifie une baisse significative de la consommation. Plus de retraités et le marché intérieur perd de son dynamisme. D’après les statistiques, la consommation des plus de 60 ans représenterait 65% de celle des quadragénaires et 60% de celle des quinquagénaires. Parallèlement, cela provoquera une baisse de l’emploi. Aujourd’hui, l’un de nos outils permet de mesurer qu’une baisse de la natalité de l’ordre de « trois bébés en moins » représente « un emploi en moins » en Corée. Sur l’économie, la conséquence sera claire : de 5.08% de croissance dans les années 2000, nous devrions passer à 4.47% dans la nouvelle décennie, puis 3.04%, 2.16% et 1.53% pour les années 2040. Enfin, les employés devront cotiser de plus en plus à la sécurité sociale : en 2005, il fallait 7.9 actifs (15-64 ans) pour supporter un retraité (plus de 65 ans). En 2050, le coefficient sera de 1.4 actif par retraité.
A court-moyen terme (2015-2020), quelles solutions peuvent-être envisagées ?
A court terme, je ne pense pas qu’il y ait de changements importants. Il faut cependant bien se préparer aux 10-20 prochaines années. L’augmentation du taux de fécondité est la priorité car c’est un problème international. En Corée, il nous faut d’abord agir sur les mentalités, surtout celles de la gente masculine. Un homme aide sa femme aux tâches ménagères 30mn par jour en moyenne. En Europe, la moyenne est de 2h30mn. La place de la femme dans l’entreprise est également limitée avec 50% de femmes actives en Corée contre 60-70% chez les membres de l’OCDE. La population va devoir faire un effort pour équilibrer la balance homme et femme et la balance vie professionnelle et vie personnelle. Par contre, l’immigration est une solution parmi d’autres. Ce n’est selon moi pas un facteur prioritaire pour contrer la faible natalité.
Propos recueillis par Clément Charles
Journaliste pour Corée Affaires

