Les médias deviennent intelligents

2010 August 20
by Corée Affaires

Oh Jae-Kyung
Vice-responsable de la stratégie média au Chosun Ilbo

M. Oh Jae-Kyung, vice-responsable de la stratégie média au Chosun Ilbo, premier quotidien en Corée, a reçu Corée Affaires et accepté de dévoiler sa vision du marché des médias et de l’adaptation de la presse papier sur les outils dits « smart ».

Comment se décompose l’industrie des médias en Corée ?
Le pouvoir des médias a changé. Si dans les années 80-90 l’information était contrôlée par les géants de la presse quotidienne que sont le Chosun, le Joongang et le Dong-a, le pouvoir est désormais entre les mains de la télévision. Cela ne nous empêche pas de continuer à proposer davantage de contenus, avec des articles qui plongent les lecteurs plus en profondeur dans les sujets choisis. Malgré ce « transfert de pouvoir », la presse papier peut rester rassurée face à la croissance des médias digitaux.

Les 40-70 ans, le segment de population le plus puissant en Corée, sont toujours des lecteurs récurrents de la presse écrite sur papier. Aujourd’hui, le challenge réside dans notre capacité à mettre en place de nouveaux contenus tout en proposant de nouveaux médias et supports d’information.

Internet a changé la donne dans le monde des médias. Comment la presse peut-elle s’adapter ?
La presse papier a perdu énormément à cause du développement des médias sur Internet. Je voudrais à ce sujet apporter la lumière sur le fait que les marchés des médias japonais et sud-coréens sont très différents. Les quotidiens nippons étant historiquement puissants, il n’est pas étonnant de constater que les Japonais préfèrent encore regarder l’actualité sur du papier. En Corée, ce n’est pas le cas et il faudra à mon avis plus d’une décennie avant de voir un Chosun Ilbo aussi puissant qu’un quotidien japonais, bien qu’il soit le numéro 1 en Corée aujourd’hui. Nous devons nous concentrer sur deux points : des nouveaux contenus et des moyens innovants de distribution. Posséder un équipement high-tech type écran plat, 3D ou mobile pour lire l’actualité ne sert à rien si le contenu proposé n’est pas bon.
Un autre point important est la cible. Pour se développer, le Chosun doit maintenant se tourner de plus en plus vers les jeunes Coréens. Les jeunes générations sont différentes de celles que l’on a connues par le passé ; elles s’intéressent à la politique, aux grandes questions économiques, aux problématiques internationales, etc. Il est de moins en moins question de sport ou de culture.

Concernant les outils high-tech dont vous parlez, comment le Chosun peut-il s’adapter ?
Le Chosun a lancé le 17 mars dernier sa propre application pour les smart-phones, un nouveau moyen de diffuser de l’information et une nouvelle source de revenu pour le groupe. Nous travaillons également étroitement avec les fabricants de tablettes électroniques Samsung et LG ainsi qu’avec les opérateurs SK Telecom et KT, surtout depuis le lancement de l’iPad par Apple aux Etats-Unis. Nous avons ainsi mis en place un outil, sur le même type que le Kindle d’Amazon, afin de vendre nos journaux, des livres, des guides, etc. Notre système iReader, actuellement disponible sur Internet, est en développement pour les tablettes et sera baptisé Textore. Nous cherchons à le rendre disponible sur les quatre principaux systèmes d’exploitation : Textore est prêt sur Linux, il sera finalisé en août sur Androïd, et en fin d’année pour Windows 7 Mobile. Pour Apple, nous réfléchissons encore. Pour le lancement de Textore, nous coopérons avec Samsung Electronics qui lancera fin août ou début septembre différents modèles de tablettes électroniques Galaxy Tab (3 tailles devraient être disponibles). Textore sera intégré d’office sur cette tablette et ne pourra être effacé par les utilisateurs. C’est une nouvelle manière pour le Chosun de créer des revenus supplémentaires.

En tant que professionnel des médias, comment expliquez-vous la nouvelle tendance du « smart » en Corée ?
La Corée du Sud était « smart » bien avant l’iPhone. Regardez les bus à Séoul : les arrêts vous renseignent sur le numéro du bus, sa destination, son emplacement actuel, son heure d’arrivée à l’arrêt en fonction du trafic, etc. Il y a également T-Money, ce système de paiement qui vous permet de régler vos achats dans les superettes, de prendre le métro, le bus ou le taxi, ou encore d’acheter votre pain avec la carte SIM de votre téléphone mobile. Quand l’iPhone est arrivé en Corée en novembre 2009, le concept « smart » a totalement changé. Avant qu’il ne soit lancé, Samsung Electronics estimait qu’il ne marcherait pas dans la péninsule. Ils ont finalement eu tout faux. Et c’est la raison pour laquelle ils ont dû se démener pour sortir le Galaxy S début juillet.

Pouvez-vous nous parler de l’application « Chosun Ilbo » sur les smart-phones ?
Avec le développement de l’iPhone, nous ne pouvions pas ne pas utiliser ce nouveau moyen de diffusion. Une fois que nous avons lancé notre application, le Chosun s’est placé en deuxième position dans le monde pendant deux jours parmi les applications consacrées à l’actualité. Nous avons enregistré 100 000 téléchargements de notre application en moins de 15 jours. Aujourd’hui, le Maeil Economics est le numéro 1 sur les téléchargements, le journal ayant lancé son application six mois avant le Chosun. Nous sommes en deuxième position parmi toutes les applications existantes en Corée.

Verrons-nous un jour le « Smart-Chosun » ?
Il faut toujours trouver de nouvelles solutions pour s’adapter à l’évolution rapide de notre industrie. Le département Digital Chosun Ilbo possède un centre de recherche et de développement qui travaille sur tout cela. Nous cherchons à investir toujours plus pour proposer à nos lecteurs des présentations innovantes de nos contenus. Nous travaillons par exemple sur le Tpaper, le journal papier sur votre télévision. Je ne suis personnellement pas très convaincu par ce système car il faut être extrêmement bon et performant pour adapter un journal à un écran de télévision. Il ne faut pas oublier que la télévision est un média censé être reposant. Il faut par conséquent réfléchir à du contenu agréable et en mouvement. Le Chosun pourrait par exemple lancer des contenus vidéo dans un proche avenir. Il faut avoir à l’esprit que le gouvernement devrait autoriser incessamment sous peu les journaux coréens à opérer leur propre chaîne de télévision. Un pas important pour la presse papier. Concernant cette nouvelle loi, beaucoup de rumeurs circulent. Certains parlent de la fin de l’année, d’autres de mi-2011. Tout dépendra de la Maison Bleue.

Propos recueillis par Clément Charles
Journaliste pour Corée Affaires

FacebookTwitterLinkedInEmail

Comments are closed.