SK Telecom voit la vie en « smart »

2010 September 10
by Corée Affaires

Yum Yong-Seop
Vice président du bureau de recherche ICT au SK Research Institute pour le SUPEX Management.

Le smart-phone est sans aucun doute la rampe de lancement de la tendance « smart » en Corée du Sud cette année. Corée Affaires ne pouvait pas passer à côté du leader coréen des services en télécommunications mobiles, SK Telecom. Entretien avec Yum Yong-Seop.

Comment définiriez-vous le mot « smart » ?
Le mot « smart » désigne l’innovation dans les services. Personnellement, je pense que cela va même au-delà. C’est un phénomène qui crée quelque chose de complètement différent de ce que nous avons connu jusqu’à présent. Il y a encore peu, les services de télécommunications mobiles étaient figés, simples et inchangeables une fois que les équipements étaient conçus. Il y avait du possible comme de l’impossible. Après l’iPhone, nous avons utilisé le terme « smart » car tout est devenu flexible et possible. Nous pouvons changer les services sur le produit fini car ils sont adaptables à chaque utilisateur. Le smart-phone peut offrir les informations exigées par l’utilisateur, que ce soit par les systèmes d’exploitations (Google, Apple, etc.) ou les applications fournies par les opérateurs, comme Anybus (trafic, localisation du bus à l’instant T, etc.) qui est la première application utilisée en Corée.

Certains opérateurs ont fait des tentatives en offrant des services dits « smart » avant l’iPhone, mais cela n’a pas pris. Il n’y avait pas d’écosystème car Samsung et LG ne maîtrisaient que le hardware. Apple a su mixer hardware (iPhone) et software (applications).

Cela justifie-t-il le fait que SK Telecom donne le préfixe « smart » à beaucoup de nouveaux services ?
SK Telecom offre des services différents de ceux que nous connaissions jusqu’à présent. Nous nous adaptons au consommateur. Nos services deviennent intelligents. Ils permettent de contrôler des procédures très complexes. Avant, nous avancions étape par étape. Désormais, tout est automatisé. Le « smart » contrôle la température, les portes, les lumières, la production, la pollution, etc. La mécanique devient intelligente, les services aussi. Mixez la dynamique « électronique » (e-mail, e-book, etc.), l’« ubiquitous » (u-city, u-dream, etc.) et Internet, et vous obtenez le « smart » qui rend les services « intelligemment connectés ».

Quels sont les services « smart » clés de SK Telecom ?
Outre le smart-phone, nous travaillons activement sur le smart-payment (paiement intelligent). Ce service permet aux consommateurs de régler leurs achats avec leur appareil mobile. En Corée, les citoyens accumulent les bons de réduction qu’ils reçoivent par la poste, en main propre dans la rue ou lors de leurs achats. Bref, ils doivent conserver ces morceaux de papiers, les trier, les apporter au magasin et les faire enregistrer en caisse en fonction des produits achetés pour obtenir une réduction. Avec le smart-payment, les bons de réduction sont envoyés électroniquement sur les smart-phones. Dans les caisses des magasins, une puce est intégrée afin de lire les données du mobile dans lequel est intégrée une puce connectée au compte bancaire du client. Automatiquement, la caisse va chercher les bons de réductions utilisables, faire la déduction sur le montant total et procéder au paiement. Un gain de temps non négligeable.
Chez SK, nous portons un intérêt particulier à la gestion de l’énergie et à la distribution de l’électricité. C’est ce que nous appelons le smart-grid. Notre centre R&D développe de nouveaux systèmes ICT pour cette nouvelle technologie. Le gouvernement pousse les investissements dans ce sens et a choisi le groupe SK parmi d’autres pour un projet de smart-grid sur l’île de Jeju, au Sud de la péninsule. SK travaille également activement sur le développement de villes intelligentes (smart-city) avec des systèmes de contrôle puissants.

De quelle manière SK Telecom a-t-il adapté sa stratégie suite à l’explosion du marché du smart-phone en Corée ?
Notre concurrent KT a choisi de distribuer l’iPhone en Corée. Chez SK Telecom, nous avons choisi une stratégie que nous pourrions qualifier de coréenne. Nous avons développé un écosystème complètement différent de celui des américains, tout simplement parce que les Coréens ont des goûts différents de ceux des occidentaux. Premièrement, nous misons sur la variété des produits. L’iPhone est un smart-phone parmi beaucoup d’autres. Les fabricants ne cessent de sortir de nouveaux appareils aujourd’hui. Dans un deuxième temps, nous devons construire un marché des applications. Chez SK Telecom, nous avons développé le T Store, spécialisé sur les applications à destination d’un public coréen. Le troisième point important est le réseau. SK Telecom investit beaucoup pour changer le réseau de télécommunications mobiles en Corée et lui donner une capacité plus importante pour le transfert de données. Enfin, le quatrième point consiste à trouver de nouveaux services. Nous avons par exemple créé l’OVJET, un système de réalité augmentée qui offre une variété d’information considérable (horaire de projection d’un film au cinéma, prévision météorologique, astrologie, etc.).

Pouvez-vous nous parler de la convergence qui semble émerger comme la nouvelle tendance dans les télécoms ?
Lorsque l’on parle de convergence, on pense dans un premier temps à la convergence entre la télévision et les télécommunications, autrement dit à l’IPTV. Ce service proposé par SK Telecom n’en est qu’à ses prémices. La France est le 1er pays dans ce secteur avec France Telecom qui a vraiment très bien réussi. Il faut penser au-delà du câble ou du satellite, bien que ces technologies soient très bien développées. Internet est la nouvelle clé. Cela m’amène à évoquer un deuxième élément de la convergence : l’Internet mobile et l’Internet fixe. En France, tout le monde connaît MSN Messenger, 1er opérateur mondial de messagerie instantanée en ligne. En Corée du Sud, nous utilisons NateOn, leader dans la péninsule. SK Telecom cherche aujourd’hui à rendre ce service disponible sur les appareils mobiles. Nous travaillons également sur une convergence entre les appareils mobiles et les industries. Cela concerne par exemple le smart-grid, l’U-health (télécoms et santé) ou encore la télématic qui combine smart-phone et automobile. Sur cette dernière technologie, SK Telecom a effectué toute une série de tests en coopération avec le constructeur franco-coréen Renault Samsung Motors. Votre smart-phone pourra bientôt vous permettre de fermer les portières, sécuriser votre véhicule, vérifier la luminosité des phares ou encore la pression des pneus, etc. Dans un deuxième temps, nous comptons faire du smart-phone une sorte de cerveau de la voiture. En posant son téléphone dans son véhicule, le conducteur aura accès sur l’écran à un GPS, pourra téléphoner ou encore écouter de la musique. Tout ce que vous sauvegarderez sur votre téléphone sera disponible lors de vos déplacements.

Après la tendance smart, pouvons-nous nous attendre à une tendance Cloud Computing ?
Le Cloud Computing est extrêmement important pour l’avenir des TIC. Cette technologie mettra fin au disque dur des ordinateurs car tout sera disponible sur un serveur Internet. Il nous est cependant difficile de trouver des solutions complètes aujourd’hui, la sécurité restant la priorité. Le Cloud Computing apportera beaucoup d’avantages : réduction des échanges par mail, aucune nécessité de posséder un ordinateur puissant, facilité d’accès à ses données où que l’on soit, etc. C’est un peu comme Google Map, un logiciel à mon sens extrêmement puissant qui offre un accès gratuit à un annuaire mondial (personnel et professionnel).

Quelles technologies voyez-vous émerger pour l’avenir proche ?
Au niveau des nouvelles technologies, des recherches sont actuellement opérées pour un système de 3D sur les smart-phones. Nous évoquons également l’e-paper, un écran flexible, fin comme une feuille de papier et connecté en Wifi. Enfin, après le WCDMA, nous proposons désormais le HSPA+ sur les nouveaux appareils. Il permettra de télécharger en quelques secondes tous vos films et musiques préférés sur votre téléphone.

Propos recueillis par Clément Charles
Journaliste pour Corée Affaires

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