Im Sang-Soo, Réalisateur

2010 October 6
by Corée Affaires

Étudiant en sociologie à l’Université de Yonsei, il entre à la Korean Film Academy et fait ses premières classes en tant qu’assistant d’Im Kwon-Taek, figure du cinéma coréen, en 1994 sur Kim’s War. En 95, il remporte le prix de la création pour la promotion du cinéma coréen avec A Noteworthy Film, puis va imposer son style avec Girls’ Night Out en 1998, Tears en 2000 et Une femme coréenne en 2003 qui remportera le prix du Lotus d’Or au Festival du film asiatique de Deauville l’année suivante. The President’s Last Bang est sélectionné par la quinzaine des réalisateurs à Cannes en 2005 mais créé une forte polémique en Corée qui aboutit à la suppression de 4 minutes d’image d’archives du président Park Chung-Hee, 4 minutes qui laisseront place à un écran noir lors du film sur le choix du réalisateur. Il réalise Le Vieux Jardin en 2007 puis The Housemaid en mai 2010, un remake du film de Kim Ki-Young de 1960 qui lui vaudra une sélection en compétition officielle lors de la 63e édition du Festival de Cannes. Im Sang-Soo revient pour Corée Affaires sur cette sélection, sa carrière et ses projets.

Un mot sur cette première sélection à Cannes ?
J’étais à Cannes pour la deuxième fois et en compétition pour la première fois. Pour les réalisateurs, Cannes est définitivement un lieu magnifique. Il y fait beau, la nourriture y est bonne et les gens sont sympathiques.

Mon frère, ma sœur et mon neveu qui étaient aux Etats-Unis ont fait le déplacement. Concernant la sélection officielle, j’ai été surpris, d’autant que nous étions deux Coréens (Poetry de Lee Chang-Dong). Le bilan est positif, notre équipe ayant trouvé une dizaine de distributeurs autour du globe. Pour la France, Pretty Pictures s’occupera de la distribution, une société avec laquelle j’ai déjà travaillé. The Housemaid sortira le 15 septembre.

De nombreux films asiatiques étaient en compétition cette année. La vague du cinéma asiatique poursuit son ascension. Qu’en pensez-vous ?
C’est vrai. L’Europe a tout d’abord découvert la cinquième génération de films chinois, puis le cinéma iranien, et depuis une dizaine d’année, il y a un intérêt important porté sur le cinéma sud-coréen. Cela fonctionne par vague. Espérons que ça dure.

Vous étiez à Paris lorsque le producteur Jason Chae vous a appelé pour réaliser The Housemaid. Vous travailliez toujours sur le script de A Woman in Paris ?
En effet, il y a trois ans, Haut et Court Distribution m’a contacté pour travailler sur un scénario. Je suis resté à Paris pendant deux ans afin d’écrire le script de ce nouveau film. Malheureusement, nous avons eu quelques désaccords avec cette société et Jason Chae m’a appelé pour The Housemaid. Lorsque je retournerais à Paris en septembre prochain pour la promotion de The Housemaid, j’espère sincèrement avoir l’opportunité de trouver une société pour distribuer ce film.

Pouvez-vous nous en dire plus sur ce film ?
A Woman in Paris est une comédie érotique qui raconte l’histoire d’une femme asiatique trentenaire qui vit à Paris. Elle est arrivée dans la capitale lorsqu’elle avait vingt ans et n’est jamais retournée dans son pays depuis. Elle n’a pas de relations familiales particulières. Bref, elle se sent comme une parisienne. Au fil du scénario, elle accumule les conquêtes françaises et a des aventures avec des blancs, noirs ou maghrébins. Elle joue beaucoup sur son pouvoir d’attraction et de séduction. Le scénario repose sur toutes les controverses qui naissent de ses relations.

Une idée d’actrice ?
Maggie Cheung… bien qu’elle soit peut-être un peu plus âgée que mon personnage. On peut aussi imaginer Zhang Zi-Yi dans un tel rôle.

Vous abordez régulièrement la thématique des classes sociales dans vos films, en particulier dans The Housemaid. Pourquoi cet attachement ?
Giovanna Fulvi, programmatrice pour le cinéma d’Asie de l’Est et du Sud-est au Festival international du film de Toronto où je me rends en septembre, a dit : « Im Sang-Soo fait de la sociologie dans ses films ». Je suis tout à fait d’accord avec cette interprétation. La globalisation a créé en Asie, en Afrique et en Europe de l’Est des individus super-riches du jour au lendemain. Leur modèle est la haute-classe européenne. Dans l’autre sens, la classe moyenne s’est mise à collapser doucement. La société contemporaine est un combat permanent entre classes sociales. Pour en revenir au Festival de Cannes, un réalisateur américain est venu me voir avec l’idée de faire un remake de The Housemaid. Cela prouve bien que ce phénomène est global et adaptable à n’importe quel pays.

Que pensez-vous du cinéma français ?
Traditionnellement, Paris est la ville des artistes. Beaucoup de films sont produits en France. Le système tel qu’il y existe est idéal pour l’industrie du cinéma. Mais je pense qu’il est difficile de trouver de bons films actuellement en France. Du coup, les asiatiques comme moi venons à Paris et réalisons des films « français ». Le cinéma français m’intéressait beaucoup lorsque j’étais adolescent. Le Centre Culturel Français était la seule cinémathèque à Séoul qui permettait de voir des productions françaises. J’ai beaucoup apprécié de voir des critiques me comparer à Claude Chabrol pour The Housemaid.

Après la controverse qui a frappé The President’s Last Bang, vous faites à nouveau face à une polémique pour avoir réécrit le scénario de The Housemaid. Comment expliquez-vous toutes ces controverses sur vos films ?
Je les attends avant qu’elles arrivent. Il est très difficile de créer une controverse sociale. Je pense qu’un film doit être vraiment bon pour qu’il puisse créer une polémique. Pour moi, faire un film en Corée, c’est avant tout montrer aux Coréens qui ils sont, quelle est leur vie, leur société. Certains aiment, d’autres moins. Beaucoup de Coréens ont détesté The Housemaid. J’ai regardé les critiques des spectateurs sur Internet et je pense qu’ils ne se sont pas sentis à l’aise en le voyant. C’est d’une certaine manière le but de ce film. Rendre les gens inconfortables. Je leur montre ce qu’ils sont et ils n’aiment pas.

L’esthétisme est à n’en pas douter le point fort de vos films. Si vous deviez retenir une scène de The Housemaid, laquelle serait-elle ?
J’aime beaucoup la scène où la fille et la mère quittent la maison pour se rendre à la maternité. C’est un plan fixe sur le salon où l’on voit la vieille servante suivre les deux femmes jusqu’à la porte. Le salon est vide. La caméra reste figée sur le salon. Il y a un léger zoom puis la servante revient dans le salon et hurle « Libération ! ».

Quels sont vos projets à venir ?
Outre la promotion de The Housemaid à l’étranger (Paris, Melbourne, Toronto, etc.) et les discussions pour réaliser un remake américain, j’espère avancer sur A Woman in Paris lors de mon voyage en France et je viens de finaliser un script pour une production coréenne qui devrait sortir d’ici la fin de l’année.

Propos recueillis par Clément Charles
Journaliste pour Corée Affaires

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