Woo Young-Mi, Fashion Designer

2011 January 5
by Corée Affaires

Woo Young-MiCréatrice et femme d’affaires, Woo Young-Mi mise tout sur l’homme. Formée à la Seoul National University, plus prestigieuse des écoles sud-coréennes, cette jeune femme resplendit rapidement sur la scène internationale. Elle revient pour Corée Affaires sur son parcours, l’industrie de la mode et confie quelques clés sur les tendances à venir…

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
J’ai débuté en lançant Solid Homme sur le marché coréen. A cette période, l’industrie de la mode coréenne n’en était qu’à ses balbutiements et Solid Homme était la première marque de vêtement masculine. Avec quelques jeunes amis designers, nous avons lancé à la même période New Wave, une plateforme pour les jeunes créateurs plus connu aujourd’hui sous le nom de « Seoul Fashion Week ». Après l’ouverture d’une première petite boutique, Solid Homme a gravi les échelons dans le monde de la mode en Corée pendant plus de 20 ans. Depuis 2002 (collection Printemps/Été 2003), je présente la marque WooYoungMi lors de la semaine de la mode masculine de Paris, une rampe pour accéder au marché international. Forte de son développement sur le marché sud-coréen, cette marque a rapidement su étendre sa croissance sur le plan mondial. Comme deux sœurs, les marques WooYoungMi et Solid Homme se supportent l’une l’autre.
Pour faire de WooYoungMi une marque globale, je devais choisir une métropole afin d’exposer mon travail. Milan, Paris et New York sont des villes super-médiatiques. J’ai choisi Paris qui correspond au style de mes créations, une ville agréable pour un jeune designer.

Vous avez fait de la mode masculine votre porte drapeau. Pourquoi ?
Lors de mes études, j’étais intriguée par le torse de l’homme plutôt que par les courbes de la femme. J’ai une théorie selon laquelle votre corps est la plus grande restriction à votre design. Certains disent que la compréhension du corps des consommateurs et de leur goût est la première chose à savoir pour un designer. D’un autre côté, je crois sincèrement que le fait qu’une personne ne puisse pas porter vos créations ne doit pas être un frein à la création. Vos designs sont illimités.
En tant que femme, j’ai toujours créé mes designs en me basant sur ce que je considère comme « l’homme idéal », dans le sens qu’il prend au travers du regard féminin. Cela joue parfois un rôle intéressant dans mes créations, plutôt que de me prendre pour un homme et comprendre ses besoins. Avoir une perception différente m’offre une liberté en termes de créations et de nouveaux designs.

“Aujourd’hui, le marché de la mode en Corée du Sud est immense
et les variétés aussi nombreuses qu’au Japon”

Quel regard portez-vous sur la mode coréenne ?
L’industrie de la mode coréenne a considérablement changé en trois décennies. Les changements sont équivalents à ceux que l’Occident a connus. Cette industrie naissait tout juste lorsque j’entrais à l’université. Quand Solid Homme a été lancé, il n’existait pas spécifiquement de marché pour la mode masculine. J’étais la première créatrice de mode pour homme. Aujourd’hui, le marché de la mode en Corée du Sud est immense et les variétés aussi nombreuses qu’au Japon. Je vois bien que les jeunes hommes coréens sont très proches des tendances.
La mode coréenne souhaite gagner en visibilité. Elle connaitra la gloire prochainement. La Corée du Sud a un potentiel de consommateurs exceptionnel, qui possèdent une énergie et une grande passion pour la mode. Pour parvenir à une reconnaissance internationale, il faut conserver nos fondements. Il faut avoir en tête ce que sont les vraies créations.

woo young-mi modele

Vous êtes la plus globale des créatrices de mode coréenne avec vos marques Solid Homme et WooYoungMi et voss nombreuses boutiques autour du monde. Quels conseils donneriez-vous à la nouvelle génération de jeunes créateurs coréens ?
Je leur conseillerai de voir les choses en grand. Ce n’est pas parce que vous débutez en Corée du Sud que vous devez vous limiter au marché local. Montrez-vous ! S’il n’y a pas grand monde qui comprend votre design en Corée, il y a pleins de personnes qui vous comprendront ailleurs. Avoir de grandes ambitions et une grande perspective du marché vous donneront plus de chances. Mon design confronté au consommateur coréen symbolise la restriction. Mon design face au monde représente une chance inouïe de développement.

Quels créateurs vous ont inspiré lors de vos premières classes ?
Lors de mes premières classes à l’université, les designers japonais recevaient l’attention du monde entier pour leur création moderne. Naturellement, les designers comme Issey Miyake ou Yoji Yamamoto étaient une inspiration pour moi. Le fait d’avoir participé au concours de mode internationale d’Osaka et d’avoir remporté la troisième place m’a réellement permis de m’ouvrir et de lancer ma carrière.

Quels sont vos créateurs français favoris ?
Chanel, Yves Saint Laurent, Christian Dior, Balmain, etc. La France est le point de départ de toutes les modes. Ses créateurs représentent la Bible de la mode !

Quelles tendances voyez-vous émerger pour les collections de 2011 ?
La grande tendance de la coupe très près du corps s’essouffle. Un look un peu plus simpliste et relâché a émergé cet été. Les personnes se sentent plus à l’aise. Les tenues flottantes aident à se relaxer et à penser davantage. Les styles minimalistes et propres seront une autre tendance. Les accessoires moins compliqués vous rendent plus intelligent.

Quelques mots sur votre actualité…
Les Docks en Seine viennent tout juste d’ouvrir à Paris (rive gauche). J’ai été l’une des premières designers à organiser un défilé dans ce lieu hors du commun.

Propos recueillis par Clément Charles
Journaliste pour Corée Affaires

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