Philippe Li, Président de la Chambre de Commerce et d’Industrie Franco-Coréenne (2005-2011)

2011 March 22

Après six années de présidence à la Chambre de commerce et d’industrie franco-coréenne et vingt-et-une années passées en Corée du Sud, Philippe Li quitte ses fonctions de président pour rejoindre la France dans le cadre d’un nouveau challenge professionnel. Il revient pour Corée Affaires sur son parcours, son avenir et sa perception de la Corée.

Pouvez-vous revenir sur vos débuts en Corée et votre relation avec la Chambre durant les vingt dernières années ?
Apres de nombreux séjours depuis mon plus jeune âge dans le cadre de vacances scolaires, je suis arrivé en Corée en 1990 pour prendre mes fonctions de VIA (on disait alors VSNA) à la Chambre. La Corée du Sud venait d’organiser avec succès les Jeux Olympiques et le mur de Berlin venait de s’effondrer, deux événements cruciaux dont les impacts commençaient tout juste à se faire ressentir. A l’époque, je dois avouer que je ne savais pas très bien ce qu’était une CCI. Les quelques échanges par courrier (l’email n’existait pas) que j’ai eu avec mon prédécesseur m’ont donné l’image d’une Chambre dynamique, au
fonctionnement à la fois souple et informel. Nous étions quatre personnes au bureau permanent à l’époque, deux coréennes et deux français. Je m’occupais aussi bien de la partie administrative, que des événements et des publications. La Chambre comptait 75 membres et était présidée par Jean-Pierre Thesmar, vice-président de Kofran (une joint-venture du groupe Rhodia). Une anecdote qui me fait toujours sourire est qu’il me dît lors d’un entretien : « Un jour, Philippe, vous serez président de la Chambre », ce que j’étais alors loin d’imaginer. Une véritable histoire d’amour avec la Chambre est née pour moi à partir de là. Je garderai toujours une grande affection pour cette Chambre qui m’a apporté beaucoup de satisfactions.

Sur les deux dernières décennies, la Corée a beaucoup changé. Qu’est-ce qui vous a le plus marqué ?
La Corée est en mutation permanente. Il y a toujours un événement, une situation, favorable voire douloureuse, qui permet à la nation de rebondir, de trouver de nouveaux ressorts. La Corée s’est démocratisée à la fin des années 80. Les changements politiques ont créé une remise en perspective totale de la société. Les mentalités ont changé. Beaucoup d’artistes ont d’ailleurs trouvé une nouvelle inspiration à cette époque. Parmi les grands événements qui m’ont marqué, il y a l’explosion d’Internet. Les Coréens ont trouvé une agilité dans le fonctionnement d’Internet que peu de pays ont trouvé. En développant de nouvelles technologies de l’information et en s’investissant à fond dans l’électronique, la Corée s’est propulsée et s’est ouverte au reste du monde.

La crise financière de 1998 est à n’en pas douter l’un des grands tournants de l’histoire moderne de la Corée. Que vous inspire la politique coréenne concernant l’attraction des investisseurs étrangers depuis ?
Le pays est confronté à un dilemme. Il doit d’un côté s’ouvrir en libéralisant certains secteurs ou en signant des accords de libre échange, ce qui lui permet, dans la persective d’un monde de plus en plus globalisé, de renforcer sa place dans le concert des grandes puissances économiques. D’un autre côté, consciemment ou inconsciemment, il ne veut pas lâcher les fondamentaux qui ont fait la base de son succès, comme l’organisation de la société, la forte connivence entre les pouvoirs publics et les entreprises, etc. Considérer que des entreprises étrangères puissent trouver pleinement leur place dans ce système n’est pas forcément évident. Je n’appellerais pas cela du protectionnisme, mais je comprends qu’il y ait une perplexité sur la manière adéquate d’intégrer les entreprises étrangères au sein de ce dispositif. Le problème est que cette vision pousse à une forme de clivage alors que la Corée est consciente qu’il existe un fossé et qu’elle cherche réellement à le combler. Et à force de toujours chercher à apporter un traitement différencié, même en termes d’avantages pour les étrangers, le pays ne fait à mon sens que cultiver ce clivage. Je suis davantage partisan de mieux faire comprendre la Corée aux
étrangers plutôt que de l’adapter ou d’en donner une image artificielle. C’est le vrai sujet.

Je suis davantage partisan de
mieux faire comprendre la Corée
aux étrangers plutôt que de l’adapter
ou d’en donner une image artificielle.
C’est le vrai sujet

L’accord de libre échange avec l’Union européenne sera très certainement « LE » sujet de l’année dans la communauté franco-coréenne. Quelles sont les perspectives dans un sens comme dans un autre ?
Il y a à mon sens un manque de connaissance respectivement flagrant. Les clichés touristiques et historiques ou la méconnaissance compriment la vision qu’un pays a de l’autre et ne permettent pas d’appréhender pleinement le potentiel et les opportunités. Nous sommes quelques mois avant l’entrée en vigueur de l’accord et le moment est venu de réfléchir sérieusement aux conditions de l’application. Chaque entreprise devra adopter un dispositif particulier afin de se préparer au mieux aux changements règlementaires. La Corée doit également comprendre la signification profonde de l’UE et l’appréhender dans son intégralité. Considérer le fait que l’accord va créer un mouvement d’affaires automatique est illusoire. La Corée doit considérer chacun des 27 pays qui composent la mosaïque européenne. L’UE n’est en réalité qu’un vecteur dans cette perspective La FKCCI jouera par conséquent un rôle de catalyseur et de support dans un sens comme dans un autre, l’équipe de la Chambre étant parfaitement rompue à ce type d’approche.

Vous avez passé six ans à la présidence de la FKCCI. Quels événements retiendrez-vous ?
Je retiens bien entendu tous les galas de fin d’année, organisés avec succès, ainsi que les opérations exceptionnelles comme celles avec Jacques Attali, Michel Rocard, Laurence Parisot, l’Olympique Lyonnais, Christine Lagarde, Anne-Marie Idrac ou encore les 100 PME françaises dans le cadre du Tremplin Corée. La FKCCI est un instrument à géométrie variable qui peut avoir une amplitude phénoménale, car elle doit se situer à la convergence des Etats qui ont leur politique et des entreprises qui ont leur propre vision stratégique et commerciale du marché. Une de mes grandes satisfactions réside dans le fait qu’aujourd’hui, lors de nos réunions, l’audience peut comporter plus de Coréens que de Français. La FKCCI a gagné en reconnaissance. D’un point de vue personnel, il faut comprendre que la Chambre n’est pas un fardeau, c’est une passion. Vous ne regardez pas le temps que vous y passez. En même temps, c’est une véritable responsabilité car le rôle de liant que joue la Chambre entre la France et la Corée est indispensable.

Que souhaiteriez-vous faire passer comme message à votre successeur ?
La FKCCI a des fondations solides. Le challenge de la Chambre est de consolider cela en se renouvelant, en innovant à travers l’observation que l’on fait de nos membres et que les membres ont de la Chambre. La FKCCI doit toujours rajeunir. Qui mieux qu’un architecte pour tenir ce rôle ? David-Pierre Jalicon est une personne qui a une grande expertise de la France et de la Corée et est reconnu dans son secteur comme un grand professionnel. Ayant toujours eu le feu sacré pour la Chambre, je suis certain qu’il sera un grand Président pour la Chambre.

La Chambre, c’est une passion !

Un nouveau challenge vous attend en France. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Je prends mes fonctions en tant qu’associé au bureau parisien du cabinet Jones Day. Mon rôle sera double avec du conseil pour les entreprises françaises en Corée et en Asie, et un appui aux entreprises coréennes dans leur développement sur des projets internationaux. Après 21 ans, c’est un retour aux sources qui me permettra de conserver un lien avec la Corée. Je resterai administrateur de la FKCCI et garderai mes fonctions à l’UCCIFE. J’ai vécu des moments extraordinaires à Kim & Chang et je suis heureux de garder mon coeur de métier franco-coréen tout en élargissant mon horizon professionnel.

Propos recueillis par Clément Charles
Rédacteur en Chef, Journaliste, Corée Affaires

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