Être francophone, en Afrique, pour une société coréenne (partie 3/3)

2011 March 31

Parler français est presque devenu un luxe dans le monde des grands conglomérats coréens spécialistes de la construction et de l’ingénierie. Leur conquête de l’Afrique ne peut se faire qu’avec des équipes maitrisant la langue et la culture locale, donc le français pour les pays d’Afrique francophone. Corée Affaires a recueilli les témoignages de ces jeunes coréens et français qui vivent en Afrique ou font des aller-retour sans cesse entre la péninsule et l’Afrique. Partie 3…

Hyung-Hwan Park est l’un des multiples coréens francophones présents sur le continent africain pour le compte des groupes de construction sud-coréens. Depuis 2009, Hyung-Hwan Park est responsable logistique et assistant du directeur général dans la branche algérienne de Daewoo Engineering & Construction.

Quel est votre rôle au sein de Daewoo E&C ?
Lors de mes premiers pas au sein du groupe, la gestion de la logistique était ma principale mission. Malgré sa longue expérience en Algérie, Daewoo E&C rencontrait comme beaucoup d’autres sociétés étrangères des difficultés vis-à-vis du dédouanement des matériaux de construction et des engins. Ma rapide adaptation sur le terrain a permis d’améliorer les conditions logistiques en termes de procédures administratives me laissant le temps de me concentrer sur des activités plus commerciales. C’est ainsi qu’en début d’année, le directeur de la branche algérienne m’a confié le poste de sous-directeur afin de l’épauler.

Sentez-vous que, sans votre capacité à parler français, les négociations seraient plus compliquées ?
En effet, le français est essentiel dans notre travail, même si certains groupes coréens préfèrent embaucher des Algériens anglophones. Cela facilite grandement les négociations, mais il faut cependant tenir compte que les langues officielles en Algérie sont le français et l’arabe. En d’autres termes, beaucoup d’Algériens, aussi bien à la douane que dans l’administration locale, ne comprennent pas le français. Et pour ce qui est de l’anglais, il est très difficile de l’utiliser lorsque l’on fait des affaires. Les discussions un peu privées se font plus facilement en arabe qu’en français. C’est pourquoi, lors de mes déplacements, une personne d’origine algérienne m’accompagne. Mais outre la linguistique, l’approche culturelle est très importante. Au début, je ne comprenais par exemple pas pourquoi les Algériens disaient « Incha’Allah » (si le dieu Allah le veut) à la fin de leur conversation. Cerner la culture islamique est nécessaire. Reproduire cette subtilité dans mes conversations m’a permis de gagner rapidement la confiance des Algériens. Certains autres groupes coréens préfèrent embaucher des Algériens anglophones plutôt que des francophones. Les stratégies managériales sont différentes.

Le Coréen francophone prend donc de la valeur sur le marché de l’emploi…
Effectivement, je le constate même au sein de notre société où de plus en plus de Coréens francophones travaillent. Les groupes coréens viennent conquérir l’Afrique, et plus particulièrement le Maghreb où le pouvoir d’achat est relativement fort par rapport à l’Afrique subsaharienne. La stratégie des groupes de construction et d’ingénierie coréens est très agressive en Algérie, surtout dans le domaine du génie civile et des hydrocarbures. Si les secteurs d’activités nécessitant des Coréens francophones sont encore limités, je suis sûr que l’accord de libre échange entre l’Union européenne et la Corée du Sud dynamisera les opportunités d’emploi pour les diplômés coréens en langue française. Cette langue reste rare et prendra rapidement de la valeur.

Propos recueillis par Clément Charles
Rédacteur en Chef, Journaliste, Corée Affaires

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