Marie-Christine Saragosse, directrice générale de TV5 Monde

2011 April 13
by Corée Affaires
Diplômée de l’ENA, Marie-Christine Saragosse entre en 1997 à TV5 qu’elle ne quittera plus. TV5 devient TV5 Monde afin de souligner son statut de seule chaîne mondiale francophone en 2006 et s’inscrit dans la grille audiovisuelle nationale sud-coréenne en 2009 grâce aux efforts de la société Panda Media qui représente la chaîne. A l’occasion du lancement du soustitrage coréen sur la chaîne TV5 Monde en Corée du Sud, la directrice générale de la chaîne, Marie-Christine Saragosse, a fait le déplacement à Séoul et accepté de recevoir Corée Affaires afin de partager sa vision du rôle de l’information dans la société moderne, de la francophonie et plus largement de la Corée du Sud.

La Corée du Sud a connu une année importante pour son image sur le plan international avec un rebond d’après-crise remarqué, l’organisation du sommet du G20 en novembre, une présence globale croissante des chaebols à l’international… Quelle image aviez-vous de la Corée avant d’arrivée?
Je connais la Corée à travers différents moments clés de ma carrière. Je me souviens par exemple vu de nombreux événements organisés par le Centre culturel coréen à Paris en 2006 dans le cadre de l’année de la Corée en France qui célébrait les 120 ans des relations diplomatiques entre nos deux pays. Le président du Centre à l’époque est désormais vice-ministre de la culture. J’ai également un goût prononcé pour le cinéma et le Festival du film asiatique de Deauville où chaque année la Corée brille par la qualité de ses productions et où je me souviens avoir remis un prix pour un film sur la séparation entre les Corée. La Corée m’évoque aussi la lecture récente du dernier livre de Michel Houellebecq La carte et le territoire, qui a reçu le prix Goncourt 2010, où il fait le plaidoyer de l’appareil photo Samsung qu’utilise son personnage, décrivant à la fois le haut niveau de technologie et la profonde humanité dans cet univers de plus en plus déshumanisé lorsqu’il lit la notice expliquant les fonctionnalités des prises de photos en fonction de la naissance d’un enfant, d’une fête de Noël ou d’un dîner entre amis. Enfin, le « Pays du Matin Calme » est cité dans la chanson Syracuse écrite en 62 par Henri Salvador et sur laquelle j’ai dansé lors du bal de mon mariage.

Maintenant que vous êtes ici, quelles sont vos premières impressions ?
Nous avons signé une lettre d’intention avec l’Affis (service d’information sur l’agriculture, la forêt et la pêche) autour d’un projet de documentaire qui portera sur la ligne de démarcation entre la Corée du Nord et la Corée du Sud et plus précisément sur la faune et la flore incroyables qui se sont développées dans cette zone. J’ai à ce sujet beaucoup apprécié le président de l’Affis car bien que je ne parle pas un mot de coréen, j’ai compris qu’il aimait rigoler, qu’il était chaleureux, bref, quelque chose à laquelle on ne s’attend pas forcément lorsque l’on signe un contrat. Je suis en tout état de cause satisfaite que TV5Monde ait été choisie pour travailler sur ce projet.

Pouvez-vous nous détailler la stratégie d’expansion de TV5Monde ?
Nous avons mis un nouveau plan stratégique en place depuis 2008 grâce à notre nouveau signal, le signal « Pacifique », qui émet en 16/9e et MP4 (norme de la haute définition). Au niveau de nos résultats en Asie, TV5Monde a enregistré +22% en distribution et +67% de recettes sur 2009. C’est dans cette logique là que les lancements du sous-titrage japonais en 2009 et du coréen en 2010 se sont inscrits. En devenant accessible sur tout le territoire coréen avec le lancement en février dernier de l’IPTV avec l’opérateur QOOK, le sous-titrage prend tout son sens et après 4 heures par jour en novembre passe à 10 heures par jour en janvier 2011. Le message en français de Ban Ki-Moon, Secrétaire général de l’Organisation des Nations- Unies, envoyé afin de nous féliciter pour ce lancement en Corée nous a beaucoup touché et prouve d’une certaine manière que nous suivons la bonne route. Il faut souligner que la francophonie représente plus du tiers des Etats membres de l’ONU et que TV5Monde est partenaire du projet « ambassadeur-citoyen de l’ONU » avec le parrain Youssou N’Dour.

Vous venez de lancer le sous-titrage coréen. Pourquoi le moment était-il venu ? Quels programmes seront concernés ?
L’objectif était de cibler des pays comme la Corée et le Japon. Avec seulement trois heures de décalages horaires sur l’aire pacifique, il est plus facile de personnaliser l’offre dans cette région. Lorsque vous avez sept heures de décalage, avec des spectateurs qui déjeunent lorsque les autres dînent, c’est toujours plus compliqué. Il faut noter que TV5Monde est la seule chaîne généraliste au monde, entendez par là que nous ne sommes pas une chaîne thématique. Donc nous avons des moments pour les prime times, d’autres pour l’information, d’autres pour les enfants, etc. Et contrairement à ce que beaucoup de personnes croient, notre clientèle n’est pas uniquement francophone. Aux Etats-Unis par exemple, nous comptons 57% d’abonnés anglophones qui payent leur abonnement et le renouvellent à 99,3% pour 60% de leur temps-TV passé devant TV5Monde. Au Brésil, 57% de notre audience ne parle pas français. Être accessible au plus grand monde est une stratégie globale de TV5Monde, une stratégie de fond, un des axes majeurs du développement du groupe depuis des années. Le Coréen devient notre onzième langue de sous-titrage et il concernera tout ce qu’on appelle les programmes patrimoniaux, à savoir le cinéma, les fictions, les documentaires, les magazines dont le bandeau quotidien « art de vivre » (cuisine, décoration, mode, jardinage, etc.) ou les grands magazines français, canadiens, belges ou suisse. Avec le sous-titrage coréen, nous ne devenons plus une chaîne ethnique mais une chaîne encrée dans le paysage coréen.

Est-ce également l’occasion de développer l’enseignement du français ?
Tout à fait. On essaie de rendre accessible à ceux qui en auraient envie l’apprentissage du français. Au-delà du sous-titrage en coréen, nous avons sur notre site Internet un dispositif « Apprendre et enseigner avec TV5Monde » entièrement gratuit qui permet aussi bien l’auto-apprentissage de la langue que l’apprentissage en classe avec des fiches pédagogiques pour les professeurs. Il est possible d’apprendre le français en musique, par le théâtre, le cinéma, les questions internationales… Nous avons par exemple sorti un web-documentaire sur un parcours dans Séoul qui est « pédagogisé », c’est-à-dire que les Coréens peuvent apprendre le français en redécouvrant leur ville à travers un regard venu d’ailleurs. Nous sortirons également d’ici peu, avec le concours du département français de l’université féminine d’Ehwa, une version coréenne de notre programme « Première Classe – Grand débutant », une méthode formidable d’apprentissage mise en place par de véritables pédagogues. Il faut décomplexer les gens face au français. Lorsqu’on voyage, tout le monde veut se lancer en anglais, mais aujourd’hui, lorsque vous demandez à du personnel d’hôtel s’il parle français, il n’est pas rare d’entendre une réponse positive. On essaie de casser les codes en rendant la langue française accessible et ludique, pour que les personnes qui
apprennent notre langue n’aient pas peur de faire des fautes.

Propos recueillis par Clément Charles
Rédacteur en Chef, Journaliste, Corée Affaires
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