Bilan de la croissance en Corée du Sud au premier trimestre

2011 July 29

La croissance coréenne a été soutenue au premier trimestre 2011, à 1,4% en glissement trimestriel, très supérieure au résultat du dernier trimestre 2010, au cours duquel elle avait été de 0,5%. La croissance du PIB a atteint 4,2% en glissement annuel, à un rythme inférieur au fort rebond du premier trimestre 2010 (8,5% en g.a.) dont une partie provenait de l’effet de base1. En annualisant le rythme de croissance du premier trimestre 2011, la croissance atteint 5,6%, soit un niveau supérieur aux prévisions de la banque centrale et du FMI, qui s’établit à 4,5% pour 2011. Le rythme de croissance devrait donc ralentir sur les prochains trimestres.

Principal moteur de la croissance, la forte demande extérieure adressée à la Corée a tiré ses exportations de biens manufacturiers. Les recettes d’exportation du seul mois de mars atteignent 48,6 milliards de dollars et sur les trois premiers mois de 2011, les exportations coréennes sont en hausse de 30% en glissement annuel. La demande extérieure, nette des importations, contribue aux deux tiers de la croissance économique du premier trimestre (1 point), malgré des importations également en hausse de 26% sur le trimestre et renchéries par la hausse des prix des matières premières et de l’énergie.

Second moteur de croissance, la reconstitution des stocks industriels a participé pour 0,9 point à la croissance trimestrielle. Aux troisième et quatrième trimestres 2010, la contribution de la variation des stocks industriels à la croissance était nulle. Les industriels coréens ont en effet anticipé une baisse de la demande mondiale à partir de la fin du 3e trimestre 2010. La production manufacturière n’a pas augmenté entre le troisième et le quatrième trimestre 20102, alors qu’elle est repartie sur un rythme de 3,2% de croissance au premier, entraînant la reprise de la dynamique de reconstitution des stocks industriels.

La consommation des ménages reste atone, enregistrant 0,5% de croissance en glissement trimestriel, mais légèrement supérieure au 0,3% enregistré au quatrième trimestre 2010. Elle ne contribue qu’à hauteur de 0,3 point à la croissance économique, à l’instar de l’investissement public, en perte de vitesse après deux années de fort soutien public à l’activité. La remontée des taux directeurs de la banque centrale, couplée à la poussée inflationniste du premier trimestre, ont pesé sur le pouvoir d’achat des ménages coréens, très endettés. L’impact sera certainement supérieur au deuxième trimestre, l’indice de confiance des ménages ayant perdu 12 points de base en 4 mois.

Deux facteurs contribuent négativement à la croissance au premier trimestre 2011. La construction à hauteur de 1,1 point et l’investissement privé à hauteur de 0,3 point. Cette contreperformance s’explique dans le premier cas, par les difficultés du secteur, confronté au ralentissement marqué du marché immobilier et à la raréfaction de la commande publique. Dans le second, l’effet de cycle joue au détriment de l’investissement, symétriquement à la reconstitution des stocks.

L’indice des prix à la consommation a atteint son point haut au mois de mars, à 4,9% en glissement annuel après 5 mois de hausse. Les pressions inflationnistes sont légèrement retombées au mois d’avril, au cours duquel l’indice des prix à la consommation a enregistré 4,2% de croissance en glissement annuel ; toutefois les dernières prévisions d’inflation de la banque centrale pour 2011 la situent au niveau de la borne haute de la cible (3,9%). La politique monétaire demeure accommodante encore, avec un taux directeur remonté de 2 à 3% en 8 mois. La normalisation devrait se poursuivre graduellement.

Les conséquences de la catastrophe japonaise de mars ne se font pas encore réellement sentir sur l’économie coréenne. Il se pourrait cependant que l’appareil industriel coréen souffre de difficultés d’approvisionnement dans les prochains mois, tant sa dépendance à l’industrie japonaise est forte. Les mesures de lutte contre l’inflation prises par les autorités chinoises, et le risque de surchauffe économique chez le premier partenaire commercial de la Corée, n’ont pas eu d’effet marquant sur les exportations coréennes vers la Chine, en hausse de 18% au cours du trimestre (en g.a.). Alors que la Chine représente 25% des exportations totales coréennes, le marché chinois ne constitue pas la destination finale de ces exportations, pour les deux tiers d’entre elles. L’offre coréenne apparait suffisamment diversifiée pour continuer à profiter de la demande externe comme principal moteur de la croissance économique du pays.

Par Antoine Boulé
Assistant d’études, Service économique de Séoul

Images : Prévisions de la Commission européenne (France, Allemagne, Japon, Chine, USA) au printemps et du Samsung Economic Research Institute (Corée) en mai.

1 Le niveau du PIB au premier trimestre 2009 était inhabituellement bas suite à la contraction de la demande mondiale.
2 Seulement 0,1% d’augmentation de la production manufacturière au T4 2010 (g.t), contre 2,3% au T3 et 4% au T2 2010.

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