David-Pierre Jalicon, Président de la Chambre de Commerce et d’Industrie franco-coréenne

2011 August 4

Membre du Conseil d’administration de la Chambre de commerce et d’industrie franco-coréenne depuis 2002, l’architecte D.P.L.G. David-Pierre Jalicon en est élu Président le 8 mars dernier. Pour La Grande Interview, il revient sur son parcours, sa vision pour la Chambre et les enjeux à venir.

Pouvez-vous revenir sur votre carrière en Corée du Sud et les raisons qui vous y ont conduit ?
Lauréat de la Villa Médicis, je prends part en 1996 au programme « Villa Médicis Hors les Murs ». Je choisis la Corée du Sud afin de pousser mes recherches sur le concept Rail-Art et plus précisément sur l’insertion des lignes à grande vitesse dans le paysage et la culture traditionnelle. Parrainé par l’association française artistique puis Alstom, la Corée, seul pays à avoir importé le TVG français, était fondamentalement le pays où je devais orienter mes recherches, qui plus est avec en poche mon D.E.A. en théorie sur la philosophie asiatique. Ces six mois dans la péninsule me permettent de découvrir, d’aimer la Corée, parcourant les 400km de lignes reliant Séoul à Busan. Ce voyage restera mon fond d’inspiration et d’une certaine manière la légitimité de ma présence en Corée. C’est à cette époque qu’un premier client coréen fait appel à mes services et mon profil unique d’architecte ouvert sur l’occident et l’orient.
Cette mission devient une référence et favorise ma sélection pour la conception du Lycée Français de Séoul compte tenu également de mes réalisations dans ce domaine en France. Ce projet de coeur restera le point de départ de mon aventure professionnelle en Corée. Il m’a permis de me faire connaître de la communauté d’affaires étrangères et également la mairie de Séoul et la mairie de Seocho. La reconnaissance prend alors une toute autre envergure et les grands groupes coréens font appels à mes équipes. Je travaille par exemple aujourd’hui pour le premier groupe coréen de resorts et de condominium Daemyung pour qui j’ai réalisé et réalise encore des resorts à grande échelle. Je conserve par ailleurs une spécificité française avec l’aménagement des boutiques de luxe par exemple.

Pour vous, que représente la Chambre ?
J’ai établi ma société DPJ & Partners en 1998, année de la crise financière asiatique qui correspond à la libéralisation de la Corée du Sud qui ouvre ses portes aux entreprises étrangères dans de nombreux secteurs dont les services. Je me suis inscrit à la Chambre de commerce franco-coréenne dès mon implantation, puis suis devenu quelques années plus tard membre actif de son Conseil d’administration. J’ai eu la chance d’être très bien accueilli en Corée, aussi bien par la Chambre que par l’Ambassade, les Conseillers du commerce extérieur et la Mission économique. J’ai acquis auprès de toutes ces personnes une grande expérience et ce fut essentiel pour moi qui suis issu d’un domaine plutôt solitaire car créatif. Aujourd’hui, c’est avec une grande fierté que je prends le poste de Président de la FKCCI et je compte bien sûr retransmettre aux Membres tout ce que la Chambre m’a apporté.

Quelle est votre vision à court-moyen terme ?
Essentiellement de tirer parti de tous les changements qui sont en train de se produire à l’image de la Corée dans le monde. Les consommateurs se rendent compte que derrière les marques coréennes, il y a un pays, un peuple, une société et un système qui fonctionne très bien. Une curiosité se développe qui plus est avec des événements internationaux comme le sommet du G20. Le moment est donc venu d’agir et de créer des échanges. Ma vision se découpe en quatre grands objectifs : [1] Nous devons être très réactifs. La Corée bouge beaucoup et souvent. Elle recherche en permanence de nouveaux moteurs de croissance. Nous nous devons de réagir par rapport à cela en transmettant, partageant et échangeant de l’information. C’est dans ce cadre que des tables rondes thématiques annuelles et biannuelles vont prendre forme afin de donner une photo instantanée de la Corée. Elles porteront sur l’économie, les tendances marketing, les ressources humaines, les moteurs de croissance, les nouveaux médias et réseaux sociaux, ainsi que la distribution, un sujet cher à la France et extrêmement important en Corée. Nous couvrirons également les sujets d’actualité comme dans les prochains mois la crise japonaise et l’accord de libre échange. [2] Le deuxième sujet porte sur la visibilité que nous apportons aux entreprises. En créant des liens avec les institutions coréennes et françaises, nous serons à même d’être opérationnel dès que nous aurons des demandes et ainsi de répondre efficacement aux entreprises. En établissant des accords de coopération stratégiques, nous avons comme souhait de devenir un portail non pas virtuel mais physique des relations entre la France et la Corée. [3] Cet appui aux entreprises passe également par notre plateforme digitale de communication. Nous ne pouvons pas ne pas être à niveau dans le pays le plus connecté au monde. Nous avons mis en place des outils digitaux adaptés qui permettent à la Chambre d’être réactive et de diffuser toute l’information sur les relations commerciales entre la France et la Corée. [4] Enfin, nous comptons porter un regard particulier sur les entrepreneurs et les petites sociétés. La Corée est un marché difficile. Les PME françaises que nous savons très performantes n’ont pas forcément les mêmes ressources en Corée. La FKCCI doit devenir leur support avec les chefs de projet à temps partagé, l’hébergement et les missions personnalisées que notre service commercial propose.

Le G20 en France et l’accord de libre échange qui entre en vigueur le 1er juillet seront les deux échéances majeures du second semestre concernant les relations franco-coréennes.Que prévoit de faire la Chambre ?
Les Coréens sont en effet très sensibles au fait que l’administration française leur ait demandé des conseils sur l’organisation du sommet du G20. J’ai constaté lors d’une réunion à ce sujet que la réciprocité France-Corée était souvent mise en avant. Cela promet à n’en pas douter une participation massive de la Corée au G20 comme au B20. Nous serons à ce sujet très actifs sur le B20 en y associant les entreprises coréennes et françaises avec le support de la fédération des industries coréennes. Concernant l’accord de libre échange, le commercebilatéral entre nos deux pays représente 6 milliards d’euros et devrait doubler d’ici à 2020, voire tripler si l’on en croit le Président Lee Myung-Bak. La Chambre doit se préparer à accueillir les entreprises françaises et développer les missions entre la France et la Corée afin de faire valoir l’attractivité mutuelle de nos deux pays. Nous allons assister à une certaine émulation dans un sens comme dans un autre et devrons nous appuyer sur nos 4 objectifs pour une réactivité garantie. Par ailleurs, les entreprises membres de la Chambre et déjà implantées en Corée n’auront pas forcément besoin d’une aide théorique à propos de l’ALE. Il faudra prendre le côté plus pratique de l’accord. Un exemple parmi tant d’autres : les traductions. Les entreprises coréennes devront procéder à des traductions de leur notice de produits dans une multitude de langues. La FKCCI doit être capable de répondre à de telles demandes.

L’agence Invest in France déclarait récemment que le déséquilibre entre les investissements français en Corée (200) et coréens en France (30) avait atteint un « niveau inacceptable ». La Chambre a-t-elle les moyens de dynamiser les investissements sud-coréens dans l’hexagone ?
Tout est question de cible et d’approche. Les Coréens sont intéressés par les pôles de compétitivité français qu’ils commencent à découvrir ; ils établissent des partenariats sur la recherche et montrent un intérêt pour implanter certaines de leurs organisations dans l’hexagone. Il faut savoir faire le lien dans ces domaines. Par ailleurs, je pense que la France doit s’adapter à la culture et au langage coréen : avoir une communication simple sur des sujets auxquels les Coréens sont attachés (clusters, zone d’investissements, etc.), adopter la technique du guichet unique (un interlocuteur qui gère les relations de A à Z), ou encore mettre en avant des atouts considérés comme tels en Corée. La France doit savoir adapter son discours. Elle ne devra par exemple pas trop mettre l’accent sur les loisirs face à des Coréens qui pourraient prendre cela négativement. Il vaudra mieux intégrer dans son discours des informations liées à la productivité, aux coopérations universitaires ou aux réseaux des clusters français, des sujets auxquels les entreprises coréennes seront sensibles.

Propos recueillis par Clément Charles
Rédacteur en Chef, Corée Affaires

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