Tokyo, Séoul, Paris : des réactions très diverses

2011 August 8

Par Eva John, Journaliste

Du calme à la psychose, tour d’horizon des différentes perceptions de la crise à travers les témoignages de plusieurs membres de la FKCCI.

Fallait-il partir ? Le départ de nombreux expatriés français du Japon quelques jours après le séisme du 11 mars est aujourd’hui remis en question. La décision était-elle précipitée et irraisonnée ou bien répondait-elle simplement au principe de précaution ? « Certains responsables de sociétés vont avoir du mal à regagner la confiance des Japonais », commente le journaliste Anthony Dufour (ci-contre à droite), fondateur de la société Hikari Production. Avant d’ajouter : « En même temps, entre les répliques quotidiennes de niveau 6 et les appels répétés des familles affolées en France, il est vrai que la pression était forte ».

Le départ de nombreux expatriés français
du Japon quelques jours après le séisme
du 11 mars est aujourd’hui remis en question.

Quelques heures après avoir appris la nouvelle du tremblement de terre, Anthony Dufour sautait dans un avion à Shanghai pour rejoindre le Japon, caméra au bras. Très vite, quand les regards se sont tournés vers la centrale de Fukushima, il a noté le décalage entre le discours alarmiste des médias français et la réaction des Japonais sur place. A Tokyo, les habitants semblaient sereins. « A Paris, les rédactions ont voulu nous envoyer des combinaisons de protection ». On a assisté à une véritable « psychose », confirme Serge Villatte (ci-contre à gauche), président de Rhodia pour le Japon et la Corée du Sud, qui regrette des « réactions disproportionnées » côté français.

Dans une crise nucléaire, l’accès à l’information est plus que jamais crucial. « Le gouvernement japonais a très bien informé la population, à l’aide de cartes montrant en direct l’évolution de la radioactivité », constate Anthony Dufour. Pour sa part, Hervé Moulin (ci-dessous à droite), directeur général d’Air France Corée, estime que son entreprise a été « un témoin privilégié en terme d’informations », organisant deux conférences téléphoniques par jour avec Tokyo. A l’inverse, avec la distance, les inquiétudes se sont vite multipliées et amplifiées en France. Quant aux quelques Japonais qui ont refusé d’appliquer les mesures de précaution, leur calme s’est parfois transformé en « déni », estime Moulin.

Mesures de crise à Séoul
A Séoul aussi, il a fallu réagir rapidement. « Nous avons essayé d’aider comme on pouvait », raconte Christophe Birades (ci-dessous à gauche), président et CEO chez Essilor Korea. C’est passé par des gestes aussi simples que l’envoi de piles électriques aux proches et aux collègues. Chez Air France / KLM, des dispositifs de crise ont été ouverts à Paris et Amsterdam. Les vols vers Tokyo ont été déviés via Séoul, pour y héberger les équipages. Des portiques de détection de radioactivité ont été mis en place. Chaque jour, entre 700 et 800 personnes y sont passées. « En un mois, seulement deux cas de radioactivité ont été détectés, et à des doses très faible », explique Hervé Moulin. « C’était une logistique importante. Notre fierté, c’est qu’aucun vol n’ait été annulé ».

Ralentissements et retards de la production
En avril, les coupures d’électricité étaient encore régulières sur l’archipel. Dans un système globalisé où toutes les étapes de production sont interdépendantes, l’impact se fait forcément sentir au bout de la chaîne. Christophe Birades, président et CEO d’Essilor Korea, se rappelle d’un enchaînement similaire lors du « bug de l’an 2000 ». Beaucoup des équipements de base de son entreprise de verres optiques proviennent du Japon. Nikon, notamment, fournit des produits chimiques. Birades évoque une situation un peu tendue sur les approvisionnements en provenance du Japon, en quantités qui restent cependant faibles, très haute gamme oblige.

Quelles perspectives, quelles priorités pour les mois à venir ? Difficile d’anticiper, à ce jour, quelles seront les conséquences économiques, à la fois pour le Japon et pour ses partenaires commerciaux. Certaines entreprises occidentales pourraient choisir, à l’avenir, de relocaliser le siège de leur département Asie-Nord de Tokyo vers Séoul. Pour Serge Villatte, il sera primordial d’instaurer un système de certification sanitaire des produits en provenance du Japon par le biais d’agences indépendantes, seul moyen de regagner la confiance des consommateurs.

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