La Corée du Sud encaisse bien le choc

2011 August 9

Par Sébastien Falletti, Journaliste

L’économie sud-coréenne a mieux résisté que prévu au tsunami.
Mais attention aux effets différés.

Vendredi 11 Mars, 14h46, dans les profondeurs du Pacifique, un séisme sous-marin géant ébranle Honshu et déclenche une vague mortelle qui va faucher plus de 20 000 vies. À 14h54, à 1 200 km de là, en Corée du sud, Samsung Electronics interrompt sa chaîne de montage de semi-conducteurs et d’écran LCD, après la détection de secousses anormales. Mais déjà à 16h30, tout est rentré dans l’ordre : « le tremblement de terre n’aura qu’un impact minime ou nul sur notre production » affirme un communiqué lapidaire de Samsung, à l’heure où la planète horrifiée découvre des images de fin du monde.

Objectif, rassurer immédiatement les investisseurs, clients et fournisseurs. Car, dans les heures qui suivent la catastrophe, l’économie sud-coréenne craint le pire et se prépare à essuyer de plein fouet l’onde de choc du tsunami. Le gouvernement multiplie les déclarations rassurantes pour mieux cacher son inquiétude : la catastrophe, amplifiée par la tragédie nucléaire de Fukushima, risque d’être fatale à la fragile reprise mondiale et de faire piquer du nez l’économie sud-coréenne à la recherche d’un second souffle en 2011, après la spectaculaire performance de l’an passé (6,1% de croissance).

Presque trois mois plus tard,
le pays du matin frais respire.
Le tsunami n’a pas ébranlé
la robuste croissance sud-coréenne

Immédiatement, les chaebols se préparent à la tempête et réduisent la voilure. Renault Samsung prévoit une réduction de 20% de sa production du fait de la pénurie de pièces détachées en provenance de ses sous-traitants Nippons. L’Archipel a fourni à lui seul 25% des importations des composants industriels de Corée du sud en 2010, soit 38 milliards de dollars. Plusieurs secteurs stratégiques comme l’automobile ou la construction navale dépendent fortement des pièces de haute précision Japonaise. Et « il y a eu une grande crainte dans les sièges étrangers. Mais les Coréens étaient moins inquiets et ont gardé confiance dans la capacité des Japonais » nuance Jean-Marie Hurtiger, le président de Renault Samsung.

Presque trois mois plus tard, le pays du matin frais respire. Le tsunami n’a pas ébranlé la robuste croissance sud-coréenne, qui devrait progresser à au moins 4,5% cette année, selon le gouvernement. Et aucune filière n’a connu une rupture de production. « L’économie a même profité du séisme sur le marché des produits finis. La croissance des exportations s’est accélérée » affirme Hosung Jung, expert au Samsung Economic Research Institute (SERI). Une offensive particulièrement marquée en direction de l’Archipel, dont les circuits d’approvisionnement habituels ont été bouleversés. Les exportations sud-coréennes vers le Japon ont augmenté de plus de 50%, réduisant le déficit commercial de Séoul. Une aubaine, en particulier dans le domaine de l’agro-alimentaire, comme l’eau minérale ou les soupes industrielles.

Sur le front des consommateurs sud-coréens, les perturbations sont minimes car les importations alimentaires en provenance du Japon sont limitées. Seuls les prix du sel et de certains produits de la mer comme le maquereau sont montés en flèche. Séoul a imposé des contrôles accrus sur l’importation de ces produits, par crainte des radiations.

Chez les industriels, le principal soulagement provient du rétablissement plus rapide que prévu des circuits de sous-traitance. Les usines frappées par le tsunami ont mis les bouchés doubles pour rétablir leur production, et une majorité d’entre elles seront opérationnelles d’ici l’été. Exemple, Renesas, qui fabriquait 36% de la production mondiale de Silicon wafers, une pièce indispensable aux airbags et calculateurs moteurs. La production du constructeur qui avait chuté de 20 à 30% en mars-avril et de 10% en mai sera pleinement rétablie en juin. « Nos ventes ont souffert du manque de voiture, mais aussi de l’inquiétude des clients, mais nous devrions retrouver une situation complètement normale en juillet » prédit Hurtiger.

Un optimisme, qui n’empêche pas certaines filières de rester prudentes pour les prochains mois. « On arrive au bout des stocks. Pour certains dont les fournisseurs ne se sont pas relevés, la crise va se faire sentir cet été » prévient un sous-traitant automobile.

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