Tourisme au pays du matin calme : une courbe ralentie, mais toujours croissante

2011 August 10

Par Eva John, Journaliste

Le nombre de touristes japonais, premiers visiteurs en Corée du Sud,
devrait chuter de 15% cette année.
Malgré tout, le secteur touristique semble confiant. La tendance reste à la hausse.

A la fin du mois de mai, les ministères du tourisme de Chine, de Corée du Sud et du Japon se sont réunis à Pyeongchang pour discuter de stratégies communes contre les effets de la catastrophe du mois de mars au Japon. Depuis des décennies, le Japon est le premier marché émetteur de touristes en Corée du Sud. Entre le 11 mars et le 1er mai 2011, ils ont été 402 000 à se rendre sur la péninsule. C’est 11% de moins que l’an dernier à la même période. Pour l’année entière, le ministère du tourisme anticipe une baisse de 15% du nombre des visiteurs venus de l’archipel nippon.

Compagnies aériennes et chaînes d’hôtels le concèdent volontiers :
l’impact s’est fait sentir.


Compagnies aériennes et chaînes d’hôtels le concèdent volontiers : l’impact s’est fait sentir. En témoigne la fréquentation pendant la « Golden Week », série de quatre jours fériés concentrés sur la même semaine de mai au Japon. « Le nombre de nos clients japonais sur cette semaine était en baisse de 30 à 40 % par rapport à l’an dernier », estime Jérôme Stubert, directeur général du Novotel Gangnam. Stubert assure cependant que même au Japon, l’activité hôtelière commence à se rétablir. Selon lui, il faudra entre six mois et un an pour un retour à la normale.

On ne peut toutefois tracer de lien de causalité direct entre l’accident de Fukushima et la baisse du nombre des touristes au pays du matin calme. L’inflation rampante au sein de l’économie sud-coréenne est, par exemple, un facteur à prendre en compte. Mais le trafic des clients japonais évolue aussi au gré des variations de change du yen par rapport au dollar et au won. Or, en un an, le yen s’est apprécié, et même rapidement ces dernières semaines. Un contexte qui a finalement favorisé un afflux massif de clients japonais en Corée souligne Daniel Mayran, président de Bluebell Korea, qui gère le réseau duty-free de grandes marques de luxe. En outre, si les touristes japonais constituent une part importante de la clientèle duty-free ici, la tendance est en train de changer. « Les Sud-Coréens, consommateurs de produits de luxe, voyagent de plus en plus. Et les touristes chinois pourraient bien dépasser d’ici peu le nombre de nos clients japonais à Séoul », annonce Mayran.

L’Europe, un tourisme encore marginal
Japon et Corée du Sud étant souvent couplés pour un même voyage, les annulations et non-réservations vers Tokyo se sont répercutées sur Séoul. Et malgré les rapports rassurants publiés par le gouvernement Lee Myung-bak, le pays a vite été considéré comme risqué par les voyageurs du monde entier.

Les Chinois, deuxièmes visiteurs les plus nombreux derrière les Japonais, ont été 155 000 à faire le déplacement en avril. Un chiffre en hausse de 5% par rapport à l’an dernier, mais qui équivaut tout de même à un ralentissement considérable de la courbe de croissance, forte de 24% en janvier. Viennent ensuite les Américains et les Taïwanais, dont les visites ont respectivement baissé de 3,5 et 3% au mois d’avril.

Quant au tourisme en provenance d’Europe, il reste encore largement marginal et cantonné aux affaires. Si l’on en croit Hervé Moulin, PDG d’Air France Corée, le trafic en direction d’Incheon est revenu à la normale depuis une ou deux semaines. Et si, finalement, la Corée en venait à bénéficier de nouveaux visiteurs ? « Au départ, nous y avons cru », concède Han Hyeri, directrice adjointe au ministère sud-coréen du tourisme. « Mais nous nous sommes vite rendus compte que ce n’était pas le cas. » Après le 11 mars, le ministère a revu ses prévisions 2011 à la baisse, de 9,6 à 8,8 millions de touristes. Un chiffre qui reste malgré tout supérieur aux 8,7 millions de visites enregistrées en 2010. Toutes nationalités confondues, le pays a accueilli près de 748 000 visiteurs au mois d’avril, soit 2,3% de plus qu’au même mois l’an dernier. Malgré des flux momentanément ralentis, le trafic augmente donc globalement. Pour les mois à venir, les acteurs du secteur se disent sereins.

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