Malgré Fukushima, la Corée du Sud maintient le cap nucléaire

2011 August 11
by Corée Affaires

Par Frédéric Ojardias, Journaliste

Séoul ne modifie pas ses plans en matière de nucléaire civil, tant pour sa
politique énergétique intérieure que pour ses ambitions à l’exportation.

Alors que les retombées de Fukushima se font encore sentir et que le nucléaire civil voit son attrait pâlir, la Corée du Sud affiche sa détermination : elle ne renoncera pas à ses ambitions nucléaires. Pour sa production locale d’électricité tout d’abord : privé de ressources naturelles, le Pays du Matin clair doit importer 97% de ses besoins énergétiques. « Nous ne pouvons pas abandonner notre politique nucléaire : nous devons poursuivre notre croissance et nous n’avons pas d’autre source d’énergie à notre disposition », reconnaissait ainsi le premier ministre Kim Hwang-sik, dès les premiers jours qui ont suivi la catastrophe japonaise.

Dans les années 70, Séoul a fait le choix du nucléaire, construisant au fil des ans un total de 21 réacteurs. En 1990, l’atome représentait 49,1% de sa production d’électricité. En raison d’une consommation en hausse continue, ce chiffre est passé à 31% en 2010. Le gouvernement a donc prévu de construire 12 nouveaux réacteurs d’ici 2022, et le désastre de Fukushima n’a pas contrarié ces plans.

Certes, de nombreuses voix s’élèvent désormais pour que la Corée se dote d’une autorité de sûreté véritablement indépendante, libre de toute influence du gouvernement et des lobbys industriels. Mais les appels au changement de cap nucléaire ne vont guère plus loin : les associations anti-nucléaires disposent d’une influence très faible. L’opinion publique se préoccupe surtout de voir le pays maintenir sa croissance et s’assurer de nouveaux secteurs d’exportation. « A court terme, la Corée du Sud ne va pas changer sa politique nucléaire », confirme Yoon Ki-don, le président de l’ONG environnementale Green Korea. Celui-ci tempère cependant : « à long terme, l’opinion publique pourrait se faire plus critique, en particulier quand il faudra désigner de nouveaux sites de centrales. »

Fukushima devrait refroidir
les ardeurs de nombreux pays
qui envisageaient d’investir dans l’atome.

La construction d’un centre de stockage de combustible usagé, à Gyeongju, doit déjà faire face à une forte opposition locale. Dans un effort pour dissiper toute inquiétude post-Fukushima, le ministre des Sciences et de la Technologie a annoncé la dotation d’un budget de 645 millions d’euros d’ici cinq ans afin de « moderniser de façon significative » les dispositifs de sécurité de ses réacteurs. La centrale de Gori (donc le premier réacteur, mis en service en 1978, a vu sa durée de vie prolongée de 10 ans) verra ainsi sa digue de protection passer de 1,7 mètre à 4,2 mètres.

En ce qui concerne les exportations, l’avenir est plus incertain. Depuis qu’elle a remporté par surprise un contrat de 20 milliards de dollars aux Emirats arabes unis fin 2009, la Corée du Sud s’est fixée un objectif d’exportations de nucléaire civil de 400 milliards de dollars d’ici 2030. Cela ferait du nucléaire sa quatrième industrie exportatrice après l’automobile, les semi-conducteurs et les bateaux. Or, Fukushima devrait refroidir les ardeurs de nombreux pays qui envisageaient d’investir dans l’atome.

Les industriels coréens se montrent pourtant rassurants : « nous confirmons que notre objectif d’exporter 10 réacteurs d’ici 2020 restait inchangé », indique ainsi Kim Hye-lim, représentante de l’électricien KEPCO, citée par le quotidien Joongang Ilbo.

Certains experts estiment que la Corée du Sud pourrait perdre son avantage comparatif : sa stratégie low cost (à Abu Dabi, Kepco a fait une offre 20% moins chère que la moyenne de ses concurrents) pourrait se révéler moins attrayante auprès de clients dont la sécurité revient au centre des préoccupations. Ce dont bénéficierait le Français Areva, dont le nouveau EPR dispose d’un « récupérateur de corium » en cas de fusion du coeur.

Cependant, les pays « entrants » et ceux à fort risques sismiques pourraient se tourner vers des réacteurs de petite ou faible capacité (inférieure à 300 MW) : en cas d’accident grave, ceux-ci sont en effet plus faciles à arrêter qu’un réacteur de grande taille. Or, la Corée du Sud vient justement d’achever le design d’un petit réacteur à eau pressurisé de ce type. Baptisé SMART (System-integrated Modular Advanced Reactor), il s’agit d’un réacteur à eau pressurisée d’une capacité de 100 MW, capable en outre de dessaler de l’eau de mer. Le projet pourrait trouver un regain d’intérêt auprès des pays émergents.

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