Match Corée / Japon : un coup de pouce pour Séoul

2011 August 12

Par Sébastien Falletti, Journaliste

La bataille fait rage alors que Samsung ou Hyundai ont remis en cause
la domination de Sony et Toyota.

Quand le Japon met un genou à terre, la Corée accélère. Au lendemain de la catastrophe du tsunami, un élan de charité sans précédent en Corée du sud a semblé balayer des siècles de rivalités historiques. Mais derrière les gestes de compassion, les décideurs économiques à Séoul ont rapidement compris que le désastre leur offrait une chance d’accélérer encore le rattrapage de la péninsule face à l’Archipel. Et ils comptent bien surfer sur la vague du tsunami, sans le dire. Décence oblige. « Jamais nous n’utiliserons cet argument pour attirer des investisseurs. Nous avons d’autres atouts » jure Ji-Won Oh, porte-parole au Ministère de l’Economie.

Mais, en privé, les entreprises sont déjà passées à l’abordage. « Cette catastrophe offre une opportunité aux entreprises coréennes d’accroître leurs positions dans les chaînes de production asiatique » confirme Ho-Sung Jung, du Samsung Economic Research Institute (SERI).

Désormais, beaucoup d’entreprises étrangères
vont accroître leur présence en Corée,
notamment dans le secteur financier

Depuis plusieurs décennies, la Corée du Sud gagne du terrain dans sa course-poursuite industrielle avec le maître nippon. La bataille fait rage alors que Samsung ou Hyundai ont remis en cause la domination de Sony et Toyota. Depuis 2005, l’indice de production industrielle a augmenté de 40% en Corée alors qu’il a chuté de 20% au Japon dans le même temps. Un rattrapage historique qui devrait encore s’accélérer à la faveur du tsunami, puisque les experts prédisent une quasi-stagnation de l’économie nipponne en 2011, contre une progression de 4,5% pour la Corée. Symbole de ce retournement, la progression spectaculaire des exportations vers le marché Japonais depuis la tragédie qui a réduit de moitié le déficit commercial de Séoul en mars.

Désormais, l’élève coréen veut défier le maître japonais sur le terrain des investissements étrangers en convainquant les groupes internationaux d’installer leur bureau régional pour l’Asie du Nord-Est dans la péninsule. C’est le message envoyé par le président Lee Myung-Bak lors de sa tournée Européenne en mai, qui l’a conduit en France, en Allemagne et au Danemark. Profitant de l’entrée en vigueur de l’accore de libre-échange UE-Corée en juillet, Lee est rentré au pays avec plus de 500 millions de dollars d’investissements en poche dont 353 en provenance de Saint-Gobain. Le groupe français construira avec Hyundai Heavy Industry une usine de matériaux dans le domaine solaire.

L’accident nucléaire de Fukushima offre un coup de pouce inattendu aux efforts de Séoul pour devenir un « hub » régional pour les entreprises internationales. « Déjà, avant le séisme, les investisseurs avaient tendance à se détourner du Japon. Désormais, beaucoup d’entreprises étrangères vont accroître leur présence en Corée, notamment dans le secteur financier » prédit Ho-Sung Jung.

L’incertitude concernant l’impact des radiations pousse également certaines entreprises françaises à s’intéresser plus sérieusement au marché coréen, jusqu’ici resté dans l’ombre de l’Archipel constate Edouard Champrenault, directeur de la FKCCI : « Elles envisagent désormais des voyages de prospection consacrés 100% à la Corée alors que par le passé Séoul n’était qu’une étape au retour de Tokyo ».

Reste à savoir si des groupes déjà implantés au Japon iront jusqu’à redéployer une partie de leur personnel expatrié vers la péninsule, jugée plus sûre pour les familles. Pour l’heure, aucun n’a franchi le pas et chacun réaffirme son engagement sur le sol Japonais. Dans les écoles françaises au Japon, plus de 60% des enfants ont repris les cours. L’ampleur du marché Japonais ainsi que l’excellence de ses fabricants justifie une présence forte sur l’Archipel, malgré des perspectives économiques en demi-teinte.

Aussi, il faudra attendre le second semestre 2011 pour savoir si la catastrophe nipponne a donné un coup de fouet à l’économie sud-coréenne. Sans écarter le risque de mauvaises surprises. « Les visites annulées au printemps par peur des radiations, sont autant d’opportunités de business perdues qui n’apparaîtront dans les comptes qu’à l’automne » prévient un chef d’entreprise à Séoul.

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