Évaluation de l’impact de la crise japonaise pour l’économie

2011 August 16

Par Benoit Gauthier, Conseiller économique, Ambassade de France en Corée

S’il n’est que le 4e client de la Corée avec 6% des exportations coréennes,
le Japon est le deuxième fournisseur de la Corée.

Il est encore difficile d’évaluer l’impact macroéconomique de la crise pour la Corée tant les deux économies sont imbriquées et leurs relations porteuses à la fois d’effets ambivalents pour l’une comme pour l’autre. On a vu apparaître des goulets d’étranglement dans des secteurs de pointe (électronique, automobile, chantiers navals, équipements industriels) au lendemain de la crise, en raison de la forte dépendance de l’industrie coréen de ses approvisionnements en provenance du Japon. Cependant, alors que le Japon a renoué avec la récession au premier trimestre (-0,9%), en raison des conséquences de la catastrophe naturelle, la Corée enregistrait une croissance de 1,4%, témoignant d’une connexion avec la conjoncture japonaise moins directe qu’attendue.

Au même titre que le Kospi,
la devise coréenne n’a pas réellement
été impactée par la catastrophe japonaise.

A moyen terme, la Corée paraît objectivement bien armée pour profiter de l’affaiblissement possible de la présence japonaise dans les pays émergents notamment, dans les domaines de spécialité de ses entreprises à l’export.

S’il n’est que le 4e client de la Corée avec 6% des exportations coréennes, le Japon est le deuxième fournisseur de la Corée, derrière la Chine, avec 15% des importations coréennes en 2010. Les livraisons japonaises à la Corée se concentrent essentiellement sur les biens intermédiaires industriels, les biens d’équipement industriels et les biens de consommation durable et courante. Au total, en 2010, les industries coréennes ont importé du Japon plus de 38 milliards de dollars de composants soit 25% du total des équipements industriels importés par le pays. Le Japon est un fournisseur industriel stratégique de la Corée dans un certain nombre de ses spécialités industrielles : électronique, chantiers navals et énergie nucléaire et conventionnelle (acier, équipements et outillage), et automobile (25% des équipements automobiles utilisés en Corée proviennent du Japon).

Bien que sur les quatre premiers mois de 2011, les échanges bilatéraux entre les deux pays ne paraissent pas vraiment affectés par la crise japonaise, certains secteurs sont impactés. C’est par exemple le cas des importations de composants automobiles par la Corée depuis le Japon, qui ont baissé respectivement de 8% et 30% en mars et avril en glissement annuel, et des biens d’équipements industriels (6 et 9% de baisse aux mois de mars et avril 2011 en glissement annuel).

Après un bref recul lié aux incertitudes croissantes sur l’impact du séisme, du tsunami et de la crise nucléaire, les marchés coréens ont rapidement retrouvé des niveaux plus conformes à leur valeur de moyen terme. Le Kospi avait reculé de 2,4% le 14 mars, atteignant son niveau le plus bas depuis fin 2010, à cause de l’inflexion temporaire des valeurs des entreprises du secteur de l’électronique et de la sidérurgie, suite aux inquiétudes sur les approvisionnements en provenance du Japon. Il est reparti à la hausse le 15 mars, et oscille à présent, autour de son point haut à 2 200 points. Au même titre que le Kospi, la devise coréenne n’a pas réellement été impactée par la catastrophe japonaise.Après s’être affaiblie de 6 wons face au dollar, à 1 130 wons, le 14 mars, la monnaie coréenne a récupéré le terrain perdu le 16 mars dans un marché des changes toujours volatile, mais qui ne parait plus corrélé à la catastrophe japonaise.

S’agissant de la reconstruction des infrastructures japonaises détruites par le séisme et le tsunami, au-delà de l’indication de principe de la disponibilité des entreprises coréennes pour y contribuer, les opportunités de marchés pour les ingénieries et les entreprises du secteur de la construction coréennes semblent limitées. Tout au plus une association de certaines d’entre elles aux consortiums japonais est-elle envisageable en raison des liens étroits de partenariat qui les unissent aux entreprises et aux maisons de commerce japonaises. En revanche, des opportunités réelles semblent exister pour les entreprises coréennes dans les pays émergents et en développement (Asie du sud-est et du sud, Afrique et Moyen-Orient, Amérique latine) dans les domaines des infrastructures civiles et industrielles, pour lesquels les entreprises coréennes disposent d’une réelle expertise et d’une implantation désormais forte. Sur ces marchés, l’affaiblissement temporaire de la présence japonaise pourrait profiter directement aux entreprises coréennes.

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