ALE UE-Corée : Perspective franco-allemande

2011 October 17

Par Eva John, Journaliste

Comment la France et l’Allemagne abordent-elles l’accord de libre-échange ?
David-Pierre Jalicon, président de la FKCCI et Jürgen Wöhler, secrétaire général de KGCCI
donnent leur point de vue.

Quel impact l’ALE aura-t-il sur l’activité des entreprises françaises et allemandes ?
D-P J : L’ALE devrait tripler les volumes d’affaires des entreprises françaises d’ici 2020. Dans les secteurs de l’automobile et de l’électronique, la Corée du Sud aura clairement l’avantage. L’Europe en profitera quant à elle pour s’implanter sur le marché coréen pharmaceutique, aujourd’hui très protectionniste, et pour confirmer sa position dans les secteurs du luxe et du vin. Globalement, tout le monde a donc à y gagner, même si, en terme de volume, les exportations européennes vers la Corée du Sud restent limitées.
JW : Cette année, les échanges entre l’Allemagne et la Corée devraient augmenter de 15%. Même si les acteurs de l’industrie automobile allemande ont exprimé de fortes craintes quant au traité, celui-ci aura des effets positifs sur les livraisons de composants et de véhicules. L’Allemagne et la France vont gagner des marchés sur les Japonais. Les Sud-Coréens vont eux-aussi gagner du terrain sur leurs concurrents de l’archipel. Et puis, les deux pays ne visent pas les mêmes cibles : les voitures allemandes à l’export sont des produits bien plus haut de gamme que les modèles coréens.

Faut-il s’attendre à une baisse substantielle des prix ?
D-P J : La baisse des prix résulte d’une approche commerciale. En matière de vin, on prend souvent l’exemple du Chili, déjà signataire d’un ALE avec Séoul. Mais contrairement aux vins chiliens, les vins français sont ici des produits « premium », de luxe. A contrario, dans certains secteurs plus « mass market », nous verrons fleurir des promotions estampillées ALE.
JW : Oui, dans les secteurs soumis à une forte concurrence, où nos entreprises vont devoir gagner plus de marchés. Mais l’ALE est aussi une opportunité de profit. De plus, certains produits sont des objets de distinction sociale pour les consommateurs. Dans le domaine de l’automobile, chaque modèle s’inscrit dans une catégorie de prix et n’a pas intérêt à en changer. Si les Coréens achètent chez Audi, BMW, Mercedes ou Porsche, c’est pour leur standing. De même, Hyundai ne peut pas baisser ses prix de façon radicale en Europe, car il doit garder son image de constructeur de qualité.

Quel est le rôle de votre chambre de commerce maintenant que l’accord est ratifié ?
D-P J : Les petits exportateurs français, qui attendent beaucoup de l’ALE, y sont malheureusement mal préparés. Ils n’ont souvent pas de service juridique. Notre rôle est donc de les guider dans leurs démarches, de leur expliquer comment devenir exportateur agréé. Concrètement, nous publierons un guide pratique à leur attention et organiserons régulièrement des rencontres thématiques avec des experts. La prochaine concernera les problèmes de traductions certifiées. Nous lancerons aussi une campagne d’information auprès des chambres régionales en France. Enfin, nous serons à disposition des importateurs coréens si nécessaire.
JW : Les entreprises allemandes constituent environ 40% du total des exportations européennes vers la Corée du Sud. Non seulement elles sont bien implantées ici, mais plus généralement, leur structure d’export est beaucoup plus développée que dans d’autres pays européens. Malgré tout, il reste un déficit d’informations que notre chambre va devoir combler, par le biais de séminaires dans les deux pays. Nous nous concentrerons avant tout sur les PME, qui ont besoin d’aide pour se faire une place sur le marché coréen.

Quelle est la place du couple franco-allemand dans l’ALE UE-Corée ?
D-P J : Comme l’a dit le ministre sud-coréen des Affaires étrangères, la France et l’Allemagne ont été des moteurs dans le processus de ratification. A présent, les entreprises françaises ont beaucoup à apprendre du tissu de PME allemandes, très en avance sur nous. On ne peut qu’y gagner. La France est d’ailleurs le pays européen qui devrait profiter le plus de l’ALE.
JW : Nos deux pays représentent presque 50 % des exportations de l’Union vers la Corée. Sans notre soutien, la ratification du traité n’aurait pas été possible. Nous avons tout intérêt à échanger nos connaissances dans nos domaines de prédilection respectifs – l’agriculture et la mode en France, les machines outils en Allemagne. Si la collaboration est essentielle, c’est aussi concernant les entreprises au profil européen comme EADS, les groupes français Sanofis-Aventis ou Lafarge, qui ont des relations fortes avec l’Allemagne ou encore l’Allemand Bosch, l’un des premiers équipementiers exportant en France.

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