Sirgoo LEE, Fondateur et CEO de KakaoTalk

2013 August 7
by Corée Affaires

Tout comme Brian KIM (Co-fondateur et Co-propriétaire de KakaoTalk) Sirgoo LEE a débuté chez NHN, mais les deux hommes ont ensuite opté pour des parcours différents, avant de se retrouver en 2009 et d’élaborer ensemble un nouveau projet : KakaoTalk. Dirigeant avant-gardiste de cette jeune entreprise, Sirgoo LEE, (ou Vino comme l’appellent ses employés), a accueilli l’équipe de Corée Affaires dans ses nouveaux locaux de Kyonggi-Do, pour nous en dire un peu plus sur les raisons de leur succès.

Sirgoo blog

Il y a seulement trois ans, vous n’étiez encore qu’une jeune Start-up et votre croissance a été fulgurante. Quels ont été les étapes et les raisons de ce succès?
Tout a commencé il y a 6 ans, où nous avions déjà tenté de créer notre première entreprise de services web 2.0. Mais l’aventure a tourné court, et nous avons échoué. Grâce à cette expérience malheureuse, nous avons appris deux choses très importantes : que nous devions agir vite, et que nous devions écouter nos utilisateurs et leur demander directement leurs avis. Il y a trois ans, nous avons donc imaginé une nouvelle application appelée KakaoTalk qui a été lancée seulement deux mois après le début de la phase de développement. Ensuite, nous avons demandé l’avis de nos utilisateurs sur les services qu’ils souhaitaient voir développer et nous avons réfléchi à comment les mettre en place. Cela a vraiment touché les utilisateurs et Kakao a rapidement été perçue comme une entreprise à l’écoute et qui évolue en fonction des besoins de ses utilisateurs.

Comment les utilisateurs vous ont-ils fait parvenir leurs demandes? Comment réussissez-vous à écouter près de 100 millions d’utilisateurs?
Nous avons deux méthodes principales pour analyser les retours de nos utilisateurs. Tout d’abord, le principal avantage des plateformes comme iOS ou Android, c’est qu’ils possèdent leur propre « marché » : App Store et Google Play, où les  usagers commentent directement le produit et l’application qu’ils utilisent. Nous avons donc été attentifs à ces commentaires.

L’autre approche plus directe consiste à annualiser les commentaires sur notre site: www.kakao.com. Nous avons également un centre d’appels téléphonique qui traite les requêtes de nos utilisateurs. Evidemment, nous ne possédions pas ce centre d’appel lorsque nous avons commencé, c’est pourquoi nous avions lancé la campagne intitulée « 100 improovments for KakaoTalk » sur laquelle les utilisateurs peuvent, soit proposer une nouvelle fonctionnalité, ou simplement voter pour une amélioration déjà suggérée. Nous avons reçu pas moins de 800 000 suggestions, desquelles nous avons retenu les 100 meilleures idées à adopter.
Notre premier échec nous a beaucoup servi. Avant KakaoTalk, nous souhaitions offrir un « produit parfait», mais nous avons compris qu’il était préférable de lancer rapidement un produit « simple » et d’améliorer ensuite l’offre aux utilisateurs. C’est certainement là que réside le secret de notre réussite.

Combien d’utilisateurs de KakaoTalk comptez-vous en France? Vous appuyez-vous sur un partenaire français sur ce marché ?
Je ne peux pas vous donner de chiffres concernant la France car nous ne conservons pas les données géographiques de nos utilisateurs. Ce que je peux vous dire c’est que nous avons pour l’instant très peu prospecté et commercialisé notre produit à l’étranger. Il faut savoir que notre premier bénéfice date de septembre dernier et que jusque-là nous ne pouvions pas envisager de budget de marketing à l’international. Jusqu’ici, tout était purement virale. C’est l’une de nos priorités pour cette année, et notre nouvelle équipe marketing international travaille actuellement sur ce point afin que Kakao soit présent en France et à l’étranger d’ici la fin de l’année 2013. Aujourd’hui, notre seule expérience en dehors de la Péninsule, c’est le Japon. Dès 2011 nous avions tenté de nous y implanter par nous-mêmes. Après un an, nous avons compris qu’il nous fallait un partenaire local solide pour réussir et c’est pourquoi nous avons fait confiance à Yahoo! Japon. Lorsque nous serons prêts pour la France nous rechercherons le partenaire local idéal pour se lancer sur ce marché.

Quelle sont les sources de revenus pour une application gratuite comme Kakao?sirgoo blog 2
Nous avons de plusieurs ressources. En Janvier 2011 nous avons créé la «boutique à cadeaux» ou  «Gift Store», un service où les utilisateurs peuvent acheter et offrir de petits cadeaux à leurs « amis KakaoTalk » : un café, une crème glacée, etc.  Cela est facturé directement via votre opérateur téléphonique ou par carte de crédit, et un bon d’achat est alors envoyé au destinataire. À l’époque, ces cadeaux coûtaient autour de 2 et 3 US$, mais aujourd’hui vous pouvez offrir des bijoux de luxe (Swarovski) allant de 200 à 1,000 US$. Kakao perçoit alors une commission sur la vente du produit.

Nous avons aussi un produit publicitaire appelé «Plus Amis» ou « Plus Friends » qui se démarque d’autres offres commerciales souvent traitées comme des Spams ou du courrier indésirable car envoyées en masse et sans cibles précises. Avec « Plus Friends », les utilisateurs peuvent s’affilier personnellement à leurs marques, leurs célébrités ou leurs magasins préférés, ce qui revient à une souscription volontaire. Cela vous permet de recevoir uniquement les promotions ou des réductions des marques et produits que vous appréciez, sans avoir de surcharge publicitaire indésirable. Nous proposons actuellement 280 produits chez « Plus Friends », et ils sont classés par catégorie et par marques. C’est un modèle de publicité ou « Business Plan » très ciblé, qui est très agréable pour le client et très efficace pour l’annonceur, qui n’a plus besoin d’aller à la recherche de clients, ce sont eux qui vous choisissent.

Enfin, et bien que cela varie en permanence, ce sont les jeux vidéo gratuits que vous trouvez à disposition sur l’application qui nous rapportent le plus aujourd’hui, soit près de 50 % de notre chiffre d’affaire. Ces jeux sont gratuits, mais les utilisateurs peuvent acheter à leur convenance des « items » supplémentaires utilisables pour chaque jeu. En termes de partage de bénéfices, Google ou Apple prennent 30%, les développeurs reçoivent environ 49% et Kakao prend environ 21% des bénéfices enregistrés.

Envisagez-vous développer d’autres sources de revenus dans un futur proche?
Pour l’instant non. Nous sommes à un stade très précoce du développement de notre activité, et nous souhaitons avant tout la consolider, avec toujours le même souci : ne pas importuner nos utilisateurs. C’est d’ailleurs pourquoi nous avons fait le choix de ne pas recourir aux bannières publicitaires. Nous inscrivons notre développement et notre « Business plan » sur un modèle volontaire, naturel et homogène, qui découle des attentes et des envies de nos utilisateurs. Nous étudions actuellement plusieurs options, et nous les adopterons en fonctions de leurs pertinence au regard de ces attentes. Nous lançons actuellement et à ce titre Kakao-page, une application qui vous permettra de partager de la musique ou des vidéos avec vos amis. Ce n’est pas un contenu libre ni gratuit, mais avec abonnement. Les fournisseurs, comme les utilisateurs doivent s’acquitter de frais d’abonnements allant de KRW 500 à KRW 100,000 permettant ainsi de limiter et de contrôler les droits d’auteurs et les usages abusifs de ce service.

Les risques d’attaques et de piratages informatiques se sont multipliés ces derniers temps, quand est-il de la protection des données personnelles des utilisateurs de Kakao ?
Si vous regardez bien, ce sont avant tout les banques, les organismes gouvernementaux ou même la C.I.A. qui ont été piratés dernièrement. Je ne vous dirais pas que nos données clients sont protégées à 100%, mais la structure que nous avons mise en place garantie une protection sérieuse face à ces menaces. Au respect de la loi, chaque entreprise se doit d’avoir une personne morale, responsable de la privacité des données utilisateur. Chez Kakao c’est moi le responsable, et je m’efforce de mettre en place les processus nécessaires. Le risque de piratage existera toujours, c’est pourquoi nous avons choisi de ne pas demander ni de conserver de données privées. De plus nous conservons  l’historique des conversations et « chat » sur une période de 7 à 10 jours. Pour garantir une sécurité optimale, nous modifierons prochainement le processus, et seul le premier message de votre conversation sera enregistré dans nos serveurs, la suite de l’interaction se fera directement d’un téléphone à l’autre, sans passer par nos serveurs.

Propos recueillis par Mathieu Perissutti
Rédacteur en Chef, Corée Affaires

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