Le Gala de la FKCCI ”l’Art du Voyage”, clin d’œil à l’épopée de l’Aéropostale

2013 December 6
by Corée Affaires

Le grand Gala annuel de la FKCCI aura lieu samedi 7 décembre, sur le thème du glamour, du chic et de “L’Art du Voyage” mais aussi sur l’aventure de l’Aéropostale de l’entre deux-guerres. Pour mieux comprendre cette glorieuse époque où des casse-cous survolaient les airs, Laurent Albaret s’est confié au Corée Affaires et nous explique pourquoi  l’Aéropostale fut si importante pour l’aviation commerciale française.

Propos recueillis par Philippe PRIEUR

Laurent ALBARET, historien spécialiste de la ThailandeHistorien médiéviste de formation, enseignant dans le secondaire puis à l’université d’Artois, Laurent Albaret est un collectionneur averti et un spécialiste de l’histoire de l’Aéropostale de l’entre-deux-guerres en France. Auteur de nombreux articles sur la poste aérienne et les hommes qui l’ont construite, il est membre du Conseil de la fondation Latécoère et a été en charge de la stratégie patrimoniale de l’Adresse Musée de La Poste à Paris. Il est l’auteur d’un livre récent, « Pierre-Georges Latécoère. Correspondances 1918-1928 » (éditions Privat, Toulouse, juin 2013).

En tant qu’historien, pouvez-vous nous raconter brièvement l’histoire du transport du courrier par avion ?

L’histoire de l’Aéropostale est intimement liée à l’histoire de l’aviation. Les premiers transports de courrier par avion ont lieu dès 1911, mais ne sont que des exploits réalisés par des pionniers sur des machines fragiles. La poste aérienne en tant que telle a vu le jour à la sortie de la Première guerre mondiale, avec la création d’une aviation commerciale entre la France et l’Afrique du Nord, les Lignes Aériennes Latécoère. Son créateur, un visionnaire, l’industriel toulousain Pierre-Georges Latécoère, a la prétention d’installer une ligne aérienne régulière entre la France et l’Amérique du Sud, en utilisant des avions démilitarisés de l’armée de l’air française.

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En quoi cette compagnie est-elle devenue si légendaire ? 

Ce sont surtout les pilotes qui participent à la légende de ce que l’on appelle communément « la Ligne ». Dans l’histoire de l’aviation et de l’Aéropostale, le directeur d’exploitation Didier Daurat, le chef d’escale de Cap Juby Antoine de Saint-Exupéry et des pilotes comme Jean Mermoz ou Henri Guillaumet ont construit la légende de « la Ligne ». Légende parfois trop belle. Le mythe ne repose pas uniquement sur les exploits spectaculaires de certains pilotes. Didier Daurat l’exprimait avec justesse ceux rejoignaient l’aventure : « Vous allez partir. N’oubliez pas que la fantaisie, l’héroïsme n’ont pas de sens ici. Vous êtes un ouvrier. Pas d’éclat, pas d’exploit possible. Le public doit toujours ignorer votre nom, sinon par une ligne dans le journal, le jour où vous serez assez maladroit pour vous faire tuer ».

Le Gala de la FKCCI porte sur « l’Art du Voyage ». L’Aéropostale a-t-elle permis de démocratiser le voyage pour le grand public ou bien uniquement d’ouvrir de nouvelles voies d’un point vue commercial ? 

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La création de « la Ligne » a permis d’ouvrir des lignes aériennes commerciales qui n’existaient pas avant, profitable pour la présence commerciale française, mais aussi pour le transport des passagers. Si les Lignes Aériennes Latécoère transportent moins d’une centaine de passagers lors de la première année de fonctionnement, ce seront plusieurs milliers qui emprunteront les avions de la Compagnie dans l’entre-deux-guerres, à l’époque de la Compagnie Générale Aéropostale puis avec la création d’Air France en 1933. Avec l’évolution des techniques et de l’aviation, la démocratisation de ce moyen de transport se fait pleinement avec les années 1930 ; l’Aéropostale, à sa manière, a participé à cette transformation des mentalités… et en ouvrant des lignes aériennes jusqu’alors inconnues.

Au final, que reste-t-il de la mémoire de cette compagnie ?

Les compagnies qui ont participé à « la Ligne » furent multiples avec les Lignes Aériennes Latécoère, la Compagnie Générale Aéropostale, puis la compagnie nationale Air France qui rassemblera les différentes compagnies aériennes françaises en 1933. La mémoire est aujourd’hui écrite – comme le livre sur la correspondance de Pierre-Georges Latécoère que je viens de publier – ou visuelle – avec les archives photographiques publiques et privées conservées. Mais je crois que cette mémoire est surtout dans l’image de l’aéronautique française entre les deux conflits mondiaux, image qui est encore présente, notamment en Afrique du Nord et surtout en Amérique du Sud. Les organismes conservant cette mémoire – comme le Musée Air France, l’Adresse Musée de La Poste ou la Fondation Latécoère – sont indispensables pour que les générations n’oublient pas les industriels, les pilotes et cette aventure que fut « la Ligne », à l’origine de l’aviation commerciale française.

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