Interview de la Ministre déléguée chargée des Français de l’étranger, Mme. Hélène CONWAY-MOURET

2013 December 20
by Corée Affaires

Membre de la délégation du Premier Ministre français Jean-Marc AYRAULT lors de sa visite en Corée, le 25 juillet 2013, la Ministre déléguée chargée des Français de l’étranger, Madame Hélène CONWAY-MOURET (HCM) a reçu Corée Affaires pour un entretien en présence de M. Jérôme PASQUIER (JP), Ambassadeur de France en République de Corée. Quelques semaines seulement après l’adoption au Parlement de la nouvelle loi sur les « Instances représentatives des Français établis hors de France » et l’instauration de nouveaux Conseillers consulaires, la Ministre revient pour Corée Affaires sur les objectifs de sa visite en Corée et plus généralement sur le rôle de son ministère au service des Français de l’étranger.

JP & HCM

Entretien croisé entre S.E.M. Jérôme Pasquier et Mme. Hélène Conway-Mouret

Propos recueillis par Mathieu PERISSUTTI

Le Ministère des Français de l’étranger a été créé en 2012. Pourquoi a-t-on créé ce nouveau Ministère et quelles sont ses attributions ?

(HCM) Le titre de Ministre délégué chargé des Français de l’étranger ne date que de 2012 en effet, mais il y a eu avant cela deux secrétaires d’Etat, Monsieur David DOUILLET et Monsieur Edouard COURTIAL. Bien qu’ils n’aient pas eu d’attributions spécifiques, le gouvernement précédent avait pressenti la nécessité d’une représentation de la diaspora française au niveau ministériel.

Alors que nous en comptions moins de 500 000 en 1981, le nombre des Français enregistrés et résidant à l’étranger s’élève aujourd’hui à quelque 1,6 million. Nous estimons en réalité que nos compatriotes sont autour de 2,5 millions à être établis hors de l’Hexagone, en incluant les stagiaires, les étudiants et les expatriés de longues dates, très souvent absents des listes consulaires.

Le  Ministère dont j’ai la charge traite toutes les affaires concernant les Français de l’étranger, notamment les questions relatives à leur représentation, à leur administration, à leur sécurité et à leur protection sociale. Nous sommes également en charge, par délégation du Ministre des Affaires étrangères, des questions relatives à la scolarisation des Français établis hors de France.

Le projet de loi sur les « Instances représentatives des Français établis hors de France » et l’instauration de nouveaux Conseillers consulaires que vous avez porté au Parlement a été adopté en juin dernier. Qu’apporteront concrètement ces nouveaux Conseillers consulaires français ?

(HCM) Nos concitoyens expatriés exercent aujourd’hui leur lien avec la nation par le biais d’une  représentation parlementaire complète, à la fois à l’Assemblée nationale et au Sénat. Cependant, les Députés des Français de l’étranger couvrent généralement de vastes circonscriptions comme c’est le cas en Asie-Océanie : la 11ème circonscription compte 125 000 ressortissants français répartis dans 50 pays allant de l’Ukraine aux îles Samoa. Les Sénateurs, quant à eux, n’ont pas de circonscriptions précises et représentent globalement nos expatriés au niveau mondial. Il manquait donc une représentation locale, et cette nouvelle loi permettra une représentation de proximité pour nos concitoyens.

C’est là un des vœux du Président François Hollande que nous avons mis en place :  ces Conseillers consulaires pourront agir plus efficacement en matière d’aides sociales ou pour l’attribution de bourses scolaires par exemple ; Ils pourront par ailleurs se saisir de toute question liée à l’enseignement, à la formation professionnelle et à l’apprentissage ou encore à la sécurité de nos concitoyens établis à l’étranger. Ils élargiront le collège électoral appelé à élire les 12 sénateurs des Français de l’étranger.

La Ministre Fleur PELLERIN nous commentait au mois de mars dernier la volonté du Président HOLLANDE de consulter les entrepreneurs français de l’étranger afin de mieux appréhender les réalités économiques et les opportunités de développement des pays dans lesquels ils sont implantés ? Votre visite en Corée va-t-elle dans ce sens ?

(HCM) Oui, il est devenu important que le gouvernement prenne en compte les avis et opinions des entrepreneurs expatriés. C’est d’ailleurs avec cette volonté de décentralisation que nous avons créé les « Conseils économiques de l’étranger », un relais jusqu’alors manquant et qui sera à même de faire remonter à Paris des informations utiles quant à la santé du rayonnement français et de l’économie sur place. Je souhaite d’ailleurs sur ce sujet que nous nous ouvrions davantage et que nous nous tournions vers de nouveaux profils. Il faut faire une place aux jeunes et notamment aux V.I.E au sein de ces Conseils car ils ont une expérience du terrain unique, qu’il faut valoriser au même titre que d’autres expatriés.

vie

Hélène Conway-Mouret à la rencontre des étudiants et des VIE en poste à Séoul

Je retiens d’ailleurs l’excellente initiative de la FKCCI d’avoir organisé le Career Forum au mois de mai dernier, afin de donner l’opportunité aux étudiants en échange ou inscrits en filières à vocations internationales de rencontrer le monde de l’entreprise et de trouver des débouchés professionnels. Fort du succès de cette première expérience, il serait bon à l’ensemble des acteurs économiques œuvrant pour le développement de notre présence en Corée.

Vous-même avez longtemps été expatriée, quel regard portez-vous sur les Français de l’étranger, souvent considérés comme des exilés par les français de métropole ?

(HCM) Un Français qui part, ce n’est ni une fuite de cerveau ni un exilé fiscal ! Il est temps que nos concitoyens le comprennent, et il faut pour cela un véritable changement culturel en France. Nos expatriés sont des relais, des petits bouts de France au service de la nation mais établis hors des limites hexagonales. Contrairement aux idées reçues, quitter la France est souvent un choix difficile et courageux. De plus, et contrairement à beaucoup d’entreprises françaises qui manquent d’agressivité dans leurs démarches commerciales, nos entrepreneurs expatriés sont  très ambitieux et doivent faire preuve de remarquables capacités d’adaptation et d’ouverture s’ils veulent être compétitifs sur les nouveaux marchés, et ils participent à ce titre pleinement au rayonnement de la France. HCW CA

(JP) : Pourquoi choisit-on un produit français plutôt qu’un autre ? Parce que le savoir-faire français est associé à une image de qualité. Notre patrimoine est connu et reconnu de tous, sauf  peut-être des Français de France qui n’y croient pas toujours assez et qui ne voient pas bien ce formidable potentiel national que nous possédons. Il faut dire ce qui est : la France est un pays innovant et créatif. Soyons fiers de nos compétences technologiques et industrielles qui sont reconnues à l’international, et soyons fiers de nos entrepreneurs expatriés qui font preuve d’initiatives et d’ambition.

 Les Visas vacances-travail sont énormément appréciés chez les moins de 30 ans qui recherchent une première expérience à l’étranger. Cependant un grand nombre de leurs détenteurs ont rencontré des difficultés à trouver un emploi une fois arrivé dans le pays, et ce par faute de posséder un visa dit : « de travail ».

(HCM) Rappelons ici que le Visa vacances-travail a été conçu à l’origine pour permettre aux étudiants en échange de décrocher un travail à temps partiel afin de pouvoir financer leurs études, et non pour de jeunes entrepreneurs désireux de s’installer à moyen ou long termes. Certes le système n’est pas au point, mais c’est un début. Il est vrai également que les lois passées sous l’ancien gouvernement, et bien qu’elles aient été abrogées immédiatement après l’arrivée au pouvoir du Président HOLLANDE (circulaire GUEANT, NDLR) ont créé l’image d’une France « fermée ». Cela ne motive pas les administrations étrangères à un effort de réciprocité.

(JP) Il y a en effet quelques problèmes aujourd’hui quant à l’application de ces visas. La législation et les lois coréennes sont très strictes, et les différences de conception et d’interprétation des textes entre nos deux pays sont très grandes. Cela dit, les deux parties sont décidées à mettre les choses à plat et à trouver des solutions. Nous recensons actuellement au Consulat les difficultés rencontrées par nos jeunes ressortissants afin d’établir très prochainement, et comme le souhaite le Premier Ministre, un accord de réciprocité entre nos deux pays qui démontrera qu’il n’y aucun risque migratoire, et qui facilitera ainsi les échanges et la mobilité entre la France et la Corée.

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