La Grande Interview – Mina SOHN: Rédactrice en chef du Huffington Post Korea

2015 May 19
by Corée Affaires
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Mina SOHN: Rédactrice en chef du Huffington Post Korea

Célèbre présentatrice télé et écrivaine coréenne, rédactrice en chef du Huffington Post Korea, Mina SOHN a voyagé dans le monde entier et résidé dans de nombreux pays, dont la France et l’Espagne. Elle partage aujourd’hui avec Corée Affaires son expérience, sa conception de la vie et son esprit d’entreprise.

Q. Pourquoi avez-vous décidé de quitter une carrière brillante pour voyager et reprendre des études ? Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?
R. Après des études en langues, j’ai intégré la chaîne de télévision KBS qui m’a vite propulsé au-devant de la scène médiatique en tant que présentatrice. J’animais notamment l’émission « The Golden Bell Challenge », nominé aux EMMYS Awards aux Etats-Unis dans la catégorie « Meilleure émission pour adolescen
ts ». Cette émission a battu des records avec 40% d’audimat ! Je participais à de plus en plus de programmes télévisés, présentais le journal de 21h et travaillais sept jours sur sept. C’était un rythme très intense, et tout aussi passionnant que cela soit, je commençais à me perdre moi-même, ma vie personnelle et ma liberté. En 2004, après huit ans de carrière, j’ai décidé de tout arrêter pour partir en Espagne et reprendre des études en journalisme. C’était bien évidemment une décision très difficile à prendre, j’avais ce que beaucoup considère une vie « réussie ». Pourtant, je me demandais ce qu’est le bonheur et une vie réussie, justement : se résument-t-ils au succès professionnel ? Toute ma vie était dans ma carrière, j’étais devenue mon travail ; cette prise de conscience me décida. Ce séjour a été une véritable libération et la taille du défi ne me rendit que plus confiante, fière et heureuse de l’avoir relevé. Je suis ensuite rentrée en Corée, et alors que la plupart de mes collègues et de mon entourage avait prédit la fin de ma carrière, ce fut justement mon expérience à l’étranger qui intéressa les Coréens et je me retrouvai à nouveau sur les plateaux télévisés !

Q. Qu’avez-vous appris de votre séjour en Espagne et de cette aventure ? Quel message souhaitez-vous passer aux Coréens et à nos lecteurs ?
R. J’ai réappris à m’écouter, à suivre mon cœur plus que les diktats de la société et à être libre dans mes choix. C’est ce message de liberté que j’essaie de transmettre aux Coréens dans le livre que j’ai écrit par la suite sur mon expérience en Espagne ; je les encourage à être libres dans la définition d’eux-mêmes et de leur vie, et de ne pas se laisser mener par la société, l’effet de groupe et la peur (d’échouer, d’être différent, rejeté, trop âgé,…) Avec un record de plus de 400 000 exemplaires vendus, ce livre a été un véritable succès et témoigne du désir de liberté des Coréens. Mon message : créez votre propre bonheur, il n’est jamais trop tard pour vivre sa vie et s’accomplir !

Q.Vous avez par la suite résidé en France, sur laquelle et depuis laquelle vous avez écrit. Pouvez-vous nous en dire plus sur votre expérience française ?
R. La France s’est présentée comme un nouveau défi à relever. Je ne parlais pas un mot de la langue et ne connaissais de la culture que les images clichées, comme Paris la romantique, le vin et la baguette ! Je dois avouer que j’ai d’abord détesté Paris : une impression de trop parfait, d’inaccessible, de très touristique, j’avais du mal à me fondre dans la ville et les plaisirs de sa vie quotidienne. Pourtant, au fil du temps et des rencontres, j’ai appris à connaître Paris, à aimer ses imperfections qui font tout son charme. J’y suis finalement restée trois ans ! La France est pour moi un lieu spécial, celui de la création. Paris est une ville pleine d’inspiration, où j’ai écrit mon premier roman, Qui a peint les mimosas, mon premier travail d’écriture créative.

Q. De retour en Corée depuis quelques années, vous êtes maintenant une véritable entrepreneuse, outre écrivaine et rédactrice en chef du Huffington Post Korea ; quels sont vos projets ?
R. Forte d’une expérience unique, je souhaite m’investir dans la société coréenne, transmettre un message de liberté et d’ouverture sur le monde. J’ai fondé SOHNMINA&CO.1 avec laquelle je développe de nombreux projets, comme le programme de séminaires SSAC (SOHNMINA&CO.’s Social Alliance Community). Ce projet à deux objectifs : – conseiller le public sur l’art du voyage, comment tirer profit de ses voyages et appliquer ses leçons à sa vie quotidienne ; – créer une communauté où chacun peut échanger en dépassant toutes ces barrières que la société coréenne peut imposer : la différence d’âge, de classe, de position sociale, etc. Nous allons d’ailleurs très prochainement ouvrir un café dans nos locaux à Noksapyeong.2 Je réalise aussi des productions média et des podcasts ; nous travaillons avec différents partenaires, comme Atout France assez récemment, et sommes toujours ouverts aux propositions !

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Q. La beauté revêt une importance sociale primordiale en Corée, pourquoi ? Pourquoi un tel succès de la beauté coréenne en Asie, selon vous ? Quelles opportunités voyez-vous pour les entrepreneurs français ?
R. Il y a en Corée un besoin, voire une injonction à la perfection qui peut être très pesante pour les femmes et expliquer le recours croissant à la chirurgie esthétique, par exemple. Cette notion de perfection ne s’applique pas seulement à la beauté mais à l’ensemble de la vie des Coréens. Si cela représente une force de notre pays, c’est aussi un véritable poids et source d’insatisfaction. Outre la perfection, les Coréens sont aussi marqués par le besoin de faire partie du groupe, dont peut découler une certaine standardisation des normes de beauté.
Toutefois, ce sens de la perfection assure aussi le succès de la beauté et des cosmétiques coréens. Des ingrédients et plantes uniques à la Corée comme le ginseng et l’épine-vinette sont une véritable richesse naturelle dont bénéficient les producteurs locaux. L’alimentation coréenne participe aussi à la santé de la peau et la beauté du teint. Le naturel coréen regorge d’opportunités pour les professionnels français !

Q. Quels sont les défis majeurs pour les femmes coréennes dans les 10 prochaines années, selon vous ?
R. La situation des femmes coréennes a beaucoup évolué ces dernières années : lorsque je faisais mes études à Korea University, nous étions à peu près 10% de femmes, contre plus de 40% aujourd’hui ! Nous sommes plus éduquées et avons plus de pouvoir économique ; ce sont les bases pour plus de progrès, dont politiques et structurels, avec un système social plus favorable. Mais avant toute chose, je pense qu’il faut une « révolution mentale », que les femmes soient plus actives dans leurs choix, qu’elles décident et vivent pour elles-mêmes et non pour leurs parents, leur mari puis leurs enfants !

Q. 2015-2016 marqueront les années France-Corée ; que peuvent nos deux pays échanger et apprendre l’un de l’autre, à votre avis ?
R. Je pense qu’il faut vraiment approfondir nos connaissances respectives et dépasser les images stéréotypées, notamment par le biais de séminaires sur la culture coréenne d’une part et française d’autre part. J’invite aussi la communauté française expatriée à davantage s’intégrer et communiquer avec les Coréens. De la compréhension des uns et des autres seulement peut naître l’amour. Nos deux cultures ont beaucoup à échanger : la Corée et sa capacité à avancer à toute vitesse, à toujours créer des nouveautés et la France et sa capacité à conserver ses traditions et sa culture.

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