La Grande Interview – Fabien Penone : Ambassadeur de France en Corée

2015 December 7

Alors qu’il a pris ses fonctions en septembre dernier, S.E Fabien Penone, l’ambassadeur de France en Corée, répond aux questions de Corée Affaires et s’adresse à la communauté d’affaires franco-coréenne. 

* Cette interview a été réalisée le 9 novembre.

Ambassadeur de France en Coree Fabien PenoneQ. Quel est votre parcours diplomatique avant votre nomination a Séoul ?

R. J’ai pris mes fonctions comme ambassadeur de France en Corée début septembre. Depuis mai 2012 jusqu’à mon départ pour Séoul, j’étais Conseiller à la cellule diplomatique de la présidence de la République. Avant 2012, j’ai servi à la Représentation permanente de la France auprès de l’Union européenne, puis à l’ambassade de France à Londres. Au ministère des Affaires étrangères à Paris, j’ai été successivement à la tête des équipes en charge du Conseil de sécurité des Nations Unies et des relations extérieures de l’UE.

Q. Quels sont vos projets et enjeux en tant qu’ambassadeur de France en Corée ?

R. Je prends mes fonctions à Séoul à un moment important pour la relation bilatérale. L’Année France-Corée 2015-2016, qui célèbre le 130e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre nos deux pays, vient d’être officiellement lancée le 18 septembre dernier à Paris. Plusieurs centaines d’événements seront organisés, en France d’abord, de septembre 2015 à août 2016, puis en Corée, de mars à décembre 2016. Ces événements vont donner une très forte visibilité à la relation franco-coréenne dans toutes ses dimensions et permettre aux Français comme aux Coréens de mieux connaître la culture de l’autre. Toute l’équipe de l’ambassade est fortement mobilisée par l’organisation de cette année croisée. Le président de la République a effectué une visite d’Etat en Corée le 4 novembre dernier. La Corée est de longue date un partenaire important de la France en Asie. Alors qu’elle joue un rôle croissant au plan international et que nos intérêts communs sont de plus en plus importants, nous devons maintenant franchir une nouvelle étape dans le partenariat franco-coréen. Lors de la visite d’Etat, le président de la République et la présidente Park Geun-hye ont donc fixé les grandes priorités de travail pour les prochaines années : le développement du dialogue sur les questions internationales et globales ; la diversification de la relation économique ; le renforcement des partenariats universitaires, de la mobilité étudiante et de la coopération en matière de formation professionnelle ; la coopération en matière de défense et de sécurité ; les échanges entre les villes et les régions des deux pays.

Q. Quelles sont vos ambitions pour l’Année France-Corée ?

R. L’Année France-Corée 2015-2016 doit d’abord permettre aux Français et aux Coréens de mieux se connaître et de découvrir la diversité de leur culture. C’est pourquoi nous organiserons des événements artistiques mais aussi économiques, scientifiques, éducatifs, touristiques et gastronomiques. L’Année France-Corée 2015-2016 doit par ailleurs nous aider à lancer de nouvelles coopérations sur le moyen terme entre nos deux pays. Comme son co-président français, Henri Loyrette, le précise justement, « l’Année France-Corée ne saurait être sans lendemain. Elle doit porter ses fruits bien au-delà de 2016, poser les bases et les principes de collaborations durables. » La mise en avant de l’innovation et des jeunes dans le cadre de l’Année France-Corée en témoigne. Il s’agit de préparer l’avenir.

Ambassadeur de France en Coree Fabien Penone Luncheon FKCCI

S.E. Fabien Penone au déjeuner d’affaires avec les médiateurs français et coréen organisé par la FKCCI le 2 octobre 2015

Q. Sur le plan économique, quels sont les enjeux, les priorités et les grands projets pour l’Année France-Corée, ou pour l’ambassade plus généralement ?

R. La Corée est aujourd’hui un partenaire commercial majeur de la France en Asie et dans le monde. Nos échanges commerciaux, qui s’élèvent à 8 Mds d’euros, ont augmenté de 50% en dix ans. Nos exportations vers la Corée ont doublé sur la même période. Nous sommes aussi le deuxième investisseur européen en Corée, avec 174 filiales employant 24 000 Coréens. Je voudrais saluer, à cet égard, le travail important effectué par l’ensemble des acteurs économiques français en Corée pour atteindre ces résultats – la FKCCI, les Conseillers du commerce extérieur, les entreprises françaises implantées ou représentées en Corée, avec le soutien du service économique de l’ambassade et des opérateurs Business France et Atout France. La priorité est désormais à la diversification de notre relation économique – développement des partenariats industriels, encouragement des investissements croisés, promotion de l’innovation et des échanges entre start-ups, soutien au tourisme. Outre les grands groupes, il est souhaitable que davantage de PME françaises s’intéressent à la Corée. Celles qui s’y sont engagées y travaillent d’ailleurs avec succès. Nous souhaitons aussi poursuivre l’approfondissement des relations entre l’Union européenne et la Corée. La Corée a été le premier pays d’Asie avec lequel l’UE a signé un accord de libre-échange complet et approfondi. Cet accord, entré en vigueur le 1er juillet 2011, va bien au-delà de la suppression des tarifs douaniers. Il intègre des dispositions en matière sanitaire et phytosanitaire pour les produits agricoles et agroalimentaires, favorise la reconnaissance mutuelle des procédures de certification et promeut la convergence des normes et des standards entre les deux parties. Nous devons en tirer le meilleur profit.

Q. Coréens comme Français ont une vision très limitée, voir stéréotypée, de la culture de l’autre. La France se resume bien souvent à Paris la ville romantique, à sa riche histoire et au luxe, tandis que la Corée est surtout connue des Français pour son conflit avec la Corée du Nord, la Kpop et Samsung. Comment l’Année France-Corée peut-elle contribuer à élargir et diffuser nos connaissances réciproques ?

R. Les clichés ou les simplifications nuisent toujours à la compréhension de l’autre. L’Année de la France en Corée, de mars à décembre 2016, est une formidable occasion de montrer à nos amis coréens, au travers des multiples événements qui seront organisés, la richesse de notre pays : nos entreprises, nos ingénieurs et nos chercheurs, nos créateurs, nos universités et nos étudiants, nos villes et nos régions. La France est un pays de tradition mais aussi d’innovation, dans tous les domaines. Comme je le souligne régulièrement à mes interlocuteurs, Paris n’est pas simplement une ville de romances ; c’est aussi l’écosystème le plus développé en Europe pour les start-ups.

Ambassadeur de France en Coree Fabien Penone Luncheon FKCCI 2

S.E. Fabien Penone au déjeuner d’affaires avec les médiateurs français et coréen organisé par la FKCCI le 2 octobre 2015

Q. Quel retour pouvez-vous nous faire sur la visite du president de la République en Corée ?

R. Le président de la République s’est rendu en visite d’Etat en Corée le 4 novembre dernier à l’invitation de la présidente Park Geun-Hye. Il s’agissait de la première visite d‘Etat d’un président français depuis quinze ans. C’était un geste politique fort à l’égard de la Corée, après la visite officielle du Premier ministre Hwang Kyo-ahn à Paris mi-septembre. Cette visite d’Etat a permis de donner au plus haut niveau un nouvel élan au partenariat global franco-coréen et, comme je l’évoquais tout à l’heure, de renforcer la coopération bilatérale dans tous les domaines. La communauté française y a été pleinement associée.

Q. Cette edition de Corée Affaires porte sur le développement durable, notamment dans la perspective de la COP21 en décembre. Quelle collaboration entre la France et la Corée vis-a-vis des problématiques environnementales ?

R. La Corée est un partenaire clé dans la préparation de la conférence de Paris sur le climat. Elle est un modèle en Asie et pour de nombreux pays en développement et peut donc jouer un rôle d’entraînement sur les questions climatiques. Elle a présenté une contribution nationale (INDC) significative et créé cette année le premier marché carbone d’Asie. L’annonce d’un versement de 100 MUSD au Fonds vert pour le climat, qui est installé à Songdo, a permis aussi d’enclencher une dynamique positive parmi les autres donateurs. Un Coréen vient, par ailleurs, d’être élu à la présidence du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Nous allons donc poursuivre le renforcement de notre coopération sur les enjeux climatiques avec la Corée, les autorités comme la société civile.

Q. Un mot pour la communauté d’affaires française en Corée ?

R. Je souhaite que l’Année France-Corée 2015-2016, qui comportera de nombreux rendez-vous économiques, serve pleinement la communauté d’affaires en Corée. Je tiens à cet égard à remercier de nouveau la FKCCI et les membres de la communauté d’affaires française qui apportent déjà leur soutien à l’organisation de l’Année et j’espère que d’autres les rejoindront. Comme j’ai pu le dire aux chefs d’entreprise et aux cadres que j’ai rencontrés, je suis pleinement à leur écoute et souhaite œuvrer avec eux à l’approfondissement des relations économiques entre la France et la Corée. Nous avons tous les atouts pour réussir.

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