Secteur automobile en Corée : à l’aube de l’ère des voitures électriques ?

2016 April 1

Par Oriane Lemaire

Les transports constitueraient 23% des émissions mondiales de CO2 liées à l’énergie (1), rendant ce secteur incontournable pour les négociations de la COP21 en décembre dernier. En parallèle de son développement économique effréné, la Corée a connu l’expansion rapide du marché de l’automobile et fait face aujourd’hui à d’importants enjeux de pollution et de congestion du trafic. Par exemple, de 1980 à 1997, les coûts de congestion auraient quadruplé jusqu’à atteindre 3,6% du PIB !(2)

En comparaison avec les pays dont le marché des véhicules électriques (VE) est dynamique, comme la Norvège, où les VE constituent 12% des ventes domestiques, les Pays-Bas, les Etats-Unis, la Chine ou encore la France, la Corée se trouve à la traîne avec moins d’un acheteur sur 1000 qui aurait fait le choix d’un VE en 2014 !(3)

Station de chargement Vehicule electriqueAinsi, les VE ne rencontrent pas encore un grand succès sur la péninsule. De multiples facteurs s’accumulent : coût élevé d’achat, performance insuffisante des batteries, baisse des cours mondiaux du pétrole, infrastructures peu développées, politiques incitatives encore récentes, cadre réglementaire contraignant,… « Concernant les infrastructures liées aux VE, l’Europe dispose d’un réseau développé et bien structuré en comparaison avec la Corée », affirme Lee Sangtae, directeur de projet VE chez Renault Samsung Motors (RSM). Il nous explique qu’il est difficile d’installer des stations de chargement dans les complexes d’appartements car l’obtention d’un permis spécial du bureau de quartier est nécessaire. Et ce… dans un pays où environ 70% de la population urbaine vit précisément dans des appartements !

Autolib Bollore

Autolib’

Néanmoins, les politiques incitatives à l’usage des VE se multiplient depuis l’adoption de la loi cadre sur la croissance verte en 2010. « Nous avons introduit un système de subventions pour ceux qui achètent un VE. La subvention maximale est de 22,5 millions de won depuis 2013 […] Cette année, notre objectif est d’atteindre environ 800 VE en circulation à Séoul », explique Na Ilcheong, du département Climat du Gouvernement Métropolitain de Séoul. « Des subventions nationales existent également pour l’installation des chargeurs » ajoute-t-il. Pour Lee Sangtae pourtant, les incitations financières ne sont pas suffisantes : « le renforcement des aides non-financières doit être considéré comme un facteur de succès, comme en Norvège où la permission aux VE de circuler sur les voies de bus a été décisive. »

Pour faire face aux problèmes de congestion et de pollution, Séoul se penche sur plusieurs solutions dont elle tire en partie l’inspiration de l’étranger, comme le système Autolib’ à Paris. Il s’agit du service public français de VE en libre-service opéré par Bolloré qui réunissait près de 82 000 abonnés actifs en juillet 2015. Ainsi, Séoul soutient plusieurs services de covoiturage tels que Hancar, Everon ou Green Car. « Le service français Autolib’ est un excellent exemple d’autopartage. Nous avons rencontré le groupe Bolloré à trois reprises », explique Na Ilcheong. Et il n’est pas le seul à citer Autolib’. Sa Seongyeop, directeur général de Hancar, un de ces services de covoiturage électrique à Séoul, reconnaît également s’être penché sur ce cas et considère la possibilité de monter des partenariats financiers avec des étrangers.

Outre la volonté politique naissante, la Corée présente de nombreux atouts, tels que son taux élevé d’urbanisation et sa petite superficie favorisant les trajets courts, ou encore l’attirance des Coréens pour les nouvelles technologies. En particulier, le contexte économique domestique est propice au développement des VE, car la Corée abrite de grands groupes automobiles ainsi que deux géants de la batterie, LG Chem (3e mondial) et Samsung SDI. Renault-Nissan, le plus grand constructeur mondial de VE, a ainsi identifié une complémentarité prometteuse avec les groupes coréens, au vu de leur avancée technologique. Face aux barrières à l’achat des VE, dont les batteries cristallisent les enjeux, le groupe a signé avec LG Chem (fournisseur officiel de Renault) un accord pour développer la prochaine génération de batteries, plus performantes et moins coûteuses.

Renault Samsung SM3 ZE

SM3 Z.E de Renault Samsung Motors

Outre l’intérêt compétitif de ses partenaires coréens, le groupe voit le potentiel du marché domestique : il a misé sur le 100% électrique, à la fois chic et écolo, en lançant la SM3 Z.E en 2013. « Les Coréens privilégient les voitures à l’image premium », nous explique Lee Sangtae. Et pour cause : seule berline de ce type en Corée, la SM3 Z.E s’est placée au top des ventes des VE sur le marché en 2015 avec 1000 unités vendues, devant la KIA Soul EV. Son utilisation a été déclinée aux taxis et au covoiturage avec le projet « Gcar Sharing ».

Un nouvel axe pour repenser le transport urbain : la micro-mobilité. Le gouvernement a en effet lancé un projet réunissant 25 millions de dollars pour soutenir le développement de mini véhicules électriques, et prévoit de combler le vide juridique entourant cette catégorie de véhicules. Dans ce contexte, RSM souhaite tester cette année la Twizy, son véhicule biplace économique.

Dans l’élan de la COP21 et suite au scandale Volkswagen ayant ébranlé le secteur automobile, la Corée dispose ainsi d’une véritable carte à jouer pour se positionner comme leader de l’industrie automobile verte. Malgré la part encore faible des VE dans les ventes domestiques, le potentiel est là : le ministère de l’Environnement prévoit la circulation de 200 000 VE d’ici 2020 ! Affaire à suivre…

Notes :
(1) Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du Climat (GIEC) 2014 (retour au texte 1)
(2) World Bank 2015 (retour au texte 2)
(3) Electric Vehicles Initiative (EVI) et EIA, 2015 (retour au texte 3)

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