La Croissance Verte et la Corée, la technologie pour relever le défi ?

2016 April 12

Par Laetitia Vallée

Croissance verte illustration« Nous aurons besoin de la Corée. D’abord parce qu’elle s’est elle-même mobilisée dans la lutte contre le réchauffement avec des engagements qui ont été relevés comme significatifs » mais aussi « pour ses personnes éminentes, le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-Moon, et le président du GIEC, Lee Hoesung, qui pourront être de précieux soutiens pour la réussite de ce grand rendez-vous », déclarait François Hollande lors de sa visite d’État en Corée le 4 novembre. A l’ère post-COP21, où les préoccupations environnementales furent à leur comble, la Corée a en effet un rôle majeur à jouer, en tant que grand pollueur d’une part et médiateur entre pays développés et émergents, hôte du Fonds vert pour le climat et du Global Green Growth Institute (GGGI), d’autre part.

Pourtant, alors que la Corée avait surpris le monde en 2009 avec son plan « Low Carbon Green Growth », qui visait une réduction de 30 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020 par rapport à un niveau « Business As Usual (1) » (BAU), les objectifs annoncés en juin dernier en vue de la COP21 sont décevants, ambitionnant une diminution de 37% d’ici 2030, par rapport à un scénario BAU revu. Avec un tel objectif pour 2030, les émissions de gaz à effet de serre (GES) auront presque doublé (+81%(2)) par rapport à 1990… Entre les ambitions affichées en 2009 et celles annoncées en 2015, où en est la Corée ? Entre paris tenus et espoirs déçus, quel bilan peut-on tirer de la prise de conscience coréenne et de sa « révolution verte » ?

Hausse temperature moyenne monde Corée RechauffementIl faut reconnaître qu’en termes d’environnement, la Corée fait face à de sérieuses problématiques. Alors que la température moyenne de la planète s’est réchauffée de 0.89 °C entre 1901 et 2012, elle a pris 1.7 °C sur la péninsule coréenne. Le modèle économique qui a fait le succès de la Corée en la propulsant au 13e rang des pays les plus puissants en seulement 50 ans révèle maintenant ses limites tant économiques qu’environnementales. Les chiffres parlent d’eux-mêmes quant à l’empreinte environnementale exercée par le développement coréen : avec 83% de sa consommation énergétique d’origine fossile et dépendante à 97% d’importations énergétiques, la Corée se place au quatrième rang des plus gros importateurs énergétiques et au septième rang des principaux émetteurs de CO2.

La croissance de la Corée repose essentiellement sur son industrie, qui représente 38% du PIB, avec pour fleurons l’automobile, la construction navale et l’électronique, tous trois très gourmands en énergie. Ici, l’environnement paye plus cher le prix de la croissance : en parallèle de son développement économique, le pays, dont la forte densité démographique crée une tension accrue, a naturellement connu une hausse drastique de sa consommation énergétique.

Le programme de Lee Myung-Bak en 2009 était donc d’autant plus bienvenu qu’il s’imposait. La stratégie du gouvernement était double : tout en dépolluant et améliorant l’efficacité énergétique, il s’agissait surtout de trouver de nouveaux moteurs de croissance en misant sur les technologies vertes et l’innovation.

Croissance ville durablePour accomplir cette révolution verte, la Corée a mis le pied à l’étrier avec des objectifs et moyens particulièrement ambitieux : investissement de 40 milliards de dollars pour entrer dans le top 7 des pays verts d’ici 2020, développement de 27 technologies vertes, déploiement du premier système de « smart grid » (réseau électrique intelligent) à l’échelle nationale, augmentation des énergies renouvelables à 11% en 2030 (contre 2.7% en 2009), création d’un marché carbone, renforcement du cadre légal (Smart Grid Act, Green Building Promotion Act, etc.), mise en place d’un système d’écotaxe, sensibilisation des entreprises et particuliers au développement durable, recyclage et gestion améliorée des déchets, etc.

Ce plan national ambitieux, qui déployait une stratégie intégrée et originale, a suscité, outre l’attention et les louanges de la communauté internationale, bien des espoirs. Pourtant, c’est un bilan mi-figue mi-raisin qui se dresse aujourd’hui, et le gouvernement actuel, qui a fait de l’économie créative sa priorité, a établi en janvier 2014 un second plan énergétique, qui a dû sensiblement réévaluer les estimations de consommation énergétique BAU et proposer des objectifs considérés comme plus réalistes.

Parmi les mauvais points : le mix énergétique, reposant sur des estimations a posteriori inexactes de consommation et de paramètres tels que la réaction publique, la sécurité ou des facteurs imprévisibles comme les cours du pétrole, a dû être revu en 2014 ; de nombreuses mesures promises, comme une taxe sur les véhicules polluants, ont été retardées face aux réticences de l’industrie, et certains projets ont été épinglés pour leur impact peu écologique : le grand chantier phare des Quatre Rivières, dont les budgets faramineux ont fait grincer quelques dents, est vivement critiqué pour ses conséquences néfastes sur la qualité de l’eau et sur l’écosystème, ainsi que pour des problèmes de construction. Ou encore, si la croissance verte a effectivement boosté l’emploi en créant 764 000 postes, dépassant les objectifs du gouvernement, on regrette l’instabilité d’un grand nombre de ces derniers.

Panneaux solaires energie renouvelableLa Corée s’impose toutefois par de brillantes réussites, avec en tête de liste son marché carbone, le deuxième plus grand au monde après celui de l’UE, lancé début 2015. Si elle se félicite d’importants progrès sur le territoire national, notamment côté recyclage et gestion des déchets (par exemple, le tri et le traitement des déchets de Séoul aurait permis d’alimenter le chauffage de 190 000 foyers en 2011, soit 14% de la population), c’est surtout à l’international, forte de ses remarquables avancées dans les technologies vertes, que la Corée s’impose. Entre 2008 et 2012, le niveau moyen de technologie dans les différents domaines choisis par le gouvernement est passé de 50,9% à 79% du niveau des pays avancés, se félicite le Green Technology Center. S’ils peinent encore à trouver leur marché domestique (notamment dû à une surcapacité du marché, à s’être tous investis dans les mêmes secteurs comme les panneaux solaires ou les éoliennes), les groupes coréens jouent encore une fois la carte de l’export et démontrent leur leadership : LG Chem s’est imposé sur le marché des batteries électriques, Samsung SDI sur les systèmes de stockage d’énergie, OCI Company sur le polysilicium ou encore K-water dans les systèmes de traitement des eaux.

C’est bien le cap innovation verte que semble maintenir l’administration Park : « Le gouvernement de Park Geun-Hye a abandonné le terme de croissance verte, qu’elle a remplacé par économie créative, ce qui est dommage » regrette Kim Sang Hyup, anciennement premier secrétaire à la croissance verte du président Lee Myung Bak et professeur à KAIST, dans le département « green growth », « toutefois, les contenus restent relativement similaires, parce que plus qu’un programme politique, c’est une nécessité mondiale. »

En effet, si l’administration Park place la priorité sur la réduction et la meilleure gestion de la demande de l’énergie plus que sur l’augmentation de l’offre, elle conserve les axes du premier plan concernant les technologies vertes, tout en tentant de rééquilibrer les secteurs pour éviter la surcapacité : renforcer les capacités d’adaptation au changement climatique, développer les énergies renouvelables, les ressources issues du recyclage, améliorer les systèmes de gestion énergétique, etc.

L’avenir de la Corée réside encore une fois dans sa capacité à innover, à travers les technologies vertes. Corée Affaires vous propose de revoir quelques secteurs clés que sont l’énergie, la ville durable, les véhicules électriques, l’eau et enfin l’avenir des PME dans le développement durable en Corée. L’Économie créative de la présidente Park permettra peut-être en effet de soutenir les PME dans cette voie verte, où jusqu’à présent se sont majoritairement engouffrés les grands conglomérats, forts de leurs capacités d’investissement et R&D.

(1) Se réfère à la conduite des affaires normale, sans prendre en compte les circonstances du moment, en particulier celles pouvant avoir un impact négatif. (retour au texte 1)
(2) selon le Climate Action Tracker (retour au texte 2)

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