Marché de l’électricité en Corée : le dilemme énergétique

2016 April 19

Par Oriane Lemaire

Face au dilemme énergétique qui consiste à assurer la sécurité de l’approvisionnement en électricité tout en combattant le changement climatique, la Corée, comme nombre de pays, a bien du mal à trouver un équilibre.

Electicity market koreaLe marché de capacité électrique (la production maximale possible) est en effet dominé par le charbon, constituant 33% des capacités installées en 2013, suivi par le gaz (28%) et le nucléaire (24%). Avec seulement 11%, les énergies renouvelables se retrouvent loin derrière (1). En comparaison, la France comptait 31% de capacité électrique issue des renouvelables en 2014, dont 19% d’hydroélectricité. Et la tentation des énergies fossiles est d’autant plus forte que les prix mondiaux des matières premières énergétiques ont baissé depuis l’été 2014 et que la Corée doit répondre à la demande croissante en énergie (+ 3% par an entre 2000 et 2011).

La péninsule, extrêmement dépendante des importations en matières premières (elle est le 2e importateur au monde de gaz naturel (2)), se retrouve ainsi dans une situation délicate car la hausse de la demande, s’est révélée plus forte que prévue par le gouvernement de Lee Myung-bak dans le cadre du Premier Schéma Directeur de l’Energie 2008-2030, visant la réduction des émissions de GES de 30% (en comparaison avec le niveau BAU) d’ici 2020.

Le bilan de ce plan est mitigé. Les bas prix de l’électricité ont favorisé une hausse de la demande des industries les plus gourmandes en énergie et entrainé la construction de centrales augmentant les émissions de GES, saturant le réseau de transmission et entrainant le mécontentement des locaux. Le ministère du Commerce, de l’Industrie et de l’Energie, reconnaissant également un certain manque de clairvoyance sur la faisabilité de ses objectifs visant plus d’efficacité énergétique et un mix énergétique plus vert, a lancé son Second Schéma Directeur en 2014, dans l’impulsion lancée par la politique de l’économie créative de la présidente Park.

energie renouvelable CoreeDans ce cadre, le gouvernement a revu légèrement à la baisse ses objectifs de renforcement du secteur nucléaire, axe stratégique majeur à l’instar du modèle français. Dans l’ère post-Fukushima, il fait face à la réticence des Américains liée aux possibilités de produire de l’armement atomique à partir de technologie civile et s’est décrédibilisé lors du scandale de corruption en 2013 sur l’émission de faux certificats de sûreté pour des composants de réacteurs nucléaires. Néanmoins, quatre réacteurs sont actuellement en construction pour compléter les 23 déjà en marche, renforçant la position de la Corée, 6e plus gros producteur d’énergie nucléaire.

Le nouveau plan semble aussi surfer sur la vague des renouvelables avec plus de réalisme qu’auparavant en prévoyant des mesures concrètes telles que l’introduction d’un marché de location de panneaux solaires pour atteindre l’objectif de conversion de 11% de sa consommation d’énergie primaire en renouvelables d’ici 2035. La Corée, pays de l’innovation, a vu la multiplication des fabricants de panneaux solaires et d’éoliennes ainsi que la baisse des coûts de production liés aux avancées technologiques. De plus, avec l’introduction en janvier 2015 du second plus grand marché carbone après celui de l’Europe (3), les renouvelables présentent un fort potentiel à moyen et long terme et permettraient de réduire la dépendance énergétique du pays. Les acteurs du secteur privé, coréens ou étrangers, seront à la manoeuvre, rompant avec le modèle de monopole d’Etat détenu par la Korea Electric Power Corporation (KEPCO), et des projets de grande ampleur se font d’ores et déjà remarquer cette année : GS EPS Co a fini la construction de la plus grande centrale biomasse d’Asie (105 MW) à Dangjin tandis que LG CNS a achevé la plus importante ferme solaire off-shore au monde à Sangju (50 MW).

réseau intelligent Corée Du côté de la demande, la hausse des tarifs de l’électricité (+5.4% en 2014 (4)) et la politique de soutien aux « smart grids » et à d’autres innovations telles que les nouvelles technologies de stockage de l’électricité sont des axes fondamentaux pour mieux ajuster l’offre à la demande. La totalité du réseau électrique serait convertie en smart grid d’ici 2030, avec la KEPCO annonçant un investissement de plus de 7 milliards de dollars dans ce but. Quant à la problématique du stockage, Kim Sang-Hyup, professeur à KAIST, considère que le stockage sera indispensable au développement des renouvelables : « Le stockage de l’énergie sera l’élément phare des nouveaux systèmes énergétiques parce qu’il permet de garder l’électricité produite par les énergies renouvelables, qui sont intermittentes. Tout est connecté, c’est ça la magie de la Corée ».

Innover pour diversifier son mix énergétique et optimiser l’efficacité énergétique : là sera tout l’enjeu de la Corée « Green and Smart ».

(1) Enerdata 2015 (retour au texte 1)
(2) Energy Information Administration (EIA) 2015 (retour au texte 2)
(3) International Carbon Action Partnership (ICAP) 2015 (retour au texte 3)
(4) Enerdata 2015 (retour au texte 4)

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