Entretien croisé entre médiateur français et ombudsman coréen : Jean-Lou Blachier et Jeffrey I. KIM

2016 April 25
by Corée Affaires

Jean-Lou Blachier, Médiateur des Marchés publics, et Dr. Jeffrey I. KIM, Ombudsman de la KOTRA, présentent leur rôle et mission respectifs pour les entreprises françaises et coréennes.

KOTRA Ombudsman Jeffey I. Kim at Special Luncheon

KOTRA Ombudsman Jeffrey I. Kim at FKCCI Special Luncheon with French Ambassador Fabien Penone

Q. Quel est votre rôle ? Comment l’ombudsman facilite-t-il la relation entre les entreprises et le gouvernement ?

Jean-Lou Blachier : J’ai été nommé par le président de la République le 19 décembre 2012. Ma mission est de faciliter les relations entre les acheteurs publics et les entreprises. Un objectif principal pour moi et qui m’anime au quotidien : faciliter l’accès des entreprises (particulièrement les plus petites et les plus fragiles d’entre elles) à la commande publique. Trop peu d’entreprises le savent : en France, la commande publique représente près de 200 milliards d’euros. C’est un levier de croissance potentiel pour elles et il faut qu’elles s’en saisissent, surtout en ces temps économiques compliqués.

Pour cela, mon action est multiple. Je vais à la rencontre des entreprises sur le territoire pour comprendre les freins ressentis, les points de blocage et également pour leur transmettre directement l’information, tant sur les évolutions réglementaires que les clés à activer pour mieux pénétrer les marchés publics. De ces rencontres (près de 18 000 entreprises et 2000 acheteurs publics), ont émergé différents projets dont la mise en place du réseau des ambassadeurs des Marchés publics (interlocuteurs privilégiés des entreprises pour la thématique de la commande publique), la création de groupes de travail nationaux qui proposent des pistes d’amélioration au gouvernement pour l’accès à la commande publique. De plus, lorsqu’une entreprise rencontre des problématiques liées à la commande publique, un dispositif de médiation gratuit, rapide et confidentiel est à sa disposition. Afin de régler les litiges pouvant survenir lors de l’exécution d’une commande publique, les entreprises peuvent me saisir. La saisie s’effectue en déposant un dossier sur le site internet de la médiation. Le dossier est instruit par un médiateur délégué qui prend contact avec les parties.

Je porte une attention particulière au respect des délais de paiement et je veille à ce que les critères de sélection retenus par les décideurs publics prennent davantage en compte le coût global tout au long du cycle de vie du produit, les performances environnementales et le caractère innovant des offres.

KOTRA Ombudsman Jeffrey I. Kim

Jeffrey I. Kim

Jeffrey I. Kim : Mon rôle est d’aider les entreprises étrangères en Corée à résoudre les difficultés pratiques et les contentieux qu’elles rencontrent dans leur secteur. Je fais également des recommandations de politique publique pour améliorer l’environnement d’investissements des entreprises.

Quand les entreprises rencontrent des difficultés, j’analyse d’abord ces dernières pour chercher des solutions dans les textes de loi, et lorsqu’elles ont besoin d’aide auprès du gouvernement, je fais office d’intermédiaire. Bien que les demandes des entreprises soient raisonnables, il peut être difficile de recevoir l’appui des différents départements du gouvernement quand les intérêts divergent. Ainsi, quand il y a un besoin d’arbitrage, je résous ces problèmes en les soumettant au Comité d’Investissements Etrangers. Je remplis donc un rôle d’accompagnement et de soutien auprès des entreprises tout en comprenant leurs inquiétudes.

Les entreprises françaises peuvent bénéficier de notre service « Home Doctor » qui s’adresse à toute entreprise étrangère. De plus, nous avons assigné en 2015 une personne en charge des relations avec la FKCCI et ses Membres. J’espère à l’avenir que la coopération entre la KOTRA et les entreprises françaises s’approfondira et que les opportunités de leur apporter mon soutien se développeront.*

Q. A l’inverse, quel rôle jouez-vous pour les entreprises françaises / coréennes à l’étranger ? 

J-L. B. : Quels que soit le secteur, la taille ou le pays dans lequel une entreprise française est basée, dès lors qu’elle candidate aux marchés publics en France, la Médiation des Marchés publics peut lui apporter aide et conseils, ainsi qu’un accès au dispositif de la Médiation.

Des dispositifs similaires à la Médiation des Marchés publics sont relativement rares à l’étranger. J’ai à coeur de partager et faire découvrir ce dispositif qui fonctionne très bien, tant du côté des acheteurs publics que des entreprises publiques. Sur le terrain, suite à la mise en place d’une procédure de médiation, j’ai constaté que non seulement les entreprises travaillaient mieux ensemble mais même davantage ! La médiation a cet avantage incomparable de renouer le dialogue là où il a été brisé. C’est très positif et une bonne pratique à faire connaître au-delà de nos frontières !

J. K. : La KOTRA a installé quinze « Korea Investment Corporate Centers » locaux dans neuf pays où les entreprises coréennes se sont établies avec succès. Les services de la KOTRA à l’étranger comprennent le soutien à l’expansion de ces entreprises à l’étranger, la documentation et l’offre d’informations sur leur développement et le soutien à leurs activités marketing et à leur recherche de débouchés commerciaux dans le marché domestique. De plus, la KOTRA organise des séminaires et des forums sur les enjeux locaux de ces pays et assure la mise en relation des entreprises coréennes avec les institutions étrangères.

Par exemple, dans le cadre de l’accord de libre-échange entre la Corée et la Chine, la KOTRA a été désignée pour aider les entreprises chinoises en Corée tandis que le Département de la Promotion des Investissements en Chine s’est trouvé en charge des entreprises coréennes en Chine.

De surcroît, la Corée a déjà soumis les documents de l’ombudsman pour les négociations actuelles autour du RCEP (Regional Comprehensive Economic Partnership ou ASEAN+6). Nous allons continuer à oeuvrer en faveur de l’approfondissement de la coopération entre les pays pour le soutien aux entreprises.

Q. Quels gros chantiers et priorités pour 2016 ?

Mediateur des marches publics Jean-Lou Blachier

Jean-Lou Blachier

J-L. B. : Les directives européennes et leur application dans le droit français vont être une petite révolution pour l’achat public. Mon rôle sera celui de sensibiliser les différents acteurs économiques à ces changements. Je souhaite que toujours plus d’entreprises candidatent aux marchés publics et pour cela, il faut briser les idées reçues qui existent.

La dématérialisation sera un défi majeur à relever, tant pour les entreprises que dans les pratiques d’achat des acheteurs. Je souhaite donc que l’ensemble du territoire français soit impacté, et de façon positive, pour que cette évolution soit ressentie comme un progrès et non comme une contrainte.

Enfin, je souhaite que toujours plus d’entreprises fassent appel à moi lorsqu’elles se retrouvent face à des problèmes. Pour cela, n’attendez pas d’être dans une situation critique et venez m’en parler rapidement !

J. K. : Le gouvernement coréen a fait de la réforme du cadre réglementaire son chantier prioritaire. Il s’est résolument engagé à améliorer le système face à la demande des citoyens qui critiquent l’inutilité de certaines restrictions. Le cadre réglementaire a ainsi été réformé, même si un sentiment d’insatisfaction demeure dans l’opinion publique.

Par ce biais, l’une des plus importantes politiques du gouvernement concerne le redressement économique et la création d’emploi de bonne qualité. Dans ce cadre, le gouvernement a recentré ses priorités. Auparavant, il cherchait à attirer plutôt de gros investissements. Désormais, il privilégie les mesures pour attirer les investissements étrangers qui créent beaucoup d’emplois tout en multipliant les efforts pour attirer les centres de R&D et les sièges sociaux d’entreprises de secteurs de pointe et à haute valeur ajoutée en province.

Le bureau de l’ombudsman offre des services d’information sur le cadre réglementaire coréen afin que les entreprises soient en mesure de prédire les investissements étrangers futurs et qu’elles puissent donner leur opinion et participer à l’élaboration des politiques publiques.

De plus, nous avons créé des canaux de communication entre les entreprises et le gouvernement tels que le forum des PDG et le Comité Consultatif sur les Investissements Etrangers. La KOTRA organise également le salon de l’emploi pour les entreprises à capitaux étrangers et un salon de recrutement pour les universités de province, afin d’aider les entreprises dans leur recherche de ressources humaines de qualité.

L’année prochaine, nous maintiendrons nos efforts pour résoudre les problèmes pratiques que les entreprises rencontrent en lien avec les réglementations et faciliter la communication avec le gouvernement, afin de créer un environnement favorable aux investissements. Au fur et à mesure que les temps et l’environnement d’investissements changent, nous irons de l’avant pour développer les activités des entreprises.

Q. Vous avez tous deux participé au déjeuner d’affaires spécial de la FKCCI. Quelle collaboration possible entre vos deux institutions ?

J-L. B. : Nous avons échangé sur différents points et je retiens de cette visite la richesse de nos échanges de bonnes pratiques. Nous avons des cas qui se ressemblent, des problématiques communes. Il est toujours bon de connaître les difficultés et la façon dont la KOTRA les a gérées.

J. K. : Le point commun fondamental entre l’ombudsman coréen et l’ombudsman français est que leur rôle respectif est de soutenir les entreprises quand elles rencontrent des difficultés. Le partage d’expériences et la coopération entre nos deux institutions nous permettraient de développer notre offre de services aux entreprises. Dans ce but, les deux institutions continuent en priorité d’échanger les informations et de communiquer entre elles. Je pense qu’il sera possible de développer plus avant un dialogue mutuel et constructif autour des enjeux du soutien aux entreprises.

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