Ville et construction durable en Corée : des efforts et des opportunités

2016 May 12

Par Eva John

Après une prise de conscience relativement tardive, la Corée tente de rattraper son retard en matière de ville durable.

Depuis une nouvelle loi entrée en vigueur en septembre 2013, la performance énergétique est désormais un volet important des permis de construire en Corée du Sud. Ce nouvel intérêt pour la construction durable s’est manifesté de manière d’autant plus rapide et évidente que le pays a été confronté ces dernières années à des pénuries d’énergie quand plusieurs de ses centrales nucléaires ont fermé au lendemain de l’accident de Fukushima.

Ville durable Coree Veolia Water ITTC, Green Building Certified DPJ & Partners, Architects

Veolia Water ITTC, Green Building Certified DPJ & Partners, Architects

De nouveaux cahiers des charges ont donc été définis pour calculer la performance énergétique sur différents critères (architecture, matériaux, système de chauffage et de climatisation etc…). Au niveau national, c’est la norme KGBC (Korea Green Building Council), délivrée par le ministère de l’Aménagement du Territoire et des Transports, qui domine depuis 2002. A l’échelle locale, les villes ont elles aussi mis en place des critères « verts », dont le plus contraignant est le EPI, « Energy Performance Index », qui évalue la déperdition thermique des bâtiments.

Autant de nouvelles contraintes pas toujours faciles à respecter, notamment à cause d’un manque de matériaux certifiés. “La Corée part de loin. Comme souvent, elle a légiféré de manière brutale, signe d’une volonté de rattraper le retard”, explique l’architecte David-Pierre Jalicon (DPJ& Partners), à qui l’on doit notamment le centre de recherche Veolia à Songdo, un modèle en matière de performance énergétique. Sortie de terre ces dernières années, cette ville nouvelle a été pensée comme un nouveau type de métropole verte, mettant à profit les nouvelles technologies pour gérer de manière durable les déchets ou la circulation.

LEED certification green building“Le problème, c’est que le marché n’a pas du tout été préparé. Et il y a un manque de consultants et d’experts sur ces questions”, estime M. Jalicon. Une analyse que partage Louis Haag, en charge des certifications LEED au Bureau Veritas de Séoul : “En deux ans et demi, j’ai rencontré relativement peu de personnes faisant la même chose que moi. La plupart des professionnels sont spécialisés dans des domaines technologiques très spécifiques mais peu sont formés sur l’ensemble du processus de construction durable.” Avec 281 projets enregistrés et 5,3 millions de mètres carrés certifiés, la Corée est le 6ème pays pour la certification LEED (en termes de surface certifiée). En tant qu’Assistant à Maîtrise d’Ouvrage (AMO) à la certification LEED, Bureau Veritas est impliqué très en amont des projets. “L’objectif est d’avoir la démarche de certification environnementale lancée le plus tôt possible, idéalement au stade conceptuel, afin d’anticiper les solutions architecturales et énergétiques les plus simples et les plus efficaces”. Et ça marche : le bâtiment “Naver Green Factory”, en Corée, a obtenu le score le plus élevé au monde dans sa catégorie de certification “LEED pour bâtiments existants : exploitation & entretien”. Une distinction d’autant plus notable que 70% des projets LEED sont enregistrés aux Etats-Unis.

“Ces certifications permettent d’abord d’éviter le “Greenwashing” et l’appellation de bâtiments “durables” sans aucun critère de mesure ni vérification. Elles sont ensuite l’occasion de valoriser les produits destinés à la construction durable. La Corée, pays très avancé sur les nouvelles technologies, développe et fabrique localement des produits de pointe et matériaux innovants dans le domaine de la construction durable, mais qui ne sont pas toujours exploités à leur juste valeur. Ces certifications sont donc l’occasion de les mettre en avant”, analyse Louis Haag.

korea sustainable city  Naver green factory

Naver Green Factory © www.navercorp.com/ko/pr/officeTour.nhn

Conscients que la ville durable est un marché prometteur, les grands groupes coréens n’ont pas attendu pour investir. Samsung SDI a ainsi développé un système de stockage de l’énergie solaire pour l’instant commercialisé en Australie, Grande-Bretagne et Allemagne. La marque promet aux particuliers des économies d’énergie ainsi qu’une facture allégée.

Pour les entrepreneurs étrangers aussi, le secteur est riche en opportunités. Un seul exemple : Saint-Gobain et Hanglas, qui développent ensemble des verres écologiques innovants. L’un d’eux, le verre Sage, est « un vitrage dynamique qui se teinte électroniquement pour permettre aux occupants des bâtiments de choisir le meilleur niveau de lumière naturelle pour leur confort, tout au long de l’année », explique le site de Saint-Gobain. Un « partenariat gagnant-gagnant », estime l’entreprise sud-coréenne.

FacebookTwitterLinkedInEmail

Comments are closed.