Start-ups et développement durable : un essor embryonnaire mais prometteur

2016 May 24

Par Frédéric Ojardias

En dépit des ambitions fortes affichées par le gouvernement, les start-ups coréennes dédiées au développement durable restent peu nombreuses. Mais celles qui parviennent à éclore se montrent très créatives et le potentiel de partenariat avec les entreprises françaises est vaste.

Un panneau solaire aussi fin qu’une feuille de papier, qui peut se glisser entre les pages d’un cahier et permet de recharger un smartphone en deux heures et demi : c’est le produit révolutionnaire que propose la start-up Yolk. La PME basée à Yongsan a levé depuis juillet plus d’un million de dollars sur la plateforme de financement participatif Kickstarter, la campagne de crowd funding la plus fructueuse jamais réussie par une entreprise coréenne.

Yolk solar paper startup start-up

Yolk – Solar Paper © yolkstation.com

Le secret de ce succès ? « L’innovation », répond sans hésiter Sung-eun Chang, 32 ans, PDG et fondatrice de Yolk. Cette diplômée de l’Ecole de l’Institut d’Art de Chicago précise : « notre design et notre technologie photovoltaïque sont très avancés par rapport aux autres chargeurs solaires du marché. Alors que nos concurrents visent surtout les marchés émergents ou les campeurs, nous ciblons les consommateurs des pays développés. »

L’exemple de Yolk est d’autant plus remarquable qu’en Corée du Sud, peu de start-ups dans le secteur du développement durable ont émergé. Les grandes ambitions de « croissance verte » affichées par le gouvernement de Lee Myung-bak (2008-2013) se sont peu matérialisées au niveau des PME. Le soutien très fort du gouvernement actuel pour « l’économie créative » et la multiplication des incubateurs de start-ups peinent encore à compenser la grande frilosité des investisseurs traditionnels et une attitude très attentiste vis-à-vis des problématiques environnementales.

Ecube labs poubelle intelligente

Ecube Labs – Clean CUBE (poubelles intelligentes) © ecubelabs.com

« Le développement durable et les renouvelables sont un marché émergent en Corée du Sud », analyse Nathan Millard, PDG et fondateur de G3Partners.Asia, PME basée à Séoul qui offre des services de communication aux start-ups. « Comparé à l’Europe, vue comme un leader mondial du secteur, la Corée doit encore se saisir pleinement de ces opportunités ». Nathan Millard cite cependant quelques exemples de réussites coréennes, comme Baum (technologie de test ultra-rapide de la consommation des microprocesseurs, ce qui permet de développer des appareils moins gourmands en énergie) ou encore Ecube Labs (des « poubelles intelligentes » connectées et capables de compacter leurs déchets grâce à l’énergie solaire).

Autre problème rencontré par les PME coréennes : la domination écrasante des conglomérats, qui asphyxient l’innovation en attirant et recrutant les ingénieurs les plus créatifs. « Les conglomérats s’emparent des nouvelles technologies développées à l’origine par les start-ups et la réglementation actuelle peine à les en empêcher », regrette Jeon Yong-jun, PDG de EasyM Energy, PME (9 employés) de consulting spécialisée dans les questions énergétiques et environnementales.

Si le milieu des start-ups coréennes dédiées au développement durable reste embryonnaire, son potentiel de croissance est immense. « La Corée du Sud a un environnement plutôt favorable pour les startups grâce au soutien du gouvernement. Notre PME en a beaucoup bénéficié », se félicite Pi Do-yeon, PDG de PiQuant, qui développe des objets connectés d’analyse individuelle des ingrédients des aliments. En janvier 2015, le pays comptait 30 000 startups (contre 2 000 en 1999), dont 20% environ dans le secteur des TIC.

Socar autopartage

Socar, un service d’autopartage © www.socar.kr/press

« Le boom actuel des startups en Corée stimule aussi le secteur du développement durable. Mais les services ou les produits qui visent les marchés inexplorés sont en général limités par les réglementations ou les lois en place », souligne Hong Ji-young, responsable communications de SoCar, un service « d’autopartage ». Son entreprise possède 3100 véhicules, qui peuvent être loués pour de très courts trajets (durée minimale : 10 minutes) ; le client repère la voiture la plus proche grâce à une application smartphone. Un concept déjà développé en Europe, où il est devenu une alternative à la propriété d’un véhicule. SoCar compte 80 employés et veut exporter son modèle dans les marchés sud-asiatiques.

Dans ce milieu du développement durable encore balbutiant en Corée du Sud, quelle opportunités pour les entreprises françaises ? « Le potentiel est énorme », affirme Catherine Germier Hamel, PDG de Millenium Destination, entreprise basée à Séoul de consulting en communication spécialisée dans le développement du tourisme durable. « La France devrait se positionner comme pays de référence. Nous avons une expertise sur laquelle nos entreprises devraient s’appuyer davantage. Les Coréens sont sensibilisés aux questions de développement durable, il y a beaucoup de volonté politique. Ce qui manque encore, c’est la méthodologie. »
« Les start-ups coréennes sont en général ouvertes aux partenariats avec des entreprises étrangères, même si elles le font assez peu » renchérit Nathan Millard de G3Partners.Asia. « Je pense qu’il est plus facile de faire des affaires avec les Coréens qu’avec les Japonais, qui sont plus insulaires et parlent moins bien anglais. Quant à la Chine, il y a encore des problèmes majeurs de protection de la propriété intellectuelle. »

Chang Seung-eun, PDG et fondatrice de Yolk

Chang Seung-eun, PDG et fondatrice de Yolk

L’essor du secteur du développement durable « viendra peut-être des jeunes Coréens qui ont grandi et qui ont étudié à l’étranger, et qui reviennent en Corée avec des nouveaux concepts. Cela partira du bas », estime Olivier Mouroux, PDG et fondateur d’Asiance, agence digitale basée à Séoul. Un renouveau générationnel incarné par Sung-eun Chang, la jeune et ambitieuse fondatrice de Yolk. Ses premières feuilles-panneaux solaires, fabriquées en Corée du Sud, sont attendues sur le marché début 2016.

FacebookTwitterLinkedInEmail

Comments are closed.