Cinéma français en Corée : une présence honorable sur un marché semé d’embûches

2016 June 28
by Corée Affaires

Par Eva John

« Comme un film français » et « Un Coréen à Paris ». Ces deux titres de films, réalisés respectivement par Shin Youn-shick et Jeon Soo-il et sortis en début d’année dans les salles coréennes sont là pour le rappeler : la France continue d’inspirer le monde du cinéma coréen. « Dans les années 1970, la Nouvelle Vague française a joué un rôle essentiel auprès des futurs réalisateurs sud-coréens, ceux qui allaient au ciné-club de l’ambassade de France où les films passaient sans censure », raconte Antoine Coppola, professeur à l’université Sungkyunkwan et chercheur à l’EHESS. « Aujourd’hui encore, l’affection des réalisateurs comme du public coréens pour le cinéma français est une force sur laquelle on peut compter », confie-t-on à l’ambassade de France de Séoul. S’il conserve son image intellectuelle, le cinéma français s’est largement diversifié, présent à travers les blockbusters (notamment ceux de Luc Besson, toujours des succès) et même les comédies, comme « Intouchables ». A noter aussi les belles performances des films d’animation sorties sur un grand nombre d’écrans (plus de 400 000 entrées pour « Le Petit Prince », plus de 300 000 pour « Mune, le gardien de la lune »). Depuis 2013, une cinquantaine de films français ou de production majoritaire française sortent chaque année. « Depuis 2012, le nombre de films français sortis en Corée ne cesse d’augmenter. On est passé de 16 films en 2011 à 59 en 2015. Les parts de marché en termes de nombre de spectateurs augmentent également pour atteindre 0,8 en 2015 », explique Rhee Soue-won, programmatrice au Festival International du Film de Busan.

films francais en coree statistiquesL’an dernier, les films français ont attiré plus de 3,5 millions de spectateurs. « Mais certains films pourraient faire plus d’entrées », concède-t-on du côté de l’ambassade. « La difficulté est de trouver le public dans le court laps de temps qu’offrent les cinémas. Certains films pourraient fonctionner sur le long terme grâce au bouche à oreille, mais ils n’ont pas le temps. Donc plutôt que d’amener de nouveaux films, il s’agit d’aider les films qui arrivent sur le marché coréen à attirer plus de monde ». Dans cette optique, l’Institut Français de Séoul envisage de mettre en place un festival présentant des films en avant-première, pour grouper les efforts de communication et l’exposition médiatique.

films francais en coree« Pas un seul film français dans les 30 meilleures entrées étrangères – toutes sont américaines ou japonaises », fait remarquer Antoine Coppola. En outre, la Corée du Sud est l’un des rares pays, avec les Etats-Unis et l’Inde, où la part de marché des productions domestiques sur le marché local est supérieure à celle des films étrangers. S’ajoute à cela une très forte concentration de l’industrie autour d’un seul géant. « CJ est une machine de guerre qui possède les acteurs, les studios, les boites de production, les salles, les chaines de télévision. On ne peut rien faire sans avoir au moins leur regard protecteur », explique Nicolas Piccato, PDG de Panda Media, à qui l’on doit notamment des coproductions internationales (« Couleur Peau Miel », « Koan de printemps ») et qui travaille actuellement à la coproduction de deux documentaires, dont l’un sur le rock psychédélique coréen. Pour May Pack, directrice de la société de distribution Pancinema, « la plus grande difficulté du système de distribution coréen est son imprévisibilité. La date de sortie, le nombre de salles, les programmes sont décidés à la dernière minute par les programmeurs », regrette-t-elle. Depuis sa création en 2003, Pancinema a distribué 18 films français, parmi lesquels « La Vie d’Adèle » et, son plus grand succès, le film d’animation « Minuscule » (92 447 entrées).

couleur de peau miel de Jung et Laurent Boileau

© Couleur de peau : miel, de Jung et Laurent Boileau

Quant aux coproductions franco-coréennes, elles restent rares, malgré l’accord de coproduction signé en octobre 2006, qui permet à un film d’être considéré comme national (et donc de bénéficier des aides conséquentes) dans chacun des deux pays. Seuls deux films ont jusqu’ici été agréés: « La Rivière Tumen » de Zhang Lu et « Une vie toute neuve » de Ounie Leconte. Les raisons sont multiples : absence de projets véritablement ancrés dans les deux pays, méconnaissance des systèmes de production. A l’ambassade, on avance également qu’avec des industries cinématographiques très fortes et globalement bien financées, la France et la Corée n’ont pas forcément le réflexe de se tourner vers la coproduction. Pour y remédier, un forum de coproduction devrait être organisé en 2016 dans le cadre des années croisées.

The chaser Seoul Hypnotique

Séoul Hypnotique, The Chaser © Haut et Court

Le cinéma coréen en France : le succès des films de genre

Depuis le début des années 2000, la nouvelle vague coréenne séduit en France un public d’initiés. « Mais c’est sur le marché des films de genre (thriller, horreur) sur les sites de téléchargement internet et la VOD-DVD que le cinéma sud-coréen a fait une percée saisissante ces cinq dernières années », note Antoine Coppola. Depuis 2010, les plus gros succès coréens ont été la coproduction à gros budget « Snowpiercer » (600 000 entrées) et « Poetry » (200 000 entrées). A l’occasion de l’année de la Corée en France, deux événements de taille ont permis de mettre en avant le cinéma coréen. Une rétrospective Im Kwon-taek à la Cinémathèque française d’une part, et le programme « Séoul hypnotique» au Forum des images pour l’Année France-Corée, qui a attiré 12 500 spectateurs avec ses 85 films, dont les deux tiers n’avaient jamais été distribués en salle en France.

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