Interview croisée Année France-Corée

2016 July 8
by Corée Affaires

Interviews réalisées en février 2016

Pour ouvrir ce dossier de Corée Affaires sur l’Année France-Corée, laissons la parole à Henri Loyrette, président de l’Année et ancien président-directeur du musée du Louvre (2001-2013), et Cho Yang-ho, président du comité d’organisation coréen et président du groupe Hanjin. Ils vous présentent les ambitions et programmes de ces célébrations exceptionnelles.

Cho Yang-ho, président du comité d’organisation coréen de l'Annee France-Coree et président du groupe Hanjin

Cho Yang-ho, président du comité d’organisation coréen de l’Année France-Corée et président du groupe Hanjin

Q. L’Année France-Corée fête les 130 ans de relation diplomatique entre nos deux pays. Comment définiriez-en vous les grands enjeux pour la France / Corée ?

Cho Yang-ho (C.Y.) : Alors que nous célébrons le 130e anniversaire des relations diplomatiques, l’Année France-Corée constitue l’occasion de réaffirmer l’excellence de la coopération entre nos deux pays. Je souhaite que ces années croisées deviennent une base solide pour renforcer nos échanges culturels, scientifiques et économiques.
L’Année France-Corée a débuté par l’Année de la Corée en France (septembre 2015-août 2016) et se poursuit par l’année de la France en Corée (mars 2016-décembre 2016). Dans son programme, pas moins de 300 événements seront organisés tout au long de l’année dans divers domaines : culture, sciences, économie, éducation, etc.
Parmi les plus importants, la semaine d’inauguration de l’Année de la France en Corée, du 21 au 27 mars, mérite une grande attention. Je suis certain qu’elle aura un franc succès à l’instar de celle de l’Année de la Corée en France en septembre dernier.

Henri Loyrette (H.L.) : L’Année France-Corée est une étape importante dans le développement du partenariat global entre nos deux pays. Elle permet, au-delà des échanges culturels déjà féconds, de diversifier nos relations économiques, de renforcer la coopération universitaire et la mobilité étudiante, de développer la coopération décentralisée… Elle se traduit également par le renforcement du dialogue politique bilatéral. Le Président de la République, François Hollande, a effectué une visite d’Etat en Corée les 3 et 4 novembre 2015, la première visite d’Etat d‘un Président de la République français depuis quinze ans ; la Présidente Park a participé à la Conférence Paris Climat (COP21) en décembre 2015 et a été invitée en visite d’Etat en France en 2016 par le Président de la République. D’autres déplacements de haut niveau sont pré-vus tout au long cette année, propice à intensifier les coopérations, à favoriser les échanges humains et les partages de savoir-faire.
Globalement, l’Année de la France en Corée poursuit deux objectifs : présenter les nouveaux talents et les aspects moins connus de la culture française et, au-delà de la culture, montrer la France dans toute sa diversité, faire mieux connaître ses entreprises, ses universités et ses chercheurs, ses régions et ses villes.

Q. Sur le volet économique, quels sont et seront les événements mis en place ? Comment va-t-elle permettre de renforcer nos coopérations économiques ?

Henri Loyrette, président de l’Année et ancien président-directeur du musée du Louvre

Henri Loyrette, président de l’Année et ancien président-directeur du musée du Louvre

C.Y. : Notre objectif sera de générer des synergies à travers le développement des échanges entre l’économie créative, le contenu de la « Hallyu », vague culturelle coréenne, et l’industrie high-tech et culturelle française. Nous avons aussi organisé diverses manifestations visant à favoriser le développement des partenariats industriels et l’innovation afin de renforcer les échanges entre les entrepreneurs franco-coréens.
Le deuxième forum franco-coréen des industries innovantes organisé en novembre dernier en France est un bon exemple. Plus de 150 participants venant d’institutions, d’entreprises et de gouvernements des deux pays sont venus réfléchir sur les moyens de renforcer la coopération bilatérale en vue de créer de nouveaux moteurs de croissance dans les technologies de pointe.

H.L. : La France et la Corée, grâce aux entreprises membres de la FKCCI en particulier, ont fait de l’innovation un axe majeur de leur développement économique et de leur présence à l’international.
Les deux pays ont déjà de solides coopérations industrielles. La présence française est caractérisée par un grand nombre de partenariats (joint-venture, laboratoires et centres R&D conjoints, accords de sous-traitance etc.). L’objectif est de développer ces partenariats dans de nouveaux secteurs, tels que celui du tourisme ou des start-ups.
Lors de la visite d’Etat du Président de la République en Corée, les deux pays ont signé un plan d’action pour le développement de partenariats dans le domaine de l’innovation. Le déploiement de la French Tech Seoul permettra de le mettre en oeuvre à travers notamment cinq grandes initiatives :
· Le lancement du French Tech Hub Seoul fin mars qui mettra en place un « écosystème entrepreneurial » réunissant les partenaires français et coréens, publics et privés, de la tech et de l’économie créative : entrepreneurs, start-ups, investisseurs, experts (ingénieurs, designers, développeurs), grands groupes et institutionnels.
· Les French Tech Days qui permettront fin mai aux start-ups françaises et coréennes des secteurs medtech, fintech et numérique de se rencontrer au cours de trois forums de haut niveau, de démonstrations et de rendez-vous BtoB. · Le séminaire Fintech qui réunira fin mai les experts de sociétés financières, de start-ups et des groupes français et coréens leaders en innovations technologiques au service de la finance.
· Le pavillon France sur le salon RobotWorld qui rassemblera en octobre, les meilleures entreprises françaises du secteur souhaitant développer des partenariats avec la Corée.
· Le French Tech Tour 2016 qui conduira en décembre, une délégation de start-ups françaises pour une mission de prospection du marché coréen et des rencontres d’affaires BtoB via des programmes de rendez-vous personnalisés.
Enfin, sera également lancé en 2016 un programme d’échange « accélération/incubation » en Corée pour cinq start-ups françaises et réciproquement pour cinq start-ups coréennes en France.

Q. Il s’agit d’une occasion unique de sortir des sentiers battus et casser les stéréotypes réciproques. Quelles initiatives originales et quelle image de la France véhiculer en Corée, et vice versa ?

Année France Corée art traditionnel jongmyo jeryak

© IF/T.Chapotot

C.Y. : C’est ce à quoi nous avons accordé le plus d’importance lors des discussions avec les ministères concernés.
De nombreux séminaires et conférences sur des sujets variés comme les technologies de l’information, la gastronomie et la Hallyu sont organisés en France afin de faire connaître la Corée, son dynamisme et son développement. Les Français s’intéressent désormais à l’économie coréenne et son poids dans le monde ainsi qu’à l’économie créative. C’est à partir de cette nouvelle perception que nous souhaitons bâtir des projets venant consolider les collaborations économiques entre nos deux pays.
Sur le plan culturel, nous nous efforçons de présenter la richesse de la culture coréenne dans ses formes les plus traditionnelles, modernes et, si possible, futuristes. Pour ce faire, des programmes variés ont été et seront organisés, touchant l’ensemble des domaines culturels et artistiques : musique, danse, beaux-arts, photographie, cinéma, littérature.

H.L. : Pour éviter les stéréotypes, nous avons choisi, avec le commissariat coréen, de bâtir une programmation avec le souci constant de se baser sur les synergies entre artistes, institutions, entreprises ou encore universités… Nous avons mis en oeuvre de nombreux projets « miroir » qui nous ressemblent et nous rassemblent. Des projets qui font dialoguer deux pays, héritiers d’une histoire glorieuse mais tournés vers l’avenir.
L’une de ces initiatives emblématiques est celle menée entre le Théâtre national de Chaillot et le Théâtre national de Corée. Alors que Chaillot a accueilli le majestueux rituel royal du Jongmyo Jeryak, le Théâtre National accueillera à Séoul la création du chorégraphe José Montalvo, artiste permanent associé à Chaillot, avec les danseurs de la compagnie nationale de Corée.
La France est déjà reconnue pour sa culture ; nous souhaitons aussi leur montrer de plus jeunes talents, une France créative et innovante dans toute sa diversité, dans les domaines de l’économie, du sport, de la gastronomie, des sciences et de l’éducation, de la recherche universitaire etc.

Q. Quel bilan dressez-vous des 5 premiers mois de l’Année de la Corée en France ?

Park et Hollande visite d'Etat

© Office of the President

C.Y. : J’avoue que j’avais un doute sur la manière dont la culture et l’art coréens seraient perçus en France, mondialement reconnue pour son excellence culturelle et artistique. Mais à travers l’année croisée, j’ai pu constater l’intérêt des artistes et du public français pour la culture coréenne.
Le Centre Pompidou, le Château de Chambord, la Cinémathèque française, le Grand Palais, le Théâtre de la ville de Paris… Les institutions culturelles et artistiques françaises ont été nombreuses à se proposer pour accueillir les événements culturels coréens.
Tous ont par ailleurs eu un grand succès auprès du public français et ont été très médiatisés. La Corée n’est désormais plus un pays inconnu au niveau culturel et artistique et c’est notre principale satisfaction !

H L : En France, depuis son inauguration le 18 septembre 2015, l’Année de la Corée bénéficie en effet d’un très bel accueil auprès du public et de la presse. On constate qu’il existe une véritable curiosité et appétence pour la culture coréenne, encore méconnue dans notre pays. Que ce soit pour les spectacles traditionnels ou pour la création contemporaine, (tournée de la compagnie d’Ahn Eun-Me, concerts d’Idiotape …) à Paris comme en province la fréquentation des lieux est un succès. Cela confirme que la Corée devient en Europe, un pays de tendances, ouvert à la jeunesse à travers le phénomène de la K-pop mais qui séduit aussi par ses créateurs, ses auteurs (la Corée est invitée d’honneur au salon du Livre) ou encore sa gastronomie.

Q. Quelques mots à la communauté d’affaires franco-coréenne ?

C.Y. : Je pense que les relations entre nos deux pays, bien que vieilles de 130 ans, restent encore jeunes. La Corée est devenue une puissance économique incontestable en Asie, ce qui a permis à nos deux pays de se rapprocher encore davantage. Je suis convaincu que l’Année France-Corée servira à ouvrir un nouvel horizon aux relations entre nos deux pays. Nous connaissons la difficulté d’atteindre une compréhension mutuelle entre deux pays aussi différents, mais je suis persuadé que ce sera une belle occasion d’apprendre les atouts de chacun et de mieux se comprendre.

H.L. : La communauté d’affaires franco-coréenne est au cœur des échanges qui unissent nos deux pays. C’est par leur implication, leur fonction, leur enthousiasme que nous avons noué des liens si riches. De nombreux membres de cette communauté contribuent au Comité des mécènes de l’An¬née. C’est un précieux soutien à notre programmation et je les en remercie. Je souhaite sincèrement que cette année croisée puisse développer avec leur concours cet élan qui, naturellement, nous pousse l’un vers l’autre. Que tout ce que nous ferons ensemble à cette occasion s’inscrive dans le temps et ouvre de nouvelles perspectives de partenariats durables.

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