Nouvel élan pour la coopération universitaire et scientifique franco-coréenne

2016 July 22

Par Oriane Lemaire

*Article publié en mars 2016

En 2015, environ 6500 étudiants coréens ont fait le choix de l’Hexagone, soit une hausse de 6 points par rapport à l’an dernier, faisant du pays leur 8e destination de prédilection. Même tendance dans l’autre sens, la Corée accueille actuellement 1000 étudiants français soit le quintuple par rapport à 2008. « Pas moins de 400 partenariats sont actifs entre établissements d’enseignement supérieur » se félicite Anthony Chaumuzeau, conseiller de coopération et d’action culturelle à l’ambassade de France et directeur de l’Institut français à Séoul.

Visite de présidents d'établissements supérieurs français à KAIST le 12 octobre 2015

Visite de présidents d’établissements supérieurs français à KAIST le 12 octobre 2015

A l’ère de l’internationalisation des études et de l’intensification de la compétition pour attirer les meilleurs talents, les écoles supérieures se révèlent comme de véritables moteurs de cette tendance, à l’image de KEDGE Business School et Korea University Business School (KUBS). Les deux écoles ont en effet signé un partenariat inédit en 2014 pour ouvrir une antenne dans leur campus respectif et lancer un double-diplôme, ainsi qu’un programme doctoral, l’« EA-DBA » (Euro-Asia Doctorate in Business Administration) avec l’Université polytechnique de Hong Kong, visant pour sa part les cadres. « Ce programme unique entre Asie et Europe, de par sa maquette pédagogique destinée aux cadres dirigeants, a déjà attiré quatre PDG d’entreprises et constitue le fruit de deux ans de négociations entre trois établissements de renommée mondiale », se félicite Damien Costello, responsable du programme.

Signature du MoU entre KAIST et l’INSA le 4 novembre 2015

Signature du MoU entre KAIST et l’INSA le 4 novembre 2015

Les partenariats entre écoles de commerce se multiplient, comme le programme « Glimpse », double-diplôme entre l’ESSEC, Seoul National University (SNU) et Korea Development Institute ou encore le dispositif d’échanges entre HEC Paris et SNU. Ils répondent à l’intérêt croissant des étudiants pour les domaines de l’économie et de la gestion, attirant plus de 20 % des étudiants coréens en France et prenant ainsi le pas sur les arts, lettres, langues et sciences sociales. Quant aux sciences de l’ingénieur, filières majeures et d’excellence dans les deux pays, mais pourtant délaissées avec seulement 6 % de la mobilité étudiante de la Corée vers la France, elles sont devenues un enjeu prioritaire pour la diversification des échanges. Quelques succès ont déjà été enregistrés avec par exemple KAIST (Korea Advanced Institute of Science and Technology) qui a formé « plus de 260 partenariats internationaux dont l’École Polytechnique, CentraleSupélec et l’INSA de Lyon font partie des plus importants », s’enthousiasme le vice-président de son département international, Dr. Sung-Hyon Myaeng.

KEDGE Business School à Bordeaux

KEDGE Business School à Bordeaux

Comment s’expliquent de telles dynamiques ? Côté français, outre les atouts culturels et l’ouverture du pays sur l’Europe, les Coréens apprécient les programmes tricolores pour leur diversité et équilibre entre théorie et pratique. « Dans un contexte de mondialisation et de compétition croissante pour l’entrée dans le monde du travail [en Corée, le chômage des jeunes atteignait son pic depuis 16 ans en janvier 2016, avec un score de 9,5 %], le diplôme ne suffit plus, c’est la qualité des expériences, des connaissances et des compétences que le cursus apporte qui est déterminante », analyse Damien Costello. Côté coréen, s’affirmant au sein du pôle d’attractivité asiatique, outre son économie tournée vers la R&D (numéro 1 de l’OCDE avec 4,26 % de son PIB dédié à la R&D en 2015) qui en fait le partenaire idéal, le pays s’est doté d’infrastructures qualitatives reconnues dans les classements internationaux. KUBS se plaçait par exemple au premier rang de la recherche en gestion d’entreprise selon l’Asia-Pacific Journal of Management. « Nos deux pays sont très complémentaires : la Corée se situe très en avance dans les nouvelles technologies tandis que la France est bien positionnée dans la recherche fondamentale », analyse M. Chaumuzeau.

Et pour cause, le fort engagement entrepreneurial auprès des universités coréennes permet à ces dernières de bénéficier de moyens conséquents pour développer leurs projets de recherche, dont les résultats sont mis à profit par les entreprises à des fins industrielles et commerciales. « Nous élargissons et approfondissons nos projets de recherche de pointe conjoints avec les entreprises leaders du marché. C’est l’opportunité pour nos étudiants de gagner de l’expérience auprès des industriels coréens et français », explique Dr. Sung-Hyon Myaeng. KAIST met ainsi en place de plus en plus de stages de recherche en entreprise, dans des domaines de synergie porteurs dont les TIC ou l’aérospatiale, notamment avec le groupe Airbus.

Korea University Business School à Séoul

Korea University Business School à Séoul

Des divergences de méthodes, d’attentes et de structures peuvent néanmoins freiner les processus de coopération. Si les deux pays partagent des points communs, comme l’élitisme des processus de sélection pour entrer dans les Grandes Ecoles en France et dans les universités en Corée (le « suneung »), ils héritent néanmoins de traditions bien distinctes avec des systèmes de crédits et notations différents. Par exemple, la France applique le fameux système licence-master-doctorat (LMD), fruit du processus de Bologne, tandis que la Corée a hérité du modèle anglo-saxon où la licence (« haksa ») dure 4 ans. Pour faire face à ces défis, l’accord signé pendant la visite du Président Hollande pour la mise en équivalence et la reconnaissance mutuelle des diplômes constituait une étape importante vers l’établissement de ponts entre les systèmes des deux pays ; si la France avait déjà entrepris ce telles démarches avec d’autres pays comme la Chine, il s’agissait en revanche d’une première pour la Corée !

Alors que l’Année France-Corée mise sur la jeunesse, pilier des relations de demain, le développement des échanges universitaires et scientifiques est une partie essentielle de son programme. Outre les initiatives portées au plus haut niveau étatique comme le plan d’action signé lors du sommet présidentiel, de nombreux événements dont les salons croisés « Study in France » et « Study in Korea », viendront rythmer l’année et former des passerelles entre les deux mondes universitaires et scientifiques. Autant d’occasions de se découvrir et d’apprendre l’un de l’autre grâce à la confrontation de modes de pensée, méthodologies et perspectives différentes !

FacebookTwitterLinkedInEmail

Comments are closed.